Cosmétiques : quelle preuve pour l'efficacité ?

© L'Observatoire des Cosmétiques

Les tests le prouvent et les étiquettes affichent parfois les chiffres qui viennent à l’appui de la promesse d’efficacité. Est-ce un "plus" par rapport à celles qui se contentent de promettre sans preuves ? Tout dépend de ce que disent les chiffres et de ce qu’ils représentent…

Temps de lecture
~ 5 minutes

La "preuve" est en quelque sorte la justification de la promesse, les arguments qui la crédibilisent, qui font que le consommateur risque d’y croire suffisamment pour acheter le produit. Elle n’est pas toujours apportée par le fabricant (il n’y est pas obligé), qui peut se contenter d’affirmer l’efficacité de son cosmétique sans la détailler, comptant alors sur la renommée de sa marque ou la seule force des messages publicitaires pour emporter l’adhésion du consommateur. Mais quand elle est présente, elle vaut qu’on l’étudie jusque dans ses mentions en plus petits caractères…

Il y a preuve et preuve

Pour convaincre son client potentiel, le fabricant peut utiliser plusieurs méthodes, qui restent toujours à son entière discrétion, et dépendent aussi des moyens dont il dispose : un texte explicatif qui repose sur des connaissances établies et généralement admises sur les propriétés des matières premières mises en œuvre revient évidemment moins cher que la mise en place de tests cliniques d’efficacité, par exemple.

La description des actifs
Une étiquette peut d’abord argumenter en présentant les principaux composants du cosmétique, quand ils sont de nature à produire l’effet revendiqué.

Elle peut alors simplement les lister, souvent sous le nom-même ou la dénomination du produit. Un contour des yeux peut mettre en avant son extrait de bleuet et son eau florale de camomille, un antirides axera davantage sur son huile d’argan ou son acide hyaluronique, un amincissant sur sa caféine. Au consommateur de déterminer alors de la pertinence de la présence de ces actifs…

Le fabricant peut aussi détailler les propriétés des principaux composants de la formule de son produit de façon plus exhaustive. L’information figure alors plus souvent à l’arrière de l’étiquette, au sein même de l’argumentaire. Plus intéressante, parce qu’a priori plus informative, cette énumération peut aussi révéler quelques surprises, certaines matières premières pouvant être ainsi dotées à l’occasion de qualités qu’on ne retrouve pas toujours dans la littérature scientifique !

La présentation de tests
Pour argumenter sa promesse, le fabricant peut aussi évoquer le résultat de tests, commandés ou effectués par ses soins. La fameuse formule "Les tests le prouvent" est de moins en moins usitée telle quelle, c’est-à-dire sans plus de détails, même si on voit encore annoncer des "effets prouvés" qu’aucune autre indication ne vient conforter. Le plus souvent cependant dans ce cas, les résultats des tests sont présentés, au moins en partie. Avec quelques chiffres, et une phrase explicative du protocole utilisé.

Il y a tests et tests

Pour bien comprendre la signification et la valeur des tests présentés, mieux vaut s’intéresser de près à chaque chiffre, et à chaque mot… et, encore une fois, se poser quelques bonnes questions.

Sur quoi portent les tests ?

Ils peuvent concerner aussi bien un actif précis que le produit fini. Ce qui n’a pas la même valeur. Car on n’a finalement aucune garantie que les performances d’un actif, évaluées isolément et en dehors de toute formulation, se retrouvent à l’identique dans le cosmétique fini. Un dosage plus ou moins élevé, la synergie (positive ou non) avec les autres matières premières présentes dans la composition, la stabilité de l’ingrédient lui-même au sein d’une formule complexe ou sur l’ épiderme , peuvent considérablement infléchir des résultats obtenus le plus souvent en laboratoire, indépendamment de tout autre facteur ou interaction.

Quel protocole est utilisé ?
Évidemment, plus le nombre de personnes impliquées dans le processus des tests est important, plus les résultats de ces derniers sont significatifs. Estimerait-on qu’un sondage est pertinent s’il est réalisé en interrogeant 10 ou 20 personnes ? C’est pourtant ce genre de panel que présentent généralement les tests cosmétiques…
À noter aussi qu’on estime que le processus complet de régénération de la peau tourne autour de 28 jours. On ne pourrait donc évaluer l’action réelle d’un cosmétique qu’au bout de 4 semaines. La durée du test a donc aussi son importance pour juger de la valeur de ses résultats, et en la matière aussi, on a parfois quelques surprises…
À vérifier également, quand la précision est apportée, la fréquence d’utilisation du produit durant les tests. S’ils ont été pratiqués en utilisation biquotidienne, on ne peut pas espérer les mêmes résultats si on n’applique le produit qu’une seule fois par jour !

Test d’efficacité ou de satisfaction ?
Ce n’est pas la même chose, et cela représente même deux notions fort différentes.

Un test d’efficacité mesure l’effet observé sur la peau, à l’aide de méthodes objectives et d’instruments précis. On évalue ainsi la profondeur d’une ride et son évolution après usage du produit, le facteur de rugosité de la peau pour quantifier un degré de lissage, le taux d’hydratation de l’épiderme…
Dans ce cas, les chiffres annoncés représentent des valeurs quasi scientifiques et peuvent être considérés comme suffisamment pertinents.

Les tests de satisfaction recouvrent une toute autre réalité.
Il s’agit alors de demander à des volontaires, à qui on offre le cosmétique et qui sont éventuellement rémunérés, d’utiliser le produit et de donner ensuite leur avis ou leur sentiment sur son action en répondant à un questionnaire.
"Avez-vous ressenti un confort cutané à l’application ? Avez-vous l’impression que votre peau est plus souple ? Avez-vous noté une diminution de ses tiraillements ?" … On ajouterait volontiers une autre question : Connaissez-vous une crème hydratante qui ne donne pas la sensation de produire tous ces effets ?

Il faut le savoir : les thèmes (et la formulation) des questions posées dans ce cadre appellent rarement des réponses négatives, surtout si on considère l’état d’esprit des "cobayes", qui ne peuvent voir que des avantages à participer à ces tests (et éventuellement aux suivants, programmés sur d’autres produits).
On atteint sans peine, et on affiche volontiers alors, des pourcentages atteignant des taux record (jamais moins de 95 %) ! Convaincants, non ? À première vue, peut-être. Mieux vaut tout de même les prendre pour ce qu’ils sont…

© L'Observatoire des Cosmétiques
© 2009- 2020  CosmeticOBS

Apprendre à lire les étiquettesAutres articles

25résultats