vendredi 16 novembre 2012Bien choisir ses cosmétiques

Quelle peau sèche êtes-vous ?

© Thinkstock-L'Observatoire des Cosmétiques

Nous sommes près de 40 % en Europe à estimer que nous avons la peau sèche. Et nous nous trompons souvent sur la nature de cette peau sèche, comme sur les solutions à mettre en œuvre pour soulager ses inconforts. Car le saviez-vous ? Il y a peau sèche et peau sèche, et de nombreuses différences entre chacune. C'est ce que Mélissa Mignard, dermatologue a expliqué aux XIIe JEST (Journées d'Échanges Scientifiques et Techniques) de Cosmed, qui se sont tenues le 12 octobre 2012 à Montpellier.

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Selon une étude menée en 2007 auprès de 4 506 personnes de plus de 15 ans dans 8 pays européens, 37,9 % déclarent avoir la peau sèche. Parmi elles, 48 % souffrent d'atopie ou d'eczéma de contact de type allergique, 10,4 % de dermatite séborrhéique, 8,5 % de rosacée. 52,4 % l'associent à une peau sensible ou très sensible, et toutes se plaignent d'inconfort. C'est dire si le problème n'est pas anodin.

Avez-vous une "vraie" peau sèche ?

Attention : on confond souvent peau sèche et peau déshydratée, ce qui n'est pas exactement la même chose.
• La "vraie" peau sèche est un état permanent de la peau, qui touche le visage comme le corps, et se traduit par une altération de la fonction barrière. Elle est le signe d'un dysfonctionnement des équilibres physiopathologiques, qu'il faut chercher à retrouver pour réparer la barrière. Ce qui relève de la compétence d'un médecin dermatologue.
• La peau déshydratée est un état passager, qui peut toucher tous les types de peaux, même celles identifiées comme grasses. Elle peut être le signe de pertes en eau accrues de façon momentanée, ou le résultat de mauvais "traitements", comme des lavages trop agressifs ou des décapages aux gommages trop radicaux qui altèrent le film hydrolipidique de surface et… accroissent les pertes en eau de la peau. État également inconfortable, mais assez facilement réversible, notamment grâce à un peu de douceur au quotidien et quelques cosmétiques adaptés.

Une fois cette distinction faite, reste tout de même à distinguer les différentes peaux sèches. Car les xéroses (le terme médical qui désigne la sécheresse de la peau) peuvent avoir des origines bien distinctes.

Les xéroses constitutionnelles

Elles sont liées à des anomalies dans le fonctionnement de l'organisme, qui peuvent avoir plusieurs origines.

Xérose infantile
Elle touche les bébés et les enfants jusqu'à environ 8 ans. Du fait de la faiblesse des sécrétions sébacées (qui peut se prolonger jusqu'à ce que les glandes sébacées soient devenues tout à fait matures), le film hydrolipidique de surface n'est pas assez solide pour contrecarrer efficacement les phénomènes de déshydratation. Douceur des soins d'hygiène et bons hydratants sont recommandés. Voir aussi sur ce thème l'article Lavons-nous trop nos bébés ? .

Xérose sénile
Elle concernerait plus de 1,5 million de personnes de plus de 85 ans en France et constitue une conséquence classique du vieillissement. On parle même parfois de dermatoporose, par analogie avec l'ostéoporose. Elle se traduit par de vives démangeaisons qui appellent le grattage. La peau très fine des vieilles personnes pouvant s'altérer facilement, on note vite des cicatrices, hématomes spontanés, lésions plus ou moins importantes. Une bonne crème bien dosée en acide hyaluronique est un traitement très efficace.

Xérose atopique
L'atopie est une maladie inflammatoire et récidivante. Elle est caractérisée par un déficit de la barrière cutanée et une carence en céramides, associée à une anomalie du système immunitaire (Th2). Elle s'installe sur un terrain héréditaire, quand un parent au premier degré est atteint ou chez des patients plus sensibles aux allergènes. Elle touche 20 % des enfants, 1 bébé sur 5, et est associée à une sécheresse de la peau, à des démangeaisons ou à des lésions eczémateuses. Dans ce cas, le choix de produits d'hygiène très doux et très respectueux du film hydrolipidique est primordial. L'atopie a tendance à s'atténuer avec l'âge, mais généralement, les enfants qui en ont souffert garderont la peau sèche à l'âge adulte.

Xérose ethnique
Elle tend à se développer au fur et à mesure que les personnes de peau noire s'installent dans des pays où l'hygrométrie est différente de celle de leur pays d'origine. Pour s'adapter, la couche cornée tend à devenir plus compacte, la desquamation augmente, et la personne touchée a tendance à tenter d'y remédier d'abord par un accroissement de ses soins d'hygiène (douches, gommages…). Là encore, respect du film hydrolipidique et hydratation complémentaire constituent de meilleures réponses.

Les xéroses induites

Elles sont dues à des causes externes, et sont provoquées par différents facteurs.

Les cosmétiques
Trop d'hygiène n'est pas forcément bon pour la peau, mais peut avoir tendance à la déstabiliser. Surtout si elle est pratiquée avec des produits trop agressifs ou décapants. Avant de penser à hydrater la peau, il faut d'abord éviter de contribuer à la déshydrater, a rappelé Mélissa Mignard.

Le climat
La xérose hivernale se rencontre le plus souvent chez la femme. On observe alors des variations dans les lipides de la peau, dans les facteurs d'hydratation et le film hydrolipidique, avec une augmentation des pertes insensibles en eau et une desquamation anormale. Des dysfonctionnements qui se traduisent par l'apparition de dartres ou d'eczéma situés entre le genou et la cheville, et peuvent aller jusqu'à des tableaux très douloureux chez la personne âgée avec notamment des eczémas craquelés. Plus que jamais en hiver, a conseillé la dermatologue, il est important de respecter la couche cornée : pas de douche trop chaude, une utilisation sans excès des produits d'hygiène, et beaucoup de soins émollients et réparateurs.

Les médicaments
La prise de certains d'entre eux, notamment ceux utilisés pour les maladies liées au taux de cholestérol ou les maladies cardiaques, provoque systématiquement une sécheresse de la peau. Aucun traitement de ce type ne devrait être prescrit sans être associé à des soins hydratants, a rappelé Mélissa Mignard.

Les mycoses
La dermite séborrhéique est le type-même des infections provoquées par un champignon ou une levure. Celle en cause ici s'appelle Malassezia, elle vit naturellement sur notre peau et est lipophile, ce qui signifie qu'elle aime le gras et prolifère sur les zones où le sébum est plus abondant. Elle peut y créer une inflammation récidivante, associée à une desquamation importante, qui touche 1 à 3 % de la population. Un antimycosique prescrit par un médecin et un bon hydratant constituent la base du traitement.

La rosacée
Très invalidante, elle touche particulièrement les femmes adultes de 30 à 40 ans. Cette maladie inflammatoire vasculaire et chronique concernerait 4 millions de personnes en France. Mais ce chiffre est vraisemblablement sous-estimé, tant la maladie est difficile à "avouer". Elle se traduit en effet par des rougeurs exacerbées sur le nez et les pommettes associées à un épaississement de la peau sur le nez… exactement ce qu'il faut pour qu'on prenne les personnes atteintes pour des alcooliques. Plutôt que de se contenter de la masquer sous une couche conséquente de maquillage, la rosacée peut être traitée par un traitement antibiotique (cyclines) et par une bonne hydratation.

Les troubles de la kératinisation

La kératinisation est le processus par lequel les cellules vivantes de la peau se transforment en cellules mortes et "remontent" à la surface de l'épiderme pour y être éliminées par desquamation.

L'ichtyose vulgaire
Elle est due à la mutation du gène codant pour la filaggrine (une protéine de la peau) et se traduit par des squames fines et diffuses sur le corps, avec une extension sur les paumes des mains et les plantes des pieds.

L'ichtyose liée à l'X
Elle ne touche que les hommes, et est provoquée par une anomalie de la stéroïde sulfatase (une enzyme cutanée). Elle est caractérisée par des squames en forme de polygones de couleur noire.

Le psoriasis
 3 millions de Français souffrent de cette dermatose inflammatoire chronique, marquée par la prolifération et la différenciation anormale des kératinocytes, et associée à une sécheresse de la peau.

La kératose pilaire
Elle se développe autour des follicules pileux et est fréquemment localisée à l'arrière des bras. Elle est marquée par le développement de petits boutons rouges donnant à la peau un aspect rugueux.

Quelle que soit sa nature, quelle qu'en soit la raison, une peau sèche ou "seulement" déshydratée ne doit pas être prise à la légère. Car c'est d'abord une peau en mauvaise santé, ce qui peut avoir des répercussions sur la santé globale.
Dans les cas les plus graves, une consultation médicale chez un dermatologue est souvent indispensable. Au quotidien, quelques bons gestes et des cosmétiques bien choisis sont aussi essentiels pour préserver ce capital d'hydratation, facteur de belle peau, en bonne santé.

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