mercredi 18 novembre 2009Apprendre à lire les étiquettes

Quand "naturel"... n'est pas simple !

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Qu’est-ce qu’un cosmétique naturel ? Qu’entend-on par ingrédient naturel ? Quelle différence y a-t-il avec un ingrédient "d’origine naturelle" ? Comment faut-il comprendre cette "origine" ? Bref, en cosmétique, de quel naturel parlons-nous ? À l’heure où la cosmétique naturelle se revendique haut et fort sur les étiquettes, n’est-il pas tout aussi naturel de s’intéresser d’un peu près à cette question ?

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Cela peut paraître étonnant au moment où elle envahit les rayons de nos magasins, mais il n’existe toujours pas de définition officielle de la cosmétique naturelle. Seul un texte élaboré en 2000 par un Comité d’experts européens en trace les grandes lignes, mais sans entrer réellement dans les détails, et les principes qu’il énonce n’ont pas force de loi.

Ce sont les différents organismes qui gèrent les labels "naturels et bio" ou les fabricants eux-mêmes à titre individuel qui se sont donc chargés d’élaborer des critères pouvant servir de référence. La mention n’est donc pas réellement réglementée, et peut ainsi recouvrir des réalités assez diverses.

Les ingrédients naturels

Un ingrédient naturel est un produit végétal, minéral ou animal, provenant directement de la production agricole, de l’exploitation ou de la cueillette sauvage, et a priori non transformé.
Une précision qui amène immédiatement une nuance : il n’existe quasiment pas dans la nature de substances naturelles qu’on puisse utiliser telles quelles dans les cosmétiques. Des procédés de transformation simples mais indispensables (comme le broyage ou le filtrage, par exemple) sont donc considérés comme n’affectant pas le caractère naturel.

L’eau

Elle est évidemment naturelle. Ce qui ne suffit pas forcément à la définir puisqu’elle doit satisfaire à des critères de pureté pour être utilisée en cosmétique, et peut provenir d’origines différentes : elle peut ainsi être tout juste potable, ou thermale, "de source", obtenue par osmose, distillée…

Les minéraux
Si on excepte ceux qui sont dérivés d’hydrocarbures fossiles, les ingrédients d’origine minérale sont considérés comme faisant partie des ressources naturelles. Ils sont utilisés principalement sous forme de poudres ou pour leurs propriétés colorantes.

Attention, naturel ici ne veut pas dire "non toxique" : c’est parmi les substances minérales que l’on trouve quelques métaux lourds… Cela ne traduit pas systématiquement non plus un engagement écologique : les procédés d’extraction de ces matières premières, d’autre part non renouvelables, ne sont pas forcément toujours très respectueux de l’environnement.

Les productions animales

Œufs, lait, miel, cire d’abeille ou propolis… ou encore bave d’escargot (ne sursautez pas, certains cosmétiques l’utilisent en tant qu’actif !) sont autant d’ingrédients naturels qu’on peut prélever sans porter atteinte aux animaux qui les produisent.
Mais la mention d’ingrédient naturel peut aussi bien concerner le suif de bœuf utilisé dans un savon ou un émulsifiant comme un acide stéarique issu de sa graisse… qui nécessitent obligatoirement la mort de l’animal pour être prélevés.

Les ingrédients d’origine naturelle

Même un œuf a besoin d’être cassé pour qu’une partie puisse être intégrée dans une formule cosmétique. Et il faut bien prévoir un procédé d’extraction si c’est son albumine ou ses protéines seules qu’on veut utiliser.
Il en est de même des ingrédients végétaux. Quasiment aucun ne peut être employé tel quel. Une fleur, une graine, une écorce de fruit… doivent être obligatoirement transformées pour que l’on puisse obtenir un extrait, une huile végétale ou une huile essentielle…

C’est ainsi que pour les ingrédients végétaux, la seule revendication possible est celle d’une "origine naturelle". Mais il y a origine et origine, et certaines sont bien plus lointaines que d’autres…
Les procédés de transformation des matières premières brutes, pour indispensables qu’ils soient, peuvent en effet être de natures assez différentes.

Les procédés de transformation "naturels"

Il est indispensable de presser un fruit pour obtenir son jus, de broyer des noyaux (par exemple d’abricot) pour servir de base à un exfoliant… mais on en reste là à des transformations simples, de type mécanique ou physique, qui n’affectent pas le caractère naturel de l’ingrédient.
Parmi les procédés considérés comme naturels, on peut citer les pressage, concassage, broyage, distillation, filtration, centrifugation, décoction, infusion, macération, fermentation…

Les procédés de transformation complexes
D’autres procédés sont bien plus élaborés, relevant de la chimie, de la technologie ou faisant appel à la synthèse. Il en est ainsi de l’estérification, de l’hydrogénation, de la sulfatation, de l’alkylation, de l’éthoxylation… et de bien d’autres encore.
Que penser de la mention "d’origine naturelle" dans ce type de cas ? Certes, littéralement parlant, elle n’est pas fausse… mais elle est très certainement de nature à induire le consommateur en erreur sur les caractéristiques réelles de l’ingrédient.

Prenons l’exemple du Sodium laureth sulfate. Ce tensioactif assez largement utilisé dans les gels douche et les shampooings peut effectivement avoir une "origine naturelle" s’il est issu d’une base d’huile de coco. Mais son processus de fabrication comprend aussi l’éthoxylation, réaction chimique polluante consistant en un greffage de molécules d’oxyde d’éthylène (gaz très réactif et toxique) sur la matière première de base, à très fortes températures et sous haute pression. Que reste-t-il de "naturel" après un tel traitement ?

L es mélanges d’ingrédients
La mention "d’origine naturelle" peut aussi désigner certains ingrédients composés de mélanges de différentes matières premières, parmi lesquelles une au moins est d’origine naturelle.
Imaginons un émollient, le Dimethicone PEG-7 Olivate. Son "origine naturelle" prend la forme d’acides gras issus d’huile d’olive… même s’il est également constitué de silicone très synthétique et très peu biodégradable et que son processus de fabrication fait lui aussi intervenir l’éthoxylation…
Il faut savoir que la réglementation n'exige pas que le fabricant précise à quel pourcentage son ingrédient est "naturel"…

Flous et pièges naturels

Les mentions "naturel" et "d’origine naturelle" sont déjà à décoder correctement pour être bien comprises. Elles sont de plus "polluées" par une série d’amalgames et d’idées reçues qui perturbent souvent leur bonne appréciation. Quelques exemples :

C’est naturel, donc c’est bon

La mention "naturel" s’inscrit dans une mouvance actuellement très porteuse sur le marché des cosmétiques (le naturel et le biologique) et sous-entend une composition végétale, par opposition aux ingrédients d’origine synthétique souvent décriés pour leur potentiel polluant et leur risque de toxicité. C'est en tout cas souvent ainsi qu'elle est comprise, implicitement, par le consommateur… Et le fabricant qui appose le mot "naturel" sur l’étiquette de son produit nous envoie ainsi un message : "voici un cosmétique sans danger pour l’environnement et pour votre santé".
Ce n’est pas toujours vrai, évidemment. Une amanite phalloïde est tout ce qu’il y a de plus naturel, mais la consommation de ce champignon vénéneux, cause d’empoisonnements mortels, n’est est pas moins unanimement déconseillée. Toutes proportions gardées, il en est de même en cosmétique : certains actifs naturels peuvent être déconseillés dans certains cas, ou se révéler allergisants…
De même, on l’a vu, une "origine naturelle", si elle est un peu lointaine, n’est pas toujours à même de garantir le respect de critères écologiques.

C’est naturel, donc c’est bio
Ce n’est pas forcément vrai non plus. Si les labels bio garantissent des "origines naturelles" plus importantes que les cosmétiques classiques, les ingrédients végétaux des cosmétiques dits "naturels" ne sont pas forcément issus de l’agriculture biologique. Une huile de jojoba sera toujours d’origine naturelle, qu’elle soit bio ou non.

C’est "naturel-identique", donc c’est naturel
Attention, le "naturel-identique" n’est autre que du… réel-synthétique. Il faut aussi parfois appeler un chat un chat et la copie d’une molécule naturelle, recréée en laboratoire… un ingrédient de synthèse. Ça ressemble au naturel, peut-être, mais ça n’en est pas. Même si cela permet à certains de se revendiquer 100 % naturels, en jouant sur l’ambiguïté du concept…

C’est "à l’huile d’argan", donc c’est naturel
Un ingrédient naturel ne garantit pas une formule globale naturelle. Une fragrance peut être naturelle (comprenez : composée principalement d’huiles essentielles) et parfumer une crème très synthétique. Une huile d’amande douce d’origine naturelle peut être revendiquée dans un gel douche dont les tensioactifs sont issus de la pure pétrochimie. Des actifs 100 % naturels peuvent agir dans une base qui ne l’est plus qu’à 2 % au total. On gagne toujours à considérer ce qui est réellement naturel (et à quel pourcentage dans la formule) et ce qui ne l’est pas du tout…

À noter que le prochain référentiel Cosmos va aider un peu le consommateur à s’y retrouver, notamment avec ses nouvelles notions d’"agro-ingrédients physiquement transformés" et d’"agro-ingrédients chimiquement transformés" . Cela précisera un peu les choses. Un peu…


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