lundi 27 février 2017Bien choisir ses cosmétiques

De la difficulté de prendre soin d’une peau âgée

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Alors que l’univers de la cosmétique renouvelle constamment son offre et n’a de cesse d’innover, les personnes âgées ne trouvent pas toujours les réponses adaptées à leurs problématiques. Pour autant, vieillir est un phénomène auquel l’on n’a pas encore trouvé de solution. Comment faire pour prendre soin de sa peau et savoir ce dont elle a besoin ? Gérard Redziniak, conseiller scientifique et en innovation dans les domaines de la cosmétique et de la dermopharmacie, a répondu aux questions de l’Observatoire des Cosmétiques.

Temps de lecture
~ 7 minutes

Jasmine Salmi : Comment caractérise-t-on une peau âgée ?

Gérard Redziniak : On peut considérer qu’à partir de 50 ans, la peau commence à être âgée, elle devient plus fine, le derme est moins élastique.
Les cellules s’isolent, comme si elles partaient en retraite. Nos fibroblastes, qui ressemblent plutôt à des Tour Eiffel quand on est jeune, bien étalées avec des pattes, viennent s’accrocher aux fibres de collagène. Quand la peau est âgée, ces cellules deviennent plus rondes et elles perdent leur contact avec les fibres. De ce fait, on observe une chute de production du capital protéine/collagène/élastine ainsi que de l’acide hyaluronique (qui gonfle au milieu des fibres de collagène).
Du point de vue des terminaisons nerveuses, on voit que le capital cellulaire perd de ses propriétés métaboliques. Les peaux âgées ont encore plus besoin de sensorialité puisque leurs terminaisons nerveuses sont moins efficaces.
La relation entre le stratum corneum, le stratum microbiotum (comme Gérard Redziniak aime caractériser les bactéries en surface de la peau) et le film hydrolipidique est perturbée. Elle fonctionne moins bien à cause du renouvellement cellulaire qui est beaucoup plus lent. Il est démontré que les échanges avec le microbiote est moins bon, cela peut expliquer que certaines personnes aient des boutons ou des inflammations.
Ce déséquilibre entre le stratum corneum et le stratum "microbiotum" va également entrainer une perturbation au niveau du sébum et donc des glandes sébacées (moins d’hormones = moins de sébum). La peau va être nettement moins protégée par le film hydrolipidique puisque le sébum participe à ce film, à cette émulsion naturelle que produit la peau.
Au niveau visuel, on observe une chute d’élasticité : une ptose, observée au niveau hypodermique. L’hypoderme est la partie la plus profonde de la peau, c’est une réserve énergétique de corps gras. Cette perte hypodermique va provoquer un affaissement de la peau au niveau de l’ovale du visage.

JS : À partir de 50 ans, on peut donc considérer qu’on a peau âgée ?

GR : La distinction ne se fait pas vraiment en fonction de l’âge chronologique, mais plutôt en fonction de l’âge biologique.
En partant de ce principe, il peut y avoir des personnes de 40 ans qui vont avoir une peau âgée. Tandis que d’autres, plus "vieux" chronologiquement, auront une peau d’apparence plus jeune. Tout simplement parce que ces sujets auront pris soin de leur épiderme par la nutrition et par l’hygiène. Notamment en utilisant des produits cosmétiques de qualité. Il ne faut pas non plus négliger la consommation de substances perverses comme les drogues ou l’alcool, contribuant largement au vieillissement cutané.
Pour résumer, j’aime dire que la peau est un  génome  mis dans un milieu que l’on appelle l’exposome. Ici, l’exposome, c’est tout l'environnement extérieur dans lequel nous vivons et tout ce que l’on absorbe. En effet, un rapport existe entre les cellules intestinales et les cellules cutanées. Si l’intestin est perturbé, la peau le sera aussi. La façon dont on va boire, manger , fumer, tout cela va impacter le génome.
La peau est un patrimoine génétique et aussi un capital biologique qui est fait pour rester en bon état, c’est ce qu’on appelle l’homéostasie. Il faut donc la ménager.

JS : Est-il possible de calculer l’âge biologique de la peau ?

GR : Aujourd’hui, on sait cartographier l’âge de la peau.
En utilisant la lumière de Wood, lumière ultraviolette dans les longueurs UVA proches de la lumière visible, il est possible de voir le nombre de tâches pigmentaires dans la peau qu’on ne distingue pas encore en surface. Par des techniques optiques associées à de bons logiciels, on mesure la profondeur des rides et l’indice de vieillissement cutané(l’indice d’anisotropie). On arrive donc à savoir si le capital  jeunesse est perturbé.

JS : Comment déterminer soi-même l’âge de sa peau ?

GR : La première chose importante est que nous sommes dans la sensorialité avec la peau. Nous sommes dans le ressenti avec elle. C’est d’ailleurs, en partie, grâce aux kératinocytes qui sont des "détecteurs sensoriels". Ils sont sensibles aux odeurs, au goût, aux sucres (grâce à des lectines) ainsi qu’à la lumière visible.
Si déjà, au niveau de la peau, hors zones exposées, on sent des tiraillements, des rougeurs, des marbrures, c’est qu’il y a un souci de sécheresse cutanée. Ce dérèglement épidermique est un marqueur très important de l’âge biologique.

JS : Est qu’on peut redonner à sa peau son vrai âge chronologique ?

GR : Vous me donnez envie de citer Henri Jeanson, "mon rêve est de mourir jeune à un âge avancé". C’est un peu l’envie de tout homme !
Plus sérieusement, il est effectivement possible de retourner un peu la tendance en utilisant la cosmétique, bien que l’approche médicale reste la méthode la plus efficace connue à ce jour.
D’un point de vue cosmétique, l’approche avec les AHA (acides de fruits) aide à chasser les vieilles cellules en surface et favorise le renouvellement cellulaire.
L’utilisation de produits de beauté formulés avec des vitamines est également intéressante. Effectivement, lors du vieillissement, on observe une chute des vitamines (perte de vitamine A, C, D, E). En utilisant du rétinol (vitamine A), sous des formes pures ou des esters dans des formulations qui vont simuler les propriétés de cette molécule, on aura la libération d’acide rétinoïque dans la peau. Les kératinocytes sont capables de le reproduire à partir de rétinol.
Les cocktails d’acides de fruits (glycolique, malique…), associées à des vitamines, sont également recommandés pour les peaux âgées qui veulent se redonner de l’éclat.

JS : Comment se fait-il qu’on ne trouve pas de produits pour les peaux âgées dans le commerce ?

GR : Les grandes marques ciblent les jeunes. En proposant des produits pour un public vraiment âgé, elles auraient peur de vieillir à leur tour. C’est sans doute une frayeur de la part du marketing.
Cependant, le marché de l’anti-âge est en pleine expansion, toutes les marques proposent des gammes pour lutter contre le vieillissement cutané. Mais, il est vrai, peu de produits existent pour que les peaux vraiment matures prennent soin d’elles.
On ne voit pas encore de marques qui clament avoir une réponse pour ces peaux exigeantes qui ont un grand besoin de confort.

JS : Vers quel type de produits les personnes âgées peuvent elle se tourner si leur problématique n’est pas de lutter contre le vieillissement, mais juste de prendre soin de leur peau ?

GR : Je leur conseillerai de se diriger vers les gammes de produits pour les peaux atopiques, puisqu’il s’agit de problématiques de sensibilité cutanée.
Ce sont des cosmétiques enrichis en corps gras, en beurre de karité, mangue ou encore avocat. Il va y avoir un aspect nutritif cutané en raison de la présence de lipides et de polysaccharides.
Pour resocialiser la peau, rien de mieux que de la toucher et la masser souvent pour l’aider à travailler de nouveau.
Adopter une approche biologique et faire fabriquer à la peau la bonne sensorialité est d’une importance capitale. Le plus grand laboratoire cosmétique, c’est notre peau. Si elle bien vitaminée, nourrie, minéralisée et hydratée, il ne fait aucun doute qu’elle fera bien son travail.

JS

© CosmeticOBS-L'Observatoire des Cosmétiques

À suivre
• Les marques cosmétiques qui s'occupent des peaux âgées – bientôt en ligne.

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