De quoi est fait un cosmétique ?

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Dans la presse ou les messages publicitaires, on envisage le plus souvent un cosmétique sous le seul angle de ses actifs. C’est à eux qu’on attribue toute l’efficacité d’un produit, ce sont eux qu’on met en avant pour souligner l’intérêt ou le caractère innovant d’une formule, c’est souvent leur description qui prend le plus de place dans les argumentaires, ce sont leur rôle et leurs propriétés qui sont soulignés le plus évidemment sur les étiquettes et qu’on nous vend… comme s’ils composaient à eux seuls la totalité du produit cosmétique. La réalité d’une formule est bien différente. Car si des actifs y sont bien présents, c’est en général en pourcentages très restreints, de l’ordre de 2 à 3 %, parfois encore moins ! Et cela laisse évidemment une belle place à… tout le reste  ! Tout "ce reste" qu'on applique quotidiennement, parfois plusieurs fois par jour, sur sa peau, et qui n'est pas toujours inoffensif.

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Non, tout "ce reste", ce qui compose en fait l'essentiel du produit cosmétique, n’est pas anodin. D’abord par son importance quantitative, ensuite parce qu’il détermine en grande partie l’innocuité d’un produit et bien souvent aussi son efficacité. C’est dans "ce reste" qu’on trouve en effet les composants les plus décriés, comme ceux qui sont les plus recommandés. C’est "ce reste" qui permet de classer le produit dans le secteur de la cosmétologie conventionnelle ou naturelle, c’est "ce reste" qui peut être synthétique, chimique ou végétal, c’est "ce reste" qui fait l’identité d’un cosmétique, c’est lui qui le compose souvent à plus de 90 %, et c’est à lui, d’abord, qu’il faut s’intéresser.

Parfois désigné sous le terme d’excipient (substance dans laquelle on incorpore les actifs pour faciliter leur action), il peut être très différent selon la forme galénique du cosmétique.

Les émulsions

La base d’une émulsion se compose d’un mélange d’eau et de corps gras. On estime qu’environ 90 % des cosmétiques se présentent sous cette forme: crèmes, gels, laits, gommages, masques, fonds de teint… sont tous des émulsions. Et bien que leurs indications soient très différentes, leurs excipients ont tous la même structure.

L’eau
Elle est désignée par le terme "Aqua" dans la liste des ingrédients et peut constituer plus de la moitié du produit (voire, dans certains cas, plus des 3/4). L'eau peut être de source, thermale, déminéralisée, distillée, osmosée… ou simplement provenir du robinet. Toute eau est bonne au cosmétique pour peu qu’elle réponde à des critères de pureté et de potabilité assez classiques.
L’eau est envisagée comme un ingrédient à part entière. Base neutre s’il en est, elle peut toutefois être considérée comme un actif, si elle apporte des propriétés spécifiques, comme c'est le cas pour les eaux thermales (avec leur minéraux) ou les eaux florales (avec leurs extraits végétaux).
Elle est classée dans la catégorie des ingrédients naturels, mais ne peut jamais être qualifiée de biologique.

Les corps gras
C’est le deuxième constituant principal des émulsions, qui peut prendre la forme d’huiles, de beurres ou de cires. La cosmétique en utilise principalement de quatre types :
• d'origine minérale, ce sont des dérivés d’hydrocarbures (issus de l'industrie pétrochimique).
• d’origine synthétique, entièrement artificiels, ce sont essentiellement les silicones et leurs dérivés.
• d’origine végétale, ils sont très nombreux et divers, pouvant provenir de graines, de noyaux, de fruits… d’amande, d’olive, d’argan, de tournesol, d’avocat, de bourrache…, etc.
• d’origine animale, ils sont prélevés sur des carcasses ou des animaux morts.

En fonction de leur origine, les corps gras sont dotés de propriétés (et d’effets indésirables potentiels) bien différents. Sur la peau, pour la santé ou pour l’environnement, le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas la même chose ! Et, il faut le souligner, chacune de ces quatre catégories fait partie des ingrédients controversés, à un titre ou à un autre.

Les émulsifiants

Avec seulement des corps gras (les huiles et cires) et du liquide (l’ eau ), on n’obtient jamais un mélange homogène, ces deux types de composés étant non miscibles, c’est-à-dire qu’ils ne se mélangent pas entre eux. Imaginez une vinaigrette maison : l’huile se dépose au fond du récipient, le vinaigre reste en surface et le tout se présente en deux "couches" bien séparées. Qu’est-ce qui rend les vinaigrettes du commerce bien homogènes et onctueuses ? Un émulsifiant . Un ingrédient qui, selon sa définition officielle, favorise la formation de mélanges intimes entre des liquides non miscibles en modifiant les interactions de surface. Il n’y a pas une émulsion qui n’en contienne au moins un. Et cela vaut de la même façon pour les produits d’hygiène et de beauté.

La cosmétique a à sa disposition un nombre impressionnant d’ émulsifiants différents. Certains peuvent être d’origine naturelle (la lécithine du jaune d’œuf, par exemple, émulsifiant traditionnel des mayonnaises maison, se retrouve aussi en cosmétique…), d’autres le sont beaucoup moins : on trouve notamment dans cette famille d’ingrédients beaucoup de composés éthoxylés .

Les tensioactifs
L’action des émulsifiants est très fréquemment complétée par celles de tensioactifs : eux réduisent la tension de surface, favorisant une répartition uniforme du produit lors de son utilisation. Ils ont également la très précieuse propriété de se mélanger facilement avec l’ eau ET avec l’huile, jouant également le rôle, selon les cas, d’agents moussants ou nettoyants (ce qui les rend particulièrement présents dans les shampooings et les gels douches), éventuellement antistatiques ou filmogènes , agents de contrôle de la viscosité ou hydrotropes (augmentant la solubilité d'une substance dans l'eau), également aussi souvent émulsifiants

Comme ces derniers, si quelques-uns peuvent revendiquer une origine naturelle, nombre d’entre eux sont des composés synthétiques, souvent obtenus également par éthoxylation et pas toujours des plus anodins.

Les agents de texture
Antiagglomérants, liants, filmogènes , gélifiants, opacifiants, solvants, stabilisateurs d’émulsion, humectants , émollients … : tous travaillent à améliorer la consistance du produit et/ou son contact sur la peau. Ils sont, là encore, très nombreux et fort divers, pouvant être présents dans le produit en quantité limitée ou en nombre conséquent. Certains s’avèrent sans danger, d’autres peuvent se révéler beaucoup plus problématiques…

Les conservateurs

Avec son gras et son eau , dans la chaleur et l’humidité d’une salle de bains, quotidiennement exposée à l’air le temps de remplir son office, une émulsion a tout ce qu’il faut pour constituer un nid des plus accueillants pour tous les germes, bactéries et autres champignons. Pour garantir la sécurité sanitaire des utilisateurs, il faut donc lui ajouter des conservateurs , des agents antibactériens et/ou antifongiques , des antiseptiques … qui vont empêcher les contaminations et les proliférations microbiologiques.

Pratiquement toutes les substances répertoriées en tant que conservateurs sont des molécules synthétiques, y compris dans les produits estampillés naturels et bio. C’est aussi une classe d’ingrédients parmi les plus fréquemment associée à des phénomènes d’intolérance, d’irritation ou d’allergies. Nombre d’entre eux sont également suspectés de toxicité pour l’organisme, à des degrés plus ou moins importants.

Les colorants

Ils n’interviennent pas seulement dans le maquillage, où évidemment leur rôle est primordial, mais sont également présents dans la grande majorité de produits d’hygiène ou de soin. Quand le shampooing est vert pomme, le gel douche orange ou la crème d’un beau rose tendre, on ne le doit jamais à un extrait de pomme verte, d’écorce d’orange ou de pétale de rose ! Il en est de même évidemment pour les rayures rouges ou bleues du dentifrice…

Les colorants proviennent essentiellement de pigments minéraux (oxydes de fer, mica , lazurite…) ou de composés synthétiques, parmi lesquels les colorants azoïques sont les plus controversés.

Les parfums

Il faut le savoir, les matières premières cosmétiques, pour la plupart, sentent… eh bien, disons, pas très bon ! Même une huile végétale peut paraître d’une fragrance un peu brute au naturel, alors un composé synthétique ou chimique… C’est simple, si on nous les proposait tels quels, on ferait instinctivement une grimace répugnée et on n’en voudrait pas. Tous les cosmétiques ou presque sont donc parfumés.
Cela peut être avec une ou plusieurs huiles essentielles , qui éventuellement interviennent aussi en tant qu’actifs. Cela peut être aussi avec des molécules synthétiques.

À noter qu’en matière de parfum , rien n’est vraiment anodin. Entre le caractère allergisant de nombre d’ huiles essentielles , le potentiel toxique des molécules synthétiques et des solvants qui les accompagnent, les parfums constituent tout simplement la catégorie n°1 pour le nombre d’ effets indésirables associés à leur utilisation ! Et ils peuvent s’avérer particulièrement contre-indiqués pour les très jeunes enfants ou les femmes enceintes .

Les actifs
Non, on ne les oublie pas, bien sûr ! Même si, on l’a dit, ce ne sont jamais les composés quantitativement les plus présents dans une formule, et qu’ils sont bien difficiles à définir qualitativement. Parce qu’en fait, un actif, ça peut être à peut près tout (on n’a pas dit : et n’importe quoi…).

Une huile végétale qui compose l’ excipient d’une crème de soin peut être, avec ses acides gras, ses vitamines et ses propriétés hydratantes , considérée comme un actif. Un extrait végétal également, au même titre qu’une molécule synthétique. Même un conservateur peut être qualifié d’actif s’il agit en antibactérien dans une crème pour peau à tendance acnéique… Et une huile essentielle : faut-il la classer dans les composés parfumants, dans les agents de conservation si elle a une activité antibactérienne ou dans les actifs pour ses propriétés purifiantes ?
Certains cosmétiques jouent ainsi sur les multi-propriétés de leurs ingrédients pour revendiquer une formule composée à 100 % d’actifs. D’autres, plus classiquement, proposent, dans un excipient réputé neutre, de miser toute leur efficacité sur un actif (ou une synergie de deux ou trois).

Y en a-t-il assez… ou assez peu ?
En la matière évidemment, la notion de pourcentage a son importance. Un actif doit être justement dosé pour générer l’effet qu’on attend de lui. Et il faut préciser que si certains doivent être présents de façon conséquente pour être efficaces (la caféine dans les produits amincissants, par exemple), d’autres (comme le Bisabolol apaisant ) se révèlent plus performants quand ils sont limités à seulement 1 ou 2 % du produit fini… D’autres encore agissent de façon différente selon qu’ils sont plus ou moins dosés : un acide salicylique , par exemple, sera conservateur à moins de 0,5 %, mais kératolytique à un pourcentage plus élevé.

Ainsi, la seule revendication de leur présence ne suffit jamais pour juger du service que peuvent rendre les actifs. L’indication de leur dosage exact est assez rare sur les étiquettes, mais quand le fabricant, alors que rien ne l’y contraint, se donne la peine de donner cette précision, cela doit toujours être compris comme un souci de transparence vis-à-vis du consommateur (de marketing, aussi, parfois, c’est vrai, mais tant qu’on dispose de l’information…).

Enfin, l’action d’un actif peut être tout aussi bien potentialisée que contrecarrée par le reste de la formule. Un composé à visée régulatrice pour peaux grasses sera nettement moins intéressant s’il intervient dans une base riche en huiles minérales occlusives et comédogènes, par exemple…

Les huiles et baumes

Deuxième type de formulations assez usitées en cosmétique : les mélanges d’huiles ou les beurres. Il s’agit essentiellement de sérums pour le visage ou de baumes de massage. De composition assez resserrée, ces produits se distinguent d’abord par l’absence d’ eau dans leurs formules, qui, du coup, peuvent se passer de nombreux ingrédients indispensables dans les émulsions .

Les huiles et beurres
Comme toujours en cosmétique, ces corps gras peuvent être d’origine minérale, synthétique, végétale ou animale. Ce sont essentiellement des huiles dans les sérums , des beurres (de karité , de cacao, de mangue…) ou des cires, plus consistants, dans les baumes.

Les antioxydants
L’absence d’ eau rend la présence de conservateurs inutile. Pour assurer la stabilité de ces produits dans le temps, il suffit de les protéger des atteintes de l’air et de la lumière, soit à l’aide d’un contenant opaque et hermétique (une bouteille en faïence équipée d’un bouchon-pipette, un flacon airless…), et/ou, particulièrement quand une consistance épaisse empêche ce type de conditionnement, par l’ajout d’antioxydants qui vont prévenir leur rancissement.

La cosmétique dispose d’environ 350 composés qui peuvent avoir une action antioxydante. Certains extraits végétaux peuvent jouer ce rôle, mais on retrouve surtout les vitamines E ( Tocophérol ) ou C (Acide ascorbique) qui sont largement employées, sous forme naturelle ou synthétique. D’autres molécules issues de la synthèse sont également fréquemment utilisées, comme celles de la famille des gallates ou le BHT , même si les doutes concernant leur innocuité restent assez forts.

Le reste de la formule
Comme tous les cosmétiques, les huiles et baumes peuvent contenir leur lot de colorants et de parfums , parfois aussi d’ émulsifiants ou d’agents de texture, mais en nombre et en quantités beaucoup plus limités que dans les émulsions .
Ils peuvent aussi s’enrichir de quelques actifs, apaisants , anti-âge, régénérants, matifiants, régulateurs de sébum , tonifiants … selon l’indication des produits.

Les poudres

Blushes, fards à paupières, poudres libres ou compactes, talcs… : cette troisième forme galénique concerne un domaine bien délimité des cosmétiques, constitué essentiellement des produits de maquillage. Très particulier dans ses indications, il l’est aussi dans ses formulations, la forme sèche de ces produits les rendant un peu atypiques par rapport à tous les autres.

Les poudres
Elles forment logiquement l’essentiel de la formule. Talc , mica , terre de Diatomées, silice, poudres de soie ou de riz , kaolin, stéarate de magnésium… constituent les principales ressources en la matière. Pour la plupart, elles sont d’origine naturelle, souvent minérale.

En règle générale, elles semblent assez inoffensives. L’inhalation de certaines (et encore, en grandes quantités) pourrait éventuellement s’avérer néfaste pour les voies respiratoires, mais avec des produits de maquillage, le risque (présent en milieu industriel) semble réellement négligeable. En revanche, il est déconseillé de pulvériser du talc à proximité du nez des bébés…

Les agents de texture
Quelques émollients pour adoucir le contact de la poudre sur la peau, des antiagglomérants pour garantir sa fluidité ou des liants pour assurer sa tenue, éventuellement des filmogènes pour permettre un meilleur étalement… : les compléments à la formule se comptent en général sur les doigts d’une main. Et sont dotés des mêmes caractéristiques que lorsqu’ils sont présents dans les autres types de produits.

Les corps gras

Les poudres compactes peuvent aussi faire place à un peu d’huiles, qui jouent alors à la fois le rôle de liants et d’actifs de nature à préserver l’hydratation cutanée. Ce sont toujours les mêmes, et elles s’accompagnent alors généralement d’antioxydants, comme dans les sérums et les baumes.

Le reste de la formule
Pas d’ eau dans ces produits. Ce qui veut dire aussi, le plus souvent, pas de conservateurs . On voit tout de même des poudres qui en contiennent : on se demande toujours pourquoi puisque leur utilité n’est pas évidente ici, alors que leurs potentiels effets indésirables sont, eux, toujours bien présents.

En revanche, il n’est pas rare que les poudres soient parfumées, ce qui peut toujours susciter les mêmes réserves, et bien sûr, puisqu’elles interviennent en tant que maquillage, elles ne se conçoivent pas sans une belle palette de colorants. Ce sont les mêmes que ceux employés dans les autres produits, simplement plus nombreux et associés de façon plus élaborée pour obtenir des teintes et nuances très variées. Et cela ne va pas sans les mêmes doutes concernant l’innocuité de certains d’entre eux.

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