mercredi 15 juin 2011ANSM

Nanoparticules en cosmétique : une 1ère évaluation de l'Afssaps

©Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

On s’interroge depuis quelques années sur le potentiel toxique des nanomatériaux pour la santé humaine, notamment quand ils sont présents dans les produits cosmétiques. On les suspecte en effet d’être à l’origine de phénomènes nocifs pour les tissus humains ou les cellules : augmentation du stress oxydatif, production de radicaux libres et de cytokine inflammatoire, mutation et/ou altérations de l’ADN… et particulièrement quand il s’agit des dioxyde de titane et oxyde de zinc utilisés en tant qu’écrans anti-UV dans les produits solaires. C’est sur eux que porte principalement cette étude de l’Afssaps, publiée le 14 juin 2011. Conclusion : le risque n’est pas exclu.

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À l’origine de ce “Rapport relatif aux nanomatériaux dans les produits cosmétiques”, la saisine de l’Afssaps (aujourd’hui ANSM), le 21 janvier 2008, par la Direction générale de la santé (DGS) sur le thème des nanomatériaux dans les produits cosmétiques.

L’enjeu était pour l’Afssaps de se prononcer sur le risque de toxicité cancérogène voire génotoxique induit par l’utilisation du dioxyde de titane dans les cosmétiques, notamment du fait de la classification en février 2006 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), en catégorie 2B, c’est-à-dire comme potentiellement cancérigène pour l’homme.
La saisine s’étendait d’autre part à l’étude de la pénétration cutanée des nanoparticules, en particulier le dioxyde de titane mais aussi l’oxyde de zinc contenus dans les produits appliqués sur la peau.

Pénétration cutanée : pas exclue

En cosmétique, souligne le rapport, ces deux ingrédients sont principalement utilisés sous forme nanoparticulaire en tant que filtres UV inorganiques dans les produits solaires, et “la question d’une possible absorption cutanée engendrant leur distribution dans des organes cibles via la circulation sanguine se pose fortement”.

Pour réaliser son évaluation, l’Afssaps s’est basée sur les études actuellement disponibles. Même si, précise l’Agence, toutes ne sont pas pertinentes, elle conclut que “la pénétration cutanée du dioxyde de titane et de l’oxyde de zinc sous forme nanoparticulaire semble limitée aux couches supérieures de la peau saine. Sur peau lésée, il n’est pas possible de conclure sur l’absence de pénétration cutanée bien qu’aucune étude ne montre le contraire non plus”.
D’autre part, l’Afssaps indique que “l’absorption cutanée et le franchissement de la barrière cutanée des nanoparticules d’oxyde de zinc ne peuvent pas être exclus”.

Génotoxicité : le doute subsiste

Concernant la génotoxicité (la propriété d’affecter le patrimoine génétique), le rapport souligne que “les résultats des études issues de la littérature scientifique sur les nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc sont contradictoires”.
La majorité d’entre elles, qui montrent des mécanismes d’action possibles impliquant la génération d’espèces réactives de l’oxygène capables d’endommager l’ADN, portent sur des nanoparticules non enrobées et/ou non dopées alors que les nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc utilisées dans les produits cosmétiques le sont généralement.
Ce qui pourrait influer sur les résultats en matière de génotoxicité, puisque des études récentes menées avec des nanoparticules enrobées montrent une absence du potentiel génotoxique.

En l’état des connaissances, l’Afssaps conclut donc… qu’il est impossible de conclure de manière générale sur le potentiel génotoxique des nanoparticules utilisées dans les produits cosmétiques.

Cancérogenèse : la recherche doit continuer

Dernier point pris en compte dans ce rapport : la cancérogenèse (l’ensemble de phénomènes transformant une cellule normale en cellule cancéreuse).
Là encore, l’Afssaps précise que les études disponibles sont à ce jour limitées quantitativement et qualitativement.

Les résultats des études montrant une toxicité pulmonaire chez le rat ne sont pas extrapolables à l’homme dans les conditions d’exposition aux produits cosmétiques. En effet, selon l’Afssaps, “ces études utilisent principalement l’instillation intra-trachéale qui ne reflète pas l’exposition par voie aérienne mimant l’utilisation de ‘spray’ aérosol de protection solaire par exemple”.

L’Agence n’en recommande pas moins de ne pas utiliser de produit cosmétique, notamment les produits de protection solaire contenant du dioxyde de titane sous forme nanoparticulaire sur :
• la peau lésée, à la suite d’érythèmes solaires (ou “coups de soleil”) par exemple,
• le visage et dans des locaux fermés lorsque les nanoparticules sont contenues dans des “sprays” aérosol.

Et de recommander la poursuite de la recherche dans le domaine de la toxicologie des nanomatériaux utilisés dans les produits cosmétiques afin d’explorer les mécanismes de toxicité à long terme, notamment sur des nanoparticules enrobées et/ou dopées.

Enfin, l’Afssaps estime que l’innocuité des nanomatériaux devra être évaluée au cas par cas dans les conditions d’utilisation des produits cosmétiques concernés.

Environnement : le risque n’est pas exclu

La question de l’impact sur l’environnement, notamment dû au relargage des nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc associé à l’utilisation de produits cosmétiques et plus particulièrement des produits de protection solaire, est également évoquée dans ce rapport. Notamment par le biais des travaux de l’Anses (fusion de l’Afssa et de l’Afsset) concluant que “pour l’environnement, le risque ne peut être estimé, il ne peut donc pas être exclu”.

On le rappelle : des effets nocifs des nano-ingrédients, notamment pour la faune aquatique ou les coraux, sont également fortement suspectés.

FP
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