Colorations capillaires : quel danger plane sur nos têtes ?

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Toxicité, risque de cancers, irritations, allergies, chocs anaphylactiques allant jusqu’au coma… on ne compte plus les alertes et les mises en garde à propos des teintures pour cheveux. Face aux inquiétudes récurrentes, l’industrie cosmétique se veut rassurante, affirmant que la composition des produits de colorations est strictement encadrée par les autorités sanitaires indépendantes. Qui croire ? L’Observatoire des Cosmétiques fait le point sur ce sujet controversé.

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Vous ne supportez plus vos cheveux blancs ? Vous rêvez d’un blond platine ou d’un noir d’ébène au lieu de votre châtain terne ? Vous voulez simplement changer de tête, ou vous êtes prête à vous laisser tenter par les mèches que vous propose votre coiffeuse ? Attention : tout ce qui touche à la beauté n’est pas forcément superficiel… au moins en termes de risques pour la santé. Et c’est particulièrement vrai pour les produits de coloration capillaire.

Quelle coloration ?

Par définition, le principe d’une teinture capillaire est de modifier la couleur du cheveu. Ce qui peut s’obtenir de plusieurs façons.

Les colorations fugaces
Elles se contentent de déposer des colorants à la surface du cheveu, sans rien pour les fixer réellement. Elles disparaissent en un shampooing ou deux.

Les colorations semi-permanentes ou temporaires
Elles pénètrent la cuticule du cheveu (sa partie externe) au niveau des écailles, grâce à l’action de différentes substances comme des dérivés de nitroanilines, nitrophénylènediamines ou nitroaminophénols. Elles peuvent "tenir" le temps de 5 à 10 shampooings.

Les colorations permanentes
Elles s’installent au cœur de la fibre capillaire pour en modifier la mélanine (qui détermine la couleur du cheveu). Pour ce faire, il faut d’abord permettre à la coloration d’y parvenir, ce qui s’obtient en jouant sur la perméabilité de la fibre capillaire : un composé très alcalin (par exemple l’ammoniaque) permet de la pénétrer pour la distendre et ouvrir largement les écailles. Une fois la voie ouverte, il s’agit d’y déposer des précurseurs de couleur (para-phénylènediamine, 2,5-diaminotoluène, para-aminophénol…) couplés avec des colorants d’oxydation (résorcinol, chlororésorcinol, méthyl résorcinol, alpha-naphthol, m-aminophénol, m-phénylènediamine…), qui vont, dans une suite en cascade de réactions chimiques, donner aux cheveux la couleur voulue. Dans le cas d’une teinture blonde, il s’agit ainsi d’éclaircir la mélanine puis de la teinter peu à peu sous l’effet d’agents oxydants (comme l’eau oxygénée ou peroxyde d’hydrogène), la coloration finale dépendant de la quantité de précurseurs mis en œuvre et du temps de pose du produit. Il "suffit" ensuite de refermer les écailles pour piéger la couleur qui devient permanente.

Quel est le problème ?

Il est bien évident qu’il ne s’agit pas là de la cosmétique la plus douce qui soit. La fibre capillaire, d’abord déstructurée puis modifiée, s’en trouve forcément affaiblie, et les cheveux peuvent devenir de plus en plus secs, rêches, fourchus… au fil des colorations. C’est là leur moindre défaut. 

Des risques avérés
Car les substances utilisées pour obtenir des bruns intenses, des blonds platine ou faire disparaître nos cheveux blancs sont aussi parmi les plus, et les plus fortement, allergisantes, parfois aussi cancérogènes.

Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), en 1993, a ainsi classé la profession des coiffeurs dans le groupe des "probablement cancérogènes". En 2001, une étude reliant l’usage des colorations capillaires (en salon ou à la maison) au développement de leucémies et de cancers de la vessie alerte le Comité scientifique des produits cosmétiques et des produits non alimentaires destinés aux consommateurs (SCCNFP) européen (devenu depuis le CSSC : Comité Scientifique Européen pour la Sécurité des Consommateurs).

Une réévaluation complète
Se penchant sur le problème, ce comité d’experts note que "l’industrie cosmétique utilise un nombre considérable de produits de colorations et que la plupart d’entre eux n’ont pas fait l’objet d’évaluation de sécurité". Et de s’engager dans une "stratégie" d’évaluation à grande échelle, en commençant par les substances les plus employées (à raison de plus de 2000 kg par an en Europe), pour vérifier leur potentiel génotoxique, mutagène et cancérogène.

Premier effet de ce processus en 2006 : 22 composants de coloration capillaire sont interdits, l’industrie n’ayant pas présenté dans les délais de dossier prouvant leur innocuité.

Mais il apparaît rapidement qu’il est bien difficile d’associer une substance donnée à un risque précis. Toutes les colorations mettent en œuvre plusieurs, et parfois de très nombreux composés différents, dont les dangers ne peuvent s’évaluer qu’à très long terme, après des années d’utilisation.

Des travaux en cours
En 2007, l’Europe recentre donc son intervention sur un autre risque avéré associé à ces produits : les allergies. Une première évaluation très partielle entreprise alors montre que sur 46 substances utilisées dans les teintures capillaires, 10 se sont avérées extrêmement sensibilisantes, 13 fortement sensibilisantes et 4 modérément sensibilisantes. Ce qui peut se traduire par des réactions, immédiates ou retardées, allant d’eczémas de contact aux œdèmes du cuir chevelu, en passant par des troubles respiratoires, sensations de brûlures et inflammations des muqueuses et des yeux… on en passe et pas des plus agréables.

Le délai accordé à l’industrie pour transmettre les dossiers de sécurité concernant toutes ces substances courait jusqu’au 31 décembre 2007. Leur étude par les experts européens devrait se traduire, à terme, par de nouvelles mesures d’interdiction ou la détermination de concentrations maximales autorisées. Le travail est toujours en cours aujourd’hui, on attend ses conclusions définitives pour évaluer l’ampleur de la "réforme" des colorations capillaires.

Considérant cela, il est bien difficile de se sentir rassuré au seul motif que les produits disponibles sur le marché satisfont à tous les critères de concentration et de formulation édictés par la réglementation… Cela reste pourtant le principal argument de l’industrie à l’intention des consommateurs.

Et les teintures "naturelles" ?

Elles sont fréquemment présentées comme l’alternative "sûre" aux colorations "chimiques". Elles mettent souvent en œuvre, c’est vrai, moins d’agents chimiques que les teintures conventionnelles… même s’il faut souligner que la plupart ne sont jamais 100 % végétales, ni même 100 % "naturelles"… surtout si elles sont au moins semi-permanentes (on ne peut pas faire de miracle en cosmétique et obtenir un résultat en tout point équivalent à celui obtenu avec un agent chimique… quand son alternative naturelle n’existe pas).

À noter tout de même qu’on a vu apparaître récemment les premières teintures labellisées bio. Pas encore complètement satisfaisantes à tous points de vue mais l’innovation dans ce secteur devrait permettre de mettre au point de nouveaux produits colorants, comme de nouveaux outils pour les appliquer à l’instar du récent mascara pour cheveux de K pour Karité certifié par Ecocert.

En règle générale, les colorations dites naturelles "tiennent" moins longtemps, et couvrent moins bien les cheveux blancs. Mais il est indéniable qu’elles s’avèrent aussi beaucoup moins problématiques pour la santé que les colorations classiques, et que leur tolérance cutanée est bien meilleure.

Et à l’heure actuelle, au regard des connaissances techniques, de ce qui est possible en cosmétique et… de la pression sociale "anti cheveux-blancs" comme de ses envies personnelles de changer de look (pour ressembler à quelqu’un qu’on n’est pas ?), on ne peut conclure rien d’autre que : mesdames (et messieurs aussi), choisissez ! Quand beauté et santé ne font pas bon ménage, il appartient à chacun d’opter pour ce qui lui semble le plus important… mais que ce soit au moins en toute connaissance de cause !

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