lundi 17 décembre 2018Apprendre à lire les étiquettes

La mention "Sans conservateur"

© L'Observatoire des Cosmétiques

Un cosmétique “Sans conservateur”, pourquoi pas ? Mais que signifie réellement cette mention ? Comment la formule est-elle protégée des atteintes bactériennes ou des proliférations microbiologiques ? Qu’est-ce qui remplace les parabens ou les autres conservateurs répertoriés par la nomenclature officielle des ingrédients cosmétiques ? Et quelle confiance accorder à ces produits ?

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On la retrouve de plus en plus fréquemment sur les étiquettes des produits cosmétiques, et pas seulement sur ceux issus de la branche naturelle ou bio. Le "Sans conservateur" est à la mode, et la mention bénéficie d'un a priori favorable de la part des consommateurs. Elle est toutefois à considérer avec quelques précautions. Car si les conservateurs sont présents dans les formules des cosmétiques, ce n'est pas pour rien. Et la mention "Sans conservateur" peut recouvrir des réalités bien différentes.

À quoi servent les conservateurs ?

Les conservateurs sont mis en œuvre pour protéger la sécurité sanitaire des pproduits cosmétiques. Petit rappel : la base d'une crème, d'un gel-douche ou d'un baume pour le corps est le plus souvent constituée d'une émulsion, un mélange d'eau et de corps gras. Si on n'y intégrait pas de conservateurs, cette "mixture" deviendrait vite (parfois en quelques jours) un véritable bouillon de culture où se développeraient comme à plaisir bactéries (parfois très pathogènes et dangereuses pour la santé humaine) et autres champignons (levure et moisissures). Assurer la conservation d'un produit est indispensable, il en va de la responsabilité de son fabricant et de la sécurité de son utilisateur.

Que sont les conservateurs ?

Ces substances sont choisies pour leurs propriétés antibactériennes, antifongiques ou biocides, c'est-à-dire de nature à détruire les micro-organismes vivants. Le plus souvent, il s'agit de composés synthétiques, mais on peut en trouver aussi d'origine naturelle, les plantes ayant aussi besoin pour survivre de se défendre des agressions extérieures. Les fruits du sorbier, par exemple, contiennent de l'acide sorbique aux propriétés antifongiques, les huiles essentielles de l'ylang-ylang et de jasmin de l'alcool benzylique antibactérien…

Pourquoi les conservateurs posent problème ?

Les conservateurs sont destinés à détruire des organismes vivants. Il s'agit de bactéries et de champignons nuisibles, certes, mais tout de même porteurs de vie. Et il n'est pas faux de dire que les conservateurs sont des tueurs. Or, un tueur n'agit pas toujours dans la plus extrême douceur. Dans la guerre qu'ils mènent pour sécuriser les cosmétiques, certains d'entre eux peuvent même se révéler responsables d'effets indésirables (des "dommages collatéraux" !) non négligeables (irritations, allergies, voire toxicité suspectée ou avérée à hautes doses).

Pourquoi certains conservateurs ont mauvaise presse ?

Tous sont régulièrement évalués, tant en termes d'efficacité que de toxicité, par le biais d'expérimentations et d'études scientifiques, ce qui permet aux autorités sanitaires de les réglementer et à l'industrie de les utiliser au mieux. Les relais médiatiques de certains des résultats ainsi obtenus ont abouti à mettre sur la sellette quelques-unes de ces substances : les parabens ont ainsi été suspectés d'être cancérogènes, le phénoxyéthanol a été décrié pour son appartenance à la famille des éthers de glycol… À noter que la focalisation sur essentiellement deux types de composés en laisse beaucoup d'autres dans l'ombre. Quand on considère les avantages, et inconvénients, de tous les autres, cela peut sembler dommage à de nombreux égards. D'autant que les études qui ont étayé les accusations sur ces conservateurs médiatisés ont parfois été contredites ensuite, non confirmées par d'autres résultats scientifiques et/ou réfutées par les conclusions des évaluations menées par les autorités sanitaires.

Il n'en reste pas moins qu'une méfiance du public s'est développée autour des conservateurs en général, et que l'industrie cosmétique, qui entend vite les messages de ses consommateurs, n'a pas tardé à y apporter des réponses. L'une d'entre elles étant la formulation estampillée "Sans conservateur".

Que veut dire la mention "Sans conservateur" ?

Il faut parfois lire les allégations portées sur les emballages avec un peu de recul, et savoir les interpréter pour ne pas risquer de se méprendre sur leur portée réelle. Et c'est bien le cas de celle-ci, qui peut avoir des significations assez variables :

Le cosmétique n'a pas besoin de conservateurs.
Les formules sèches (poudres, fards à paupières…) ne contenant pas d'eau sont des produits très stables et les moins favorables au développement des micro-organismes. De même, les mélanges d'huiles (sérums, huiles hydratantes…), qui eux non plus ne contiennent pas d'eau, ne nécessitent que des antioxydants pour éviter le rancissement. Dans ce cas, la mention ne souligne pas un "plus" du produit vis-à-vis des formules équivalentes de la concurrence, qui, elles non plus, ne contiennent pas de conservateurs, elle ne constitue pas réellement une information pour le consommateur, et appartient davantage au domaine du marketing.

Le cosmétique ne contient pas de conservateurs répertoriés en tant que tels dans la nomenclature officielle des ingrédients cosmétiques.
Les fabricants, dans leur recherche pour éviter les composés controversés, ont développé d'autres moyens pour obtenir les mêmes effets.
> L'alcool antiseptique (qu'on peut de plus qualifier d'"ingrédient d'origine naturelle") peut ainsi être présent en proportion assez importante dans des formules "sans conservateurs" malgré le fait qu'il soit un toxique potentiel pour l'organisme (et il n'est pas exclu qu'il le soit aussi par le biais des cosmétiques) et qu'il constitue de façon avérée un asséchant de l'épiderme, assez peu indiqué pour les peaux sèches et/ou sensibles.
> Certaines huiles essentielles peuvent aussi être mises en œuvre pour leurs propriétés antibactériennes, qui s'ajoutent à leurs autres apports en tant qu'actifs dans le produit. Mais leur réel potentiel allergisant fait que la généralisation de leur utilisation est assez controversée.
> Des lipoaminoacides ou des enzymes sont également de plus en plus exploités pour leurs propriétés antibactériennes. Si on ne suspecte pas d'effet toxique pour l'organisme de ces substances, les experts (et notamment ceux de l'Observatoire des Cosmétiques) soulignent qu'on manque encore de recul et de données scientifiques pour évaluer leur réelle efficacité.
Dans ce cas, la mention ne veut pas dire que le produit ne contient pas de système de conservation pour assurer la sécurité du produit, mais seulement que les substances mises en œuvre pour ce faire ne sont pas classées officiellement dans la famille des conservateurs. Avec parfois des effets secondaires, potentiels ou avérés, qui doivent aussi être pris en compte.

Le cosmétique est protégé des contaminations par d'autres moyens que par des conservateurs.
Un packaging adapté peut constituer une protection suffisante pour un produit. Les unidoses stériles ou les flacons-pompe airless qui isolent parfaitement la formule de l'environnement extérieur, de l'air et de la lumière, permettent d'éviter ou de réduire considérablement le recours aux conservateurs. On voit aussi apparaître sur le marché les premières "crèmes en kit", où les phases aqueuses et huileuses du produit sont proposées dans des contenants différents que le consommateur doit mélanger lui-même juste avant l'utilisation. Ou encore des produits conservés par la technologie UHT (Ultra Haute Température)… Autant de procédés intéressants, même s'ils doivent être le plus souvent assortis d'une durée d’utilisation après ouverture très courte.

Le cosmétique n'est doté d'aucun système de conservation.
Il arrive qu'on trouve sur le marché des produits estampillés "Sans conservateur" qui ne contiennent effectivement pas du tout de conservateur, ni aucun autre système de conservation. Dans ce cas, la mention n'est pas trompeuse, mais le produit n'est pas protégé des contaminations extérieures ou des éventuelles proliférations microbiologiques, et il peut s'avérer instable, voire dangereux pour la santé.
Voir à ce propos l'enquête de la DGCCRF et de l'Afssaps sur les produits "Sans conservateur".

LW
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