mercredi 16 février 2011Apprendre à lire les étiquettes

Hydratation des couches superficielles de l'épiderme

©L'Observatoire des Cosmétiques

C’est une mention qu’on a l’habitude de voir sur nos étiquettes de cosmétiques… sans toujours y prêter réellement attention et sans non plus s’interroger sur sa réelle signification. Que veut-elle dire, en fait ? Pourquoi figure-t-elle sur certains produits hydratants… et pas sur d’autres ? C’est que cette mention a une histoire… et un statut très particulier.

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Ce n’est pas dans la Directive européenne qui régit les cosmétiques (ni même dans le Règlement appelé à la remplacer d’ici 2013) qu’il faut chercher la réponse à ces questions. Car ces textes s’en tiennent à la définition générale de ce qu’est un produit cosmétique, à savoir " toute substance ou tout mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles ".

On notera que "destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain" ne préjuge pas du devenir d’un produit après l’application, et que, réglementairement parlant, rien ne l’empêche ensuite d’entamer un voyage un peu plus en profondeur… Et on cherche vainement dans ces textes de plus de 150 pages la moindre référence à la notion d’hydratation…

L’origine de cette mention est plutôt à chercher dans un ancien avis du BVP (Bureau de vérification de la publicité), devenu depuis l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité), qui aborde, dans ses Recommandations Hygiène et Beauté en date d’octobre 1998, la notion d’hydratation en ces termes :
 1/ On entend par produits cosmétiques hydratants les produits destinés à améliorer ou maintenir l’équilibre en eau de l’épiderme.
 2/ On considère comme médicaments les produits présentés comme susceptibles d’hydrater ou de réhydrater en profondeur les tissus.

D’où vient cette distinction ?

Il faut rappeler qu’un cosmétique doit s’en tenir à des revendications purement cosmétiques et que ses allégations ne doivent jamais faire penser qu’il pourrait agir comme un médicament. Seul ce dernier, si l’on se réfère à sa définition, peut en effet d’une part, soigner ou prévenir des maladies, d’autre part, " restaurer, corriger ou modifier des fonctions physiologiques "…

Le problème d’un produit hydratant, fût-il cosmétique, c’est que par essence-même, il est destiné à interagir avec les cellules de la peau pour leur apporter ou les aider à maintenir leur teneur en eau. Et que donc il agit forcément sur une fonction physiologique de l’organisme. C’est le type-même du produit-frontière qu’il est bien difficile de classer dans une catégorie ou une autre et donc fort délicat à réglementer…
Dans ce cadre, on comprend mieux la justification de la précision apportée par le BVP.

À ce stade, rien n’oblige à une concrétisation de cette distinction sur l’étiquette d’un cosmétique. L’ARPP (ex-BVP) est en effet un organisme privé, administré par les professionnels, et dont les recommandations n’ont pas force de loi. Leur mise en œuvre repose donc sur le seul volontariat des différents acteurs du secteur.

Cependant, une directive européenne consacrée à la publicité prévoit que dans le cadre de son activité, tout professionnel devrait suivre les recommandations et les codes de bonne conduite régissant son activité au niveau national…
Et une autre recommandation, émanant cette fois de la DGCCRF, stipulait, dans la foulée de l’avis du BVP, que " afin d'éviter toute confusion dans l'esprit du consommateur sur l'étendue de l'effet hydratant d'un produit, il convient, au minimum, d'adjoindre à l'étiquetage ou à la publicité en cause une mention du type 'hydratation des couches supérieures de l'épiderme' ".

Toujours pas de réelle obligation, donc, mais tout de même une forte pression de la part des autorités sanitaires françaises, dont l’ensemble des fabricants de cosmétiques français a décidé de s’affranchir en apposant, au bout d’un astérisque, ladite mention, qui s’est ainsi généralisée, en se modifiant quelque peu parfois. Couches supérieures, couches superficielles, imprégnation des couches superficielles… : quelques mots qui prennent peu de place sur une étiquette… et qui évitent tout problème en cas de contrôle réglementaire.

De moins en moins d’obligations

Les choses auraient pu en rester là, mais les derniers codes pour les produits cosmétiques , publiés par l’ARPP pour le premier en 2006 et pour le dernier en 2009 , sont venus quelque peu changer la donne.
Dans ces textes en effet, le paragraphe "Allégations ‘hydratation’" est ainsi devenu : " On entend par produits hydratants les produits destinés à améliorer ou maintenir l’équilibre en eau de l’épiderme. Un produit cosmétique ne peut pas être présenté comme susceptible d’hydrater ou de réhydrater en profondeur la peau ".

Plus de mention directe de la différence avec un médicament, et même si l’interprétation peut susciter beaucoup de discussions, plus non plus de réelles recommandations pour signaler une hydratation sur les couches superficielles de l'épiderme : il suffit que l’argumentaire ne revendique pas une action "en profondeur".
Traduction officielle des professionnels de la cosmétique : la mention n’est plus obligatoire.

Pourquoi alors la voit-on encore si fréquemment sur nos étiquettes ? C’est qu’elle met toujours à l’abri de tracasseries administratives en cas de contrôle des autorités sanitaires. Même si dans tous les cas, la revendication d’hydratation doit être justifiée, le produit n’est pas suspecté de pouvoir introduire un doute dans l’esprit du consommateur quant à son efficacité réelle.
Et une fois qu’un "tic" d’étiquetage est pris, et qu’une mention "fait partie du décor" tant pour les professionnels que pour les consommateurs, il est bien difficile à beaucoup de s’en défaire…

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