mercredi 13 juin 2018Bien choisir ses cosmétiques

Comment choisir sa crème solaire ?

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Depuis quelques années, on ne choisit plus son produit solaire sans se poser de nombreuses questions. Les filtres anti-UV synthétiques sont-ils dangereux pour la santé ? Les solaires bio contiennent-ils des nanoparticules ? Le SPF de la crème est-il réellement aussi élevé que celui qui est affiché sur l’étiquette ? Comment reconnaître le bon produit avec lequel on pourra bronzer en toute sérénité tout en protégeant sa peau des méfaits des rayons UV ? Point par point, L’Observatoire des Cosmétiques repose les termes du débat, et apporte les réponses qui permettent de choisir, sans se tromper, ce cosmétique indispensable qu’est le produit solaire.

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Avant toute chose, et particulièrement avant d’entrer dans le détail des doutes et interrogations qui entourent la composition des produits solaires, il est primordial d’apporter une réponse sans ambiguïté à une toute première question, car elle justifie à elle seule qu’on se penche ensuite longuement sur chaque point du débat.

Un produit solaire est-il indispensable ?

On entend souvent poser cette question, avec son sous-entendu criant : “La protection apportée par un solaire n’est-elle pas plus dangereuse que le soleil ?”.

Soyons clair d’entrée : OUI, une protection solaire adaptée est indispensable en cas d’exposition, surtout si elle est prolongée (au-delà de 10 minutes à un quart d’heure) et répétée (en été, en vacances, au quotidien pour les travailleurs à l’extérieur…).
Et NON, quelle que soit la composition du produit (on dit bien : quelle que soit la composition du produit), il n’est pas plus dangereux, et quand même préférable aux méfaits des rayons UV. Les experts de L’Observatoire des Cosmétiques le pensent sincèrement : au soleil, mieux vaut un “mauvais” produit que pas de protection du tout.

On connaît trop bien aujourd’hui les incidences néfastes à court terme (les brûlures de la peau que sont les coups de soleil), à moyen terme (le vieillissement cutané prématuré) et peut-être surtout à long terme (le développement accru de mélanomes, ces très graves cancers de la peau) pour pouvoir dire autre chose. Un produit solaire n’est pas un luxe, c’est un impératif de santé publique.
Et ce qui est vrai pour les adultes l’est encore plus pour les enfants, dont la peau est plus sensible, plus fragile, moins bien armée pour s’auto-protéger : en un mot, plus vulnérable.

Si on n’a pas envie de rester totalement à l’ombre, habillé des pieds à la tête et jusqu’aux bouts des doigts, durant tout l’été, on doit donc utiliser un produit solaire. Et c’est là que ça se complique : lequel choisir ?

Quel niveau de protection choisir ?

Le degré de protection idéal dépend bien sûr de chaque type de peau, de sa carnation, de son niveau de bronzage…
Mais dans tous les cas, le produit choisi doit assurer une protection à la fois contre les UVB, responsables des phénomènes d’inflammation de la peau (rougeurs, brûlures, coups de soleil…) et contre les UVA, cause de vieillissement cutané prématuré et également impliqués dans le développement des mélanomes, ces très graves cancers de la peau.

La réglementation cosmétique ne prévoit, à l’heure actuelle, rien d’obligatoire en la matière. Mais une Recommandation de la Commission européenne, devenue obligatoire depuis juillet 2013, prévoit plusieurs dispositions pour assurer une bonne efficacité des produits de protection solaire.
Ce texte définit ainsi un “degré minimum de protection devant être fournie par un produit de protection solaire”, soit :
• une protection UVB d’un FPS (facteur de protection solaire, ou Sun Protection Factor - SPF) 6,
• une protection UVA d’un facteur de protection équivalent à 1/3 du SPF,
• une longueur d’onde critique de 370 nm.

À noter que le SPF indiqué ne désigne que le niveau de la protection anti-UVB. Et que celle-ci doit donc être complétée d’une protection anti-UVA, dans un ratio UVB/UVA ≤ 3.
Un logo (les lettres UVA entourées d’un cercle) est utilisé par la profession pour marquer la conformité du produit à ces spécifications.

Les SPF annoncés sont-ils fiables ?

Le débat est récurrent et revient régulièrement à la Une de l’actualité : les SPF affichés sur les étiquettes seraient surévalués et bien supérieurs à la protection réelle apportée par les produits solaires.
C’est notamment le cheval de bataille d’une enseignante-chercheuse de l’université de Nantes, Laurence Coiffard, qui dénonce, sur la base de tests de mesure de SPF effectués dans son Laboratoire de Pharmacie Industrielle et de Cosmétologie, ces SPF “mensongers”.

Toute la polémique porte sur la méthode de mesure. À ce jour, seule une méthode in vivo est validée par les autorités (françaises, européennes et mondiales, par le biais d’une norme ISO) pour la mesure du SPF. C’est sur cette base que les industriels calculent, et affichent, le niveau de protection de leurs produits.
Laurence Coiffard, elle, pratique ses tests in vitro, selon une méthode qui lui est propre, et non validée par les autorités sanitaires. Elle souligne notamment que l’ajout, dans les produits solaires, d’ingrédients à effet anti-inflammatoires (Allantoin, Bisabolol…) fausse les résultats in vivo, en retardant la principale réaction d’inflammation de la peau, le coup de soleil.

Conséquence : le message d’alerte naturel envoyé par la peau et signifiant “J’ai eu ma dose de soleil, il faut me mettre à l’abri”, est différé ; on reste exposé au soleil plus longtemps qu’il ne faudrait, et la peau finit toujours par en souffrir, en absorbant notamment également davantage d’UVA.
La protection UVA qui peut en être également abaissée, son niveau étant calculé par rapport à celui du SPF.
Le tout en restant conforme aux exigences réglementaires.

Quel SPF choisir ?

À ce jour, le débat n’est pas tranché, et les travaux des instances officielles (notamment de l’ISO) qui étudient la mise au point d’une méthode de mesure du SPF in vitro validée et reconnue de toutes les parties en présence, ne devraient pas aboutir avant deux ou trois ans.

Que conseiller dans l’intervalle ?
Rappelons d’abord que les trop faibles indices ne protègent quasiment de rien et qu’un “écran total” n’existe pas, c’est-à-dire qu’on n’est jamais complètement protégé, ou au moins pas à 100 %.
Et dans le doute sur la valeur réelle des SPF affichés, on ne peut que conseiller de s’orienter vers les plus élevés : même s’ils sont moins protecteurs qu’annoncés, ce sont tout de même ceux qui protègent le mieux.

Sachant qu’aucun, bien sûr, ne dispense d’observer une conduite raisonnable d’exposition au soleil, et notamment :
• ne pas rester trop longtemps au soleil, même si on a appliqué un produit de protection,
• renouveler fréquemment l’application pour maintenir la protection, surtout après avoir transpiré, avoir nagé ou s’être essuyé,
• ne pas réduire la quantité de produit appliqué par rapport à ce qui est recommandé par son fabricant : en réduisant cette quantité, on diminue nettement le niveau de protection.

Filtres synthétiques ou écrans minéraux ?

Les produits solaires tirent leur efficacité de deux types d’ingrédients : les filtres synthétiques et les écrans minéraux. Or tous deux sont l’objet de débats concernant leur innocuité, quand ce n’est pas leur efficacité.

Les filtres anti-UV synthétiques sont-ils dangereux ?

Ils assurent la protection cutanée en absorbant les rayons solaires. Première critique souvent formulée à leur égard : ce mode d’action permet donc aux rayons UV de pénétrer dans la peau et si ce système met effectivement à l’abri des coups de soleil, il ne protègerait pas, à long terme, du mélanome.

Ce qui est sûr, c’est que quelques-uns sont suspectés d’avoir une activité de type œstrogénique et donc d’agir en perturbateurs endocriniens. C’est déjà un souci en cas d’utilisation par un adulte, c’est un vrai problème en cas d’applications répétées sur la peau d’un enfant, et cela devient une préoccupation majeure quand on sait que chaque baigneur enduit de ces substances en laisse un peu dans les eaux de mer ou de rivière… et que la chaîne naturelle aidant, il a toutes les chances de finir par les manger par le biais de la chair des poissons…

Ce qui est parfaitement avéré également, c’est que beaucoup de ces filtres synthétiques sont également dotés d’un fort potentiel allergisant. Parmi ces derniers, certains ont été interdits par la réglementation ou délaissés par l’industrie cosmétique. Mais on en connaît d’autres (comme l’Octocrylène) dont la sécurité d’emploi est en cours de réévaluation par les autorités sanitaires du fait des très nombreuses réactions allergiques et photo-allergiques liées à son utilisation, et dont l’usage est pourtant encore très répandu.

Il est vrai que de nouveaux filtres synthétiques sont apparus récemment sur le marché des solaires. Difficile pourtant d’évaluer leurs qualités ou leurs défauts : protégés par le “secret industriel” et des brevets exclusifs, ils ne livrent aucun élément permettant d’en juger, et leur utilisation est bien trop récente pour qu’on puisse avoir le recul nécessaire et apprécier leurs potentiels effets indésirables.

Pour être tout à fait juste, il faut préciser que tous les filtres synthétiques ne se ressemblent pas. Certains sont considérés aujourd’hui comme sûrs d’emploi, photostables et bien tolérés, sans effet indésirable connu. Ceux-là ne doivent pas faire reculer s’ils sont présents dans un produit, tout synthétiques qu’ils soient… mais à condition de ne pas voisiner avec d’autres filtres nettement moins recommandables. Et pour être tout à fait complet sur ce point, il faut préciser que c’est rarement le cas, les filtres étant toujours utilisés en complexes de façon à obtenir une large protection contre les UVA et les UVB.

Pour un point complet sur tous les filtres anti-UV, leurs principales caractéristiques et leurs potentiels effets indésirables, voir l’article “Les filtres anti-UV et les écrans solaires”.

Les écrans minéraux sont-ils sans danger ?

Eux réfléchissent la lumière et forment ainsi comme une barrière protectrice. Ils sont principalement deux : l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. Longtemps et encore fréquemment présentés comme l’alternative naturelle aux filtres anti-UV synthétiques, ils ne sont pas non plus, pour naturels qu’ils soient, tout à fait anodins.

Si l’oxyde de zinc semble sans risque pour la santé humaine (il n’est dangereux que s’il est ingéré en grande quantité), il est avéré en revanche qu’il n’est pas dénué de toxicité pour les organismes aquatiques (forcément touchés à un moment ou à un autre si l’on se baigne enduit de crème solaire…).

Le dioxyde de titane, quant à lui, est classé par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) dans la catégorie 2B des substances susceptibles d’être cancérogènes pour l’homme. Mais le risque n’existe que par inhalation de grandes quantités sous forme de poudre, et donc pas sous la texture ni dans les concentrations utilisées dans les cosmétiques.

Le vrai risque associé à l’utilisation de ces écrans minéraux réside donc dans leur réduction à la taille de nanoparticules, technique utilisée pour éviter le “film blanc” classique des solaires bio, assez peu esthétique et très peu apprécié des consommateurs.
Le problème est que des études préliminaires montrent que ces particules de taille inférieure à un milliardième de mètre pourraient s’avérer fortement toxiques. D’une part, leur photoactivité (réaction à la lumière) produit des radicaux libres pouvant endommager l’ADN de la peau. D’autre part, on les suspecte de pouvoir pénétrer assez facilement à l’intérieur de l’organisme (notamment par le biais des petites lésions de la peau : eczéma, microcoupures…) : leurs incidences sur la santé dans ce cas sont alors en grande partie inconnues mais inquiètent, car on sait que la taille très réduite des nanoparticules les rend d’autant plus réactives à leur environnement.

Peut-on obtenir une forte protection avec seulement des écrans minéraux, sans nanoparticules et sans film blanc ?

L’Observatoire des Cosmétiques posait déjà la question avant l’été 2013, et à l’époque, la réponse était : “Oui, c’est un challenge de formulation, c’est assez complexe à obtenir, mais c’est possible”. S’en suivait une sélection de produits, certifiés par leurs fabricants 100 % minéraux et 0 % nanoparticules, avec des SPF élevés et qui répondaient par ailleurs à tous les critères établis par les experts pour cette catégorie de produits.
Aujourd’hui, la réponse est bien différente.

La base du revirement est dans le Règlement Cosmétiques, devenu totalement applicable le 11 juillet 2013. Il inclut notamment une définition d’un nanomatériau, explicitée depuis par des critères de spécification définis par le CSSC (Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs).
Il en ressort qu’un ingrédient cosmétique, aujourd’hui, est qualifié de nano dès qu’à un moment de son processus de fabrication, il fait intervenir des nanoparticules. Et même si, au final, il n’est pas lui-même, en tant que tel, un nanomatériau.

Résultat ? Certains ingrédients non-nano le 10 juillet… le sont devenus le 11 ! Et ont donc été soumis à l’obligation d’étiquetage, devenue elle aussi effective pour tous les nanomatériaux cosmétiques le 11 juillet 2013.
2014. Conséquence : les produits bio à base d’écrans minéraux, qui s’affirmaient jusqu’alors (et il faut le souligner, en toute bonne foi) “sans nanoparticules” ont dû insérer dans leurs listes d’ingrédients la mention [nano], et effacer de leurs argumentaires la mention “sans nanoparticules”.

Auraient-ils dû disparaître du marché, les référentiels bio interdisant les nanomatériaux ? C’est un vrai débat, dont tous les aspects sont évoqués dans cet article. Sont-ils dangereux pour la santé ? Non, affirment aujourd’hui leurs fabricants, qui assurent que même si leurs matières premières doivent être étiquetées [nano] pour être conformes à la réglementation, on ne retrouve pas, mesures à l’appui, traces de nanoparticules dans le produit fini.
Existe-t-il des solutions alternatives ? Non, selon la grande majorité des fabricants de cosmétiques bio, du moins si on ne veut pas revenir aux textures plâtreuses et aux films blancs des crèmes bio d’antan.

On trouve pourtant encore, mais très peu, de produits à base d’écrans minéraux qui s’affirment sans nano, sur la foi des certificats produits par leurs fournisseurs de matières premières. Sont-ils fiables ? Certains le semblent, d’autres beaucoup moins.
Encore une fois, ce sera au consommateur de trancher, selon le niveau de confiance qu’il accorde, ou non, à la marque.

Quels autres critères de choix ?

Un produit de protection solaire ne se résume pas à ses filtres et écrans protecteurs. Une formulation cosmétique est complexe, et fait intervenir bien d’autres ingrédients… dont certains sont tout simplement à éviter dans le cas d’une exposition solaire. Ce qui n’empêche pas qu’on les retrouve dans certains produits :
• l’alcool : irritant et asséchant cutané, il est aussi photosensibilisant et peut provoquer des réactions de la peau en contact avec les UV,
• les huiles essentielles, et notamment celles d’agrumes, sont également fortement photosensibilisantes,
• les ingrédients allergisants et/ou sensibilisants augmentent la sensibilité de la peau et sont également à éviter, et cela inclut les parfums et leurs molécules aromatiques allergènes, certains conservateurs…

On aimerait aussi évoquer ici la photostabilité du produit solaire.
C’est qu’un filtre solaire (ou un complexe de filtres) peut avoir des comportements variables sous l’effet de la lumière, rester stable ou se dégrader plus ou moins rapidement. C’est bien pour cela qu’on recommande toujours de renouveler l’application des crèmes solaires très régulièrement, et au moins toutes les deux heures, de façon à assurer une protection constante de la peau.
La photostabilité se mesure (par des tests in vitro) et pourrait être indiquée sur l’étiquette. On pourrait souhaiter, voire demander de façon insistante aux fabricants d’en faire mention et de donner cette information, tout de même assez importante, au consommateur. Mais la réglementation ne l’exige pas. Et les spécialistes en la matière ne voient pas les choses évoluer… avant longtemps. Alors, en attendant, vous ne pouvez que vous tartiner copieusement… et souvent !

LW
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