samedi 24 octobre 2009Bien choisir ses cosmétiques

Quels cosmétiques pour préserver l'environnement ?

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Nous sommes de plus en plus nombreux à être attentifs à la composition de nos produits cosmétiques, pour éviter les composants dangereux pour la santé ou ceux qui peuvent être responsables d'allergies. On pense souvent moins à leur impact éventuel sur l'environnement, et pourtant… Matières premières, procédés de fabrication, emballages : un produit d'hygiène et de beauté peut se révéler plus ou moins respectueux de la nature, et à plus d'un titre. Et il faut le dire, même les cosmétiques "écologiques" ne sont pas toujours au-dessus de tout soupçon au regard de ce critère !

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De quoi sont faits nos cosmétiques ? De différents ingrédients d'abord, et on estime que sur les quelque 10 000 à disposition des formulateurs, environ 6 000 se retrouvent couramment dans nos produits d'hygiène et de beauté. Ces matières premières sont obtenues par des biais divers, qui peuvent aller d'une simple extraction très naturelle par distillation au procédé chimique le plus lourd, provenir de la pétrochimie, de la synthèse ou de ressources naturelles, plus ou moins renouvelables…

La formule une fois fabriquée, il faut la proposer à la vente dans un contenant en verre ou en plastique, éventuellement inséré dans un étui souvent en carton, parfois lui-même scellé à l'aide d'un film plastique. Tout cela, bien sûr, n'est pas non plus sans conséquences en termes de potentiel polluant ou de recyclage des déchets.

Et on ne parle pas du bilan carbone (l'évaluation des émissions de gaz à effets de serre induites par une activité) d'une matière première "exotique" ou d'un cartonnage fabriqué à Taïwan, beaucoup moins cher que le Français !

Oui, nos produits cosmétiques peuvent avoir des répercussions en termes écologiques. Et à ce niveau-là aussi, le consommateur peut choisir, et agir.

Une compo vraiment écolo

Dès la lecture de la composition d'un produit, on peut déjà faire le tri entre une formule au potentiel polluant important et un produit plus respectueux de l'environnement.

Les matières premières

Elles constituent, bien sûr, la base d'un cosmétique. Et l'origine des ingrédients impacte fortement le bilan écologique d'un produit.

  • Les polluants par nature

Prenons le cas des huiles, très souvent fortement présentes dans la composition d'un cosmétique. Elles peuvent être principalement de trois origines différentes. Les huiles minérales (Paraffinum liquidum, Petrolatum…) proviennent d'hydrocarbures issus de l'industrie pétrochimique, dont le caractère polluant est évident. Et elles sont loin d'être les seuls ingrédients dérivés du pétrole… Les silicones (Cyclomethicone, ou tout composé se terminant par icone ou siloxane), elles, sont des huiles synthétiques très peu biodégradables et très persistantes dans l'environnement. Les huiles végétales, enfin, s'avèrent les plus naturelles des trois… surtout, évidemment, si elles sont obtenues suivant les modes de culture biologiques, et n'ont pas suscité l'utilisation importante de pesticides et autres engrais avant d'arriver jusque dans nos pots de crèmes.

On relève ainsi un nombre considérable de composants de nos cosmétiques qui sont dotés d'un potentiel polluant certain. Ce qui se traduit par des atteintes de la flore et de la faune, des modifications des milieux aquatiques ou la pollution directe de l'air, comme dans le cas des COV, ces Composés Organiques Volatils (Butane, Propane, Isobutane…), gaz propulseurs qui permettent à nos laques ou à nos mousses à raser de sortir de leurs flacons aérosols et sont impliqués dans la formation du smog estival…

  • Les "perturbateurs" de l'équilibre naturel

Être naturel ne suffit pas à garantir un impact négligeable sur l'environnement. Certaines ressources, trop largement utilisées ou exploitées sans discernement, peuvent aussi influer de façon négative sur le développement durable des écosystèmes. On peut citer dans ce cadre l'huile de palme. La demande de cette matière première a explosé ces dernières années (en alimentaire comme en cosmétique) et son exploitation en forte expansion est une des causes de la déforestation massive des forêts tropicales, notamment à Bornéo.
Le phénomène de mode qui entoure l'huile d'argan dans les pays développés n'est pas non plus sans quelques retentissements, pas toujours des plus intéressants, surtout au Maroc, même si on parle davantage dans ce cas d'exploitation humaine et de salaires de misère pour les transformateurs (surtout des femmes) des précieuses noix de l'arganier.

Les process de fabrication

Les moyens mis en œuvre pour obtenir les ingrédients peuvent aussi peser plus ou moins fortement sur l'environnement. On a évoqué l'impact variable d'une ressource d'origine végétale selon qu'elle est issue, ou non, de l'agriculture biologique. Mais il y a beaucoup d'autres étapes dans la transformation des matières premières qui ont aussi leur importance.

  • Tout est chimie

Les détracteurs de la cosmétique naturelle ne se privent pas de le dire à qui veut l'entendre : il est faux de dire qu'un produit cosmétique peut ne pas être chimique, car en la matière, tout est chimie. La saponification, à la base (et depuis la nuit des temps) de la fabrication d'un simple savon, est déjà une réaction chimique ! Et nombre de procédés d'extraction, d'isolement des molécules actives ou d'obtention de matières premières relèvent effectivement de la chimie.

À noter à ce propos que même une matière première d'origine végétale peut être passée par une étape de transformation chimique avant d'être intégrée dans une formule. Et c'est bien ainsi qu'il faut comprendre sur les étiquettes la nuance entre un "ingrédient naturel" (provenant directement de la production agricole, de la récolte ou de l'exploitation) et un "ingrédient d'origine naturelle" (qui peut, lui, avoir été transformé selon des procédés chimiques). Non, le "naturel" n'est pas toujours simple…

  • Méthodes douces et chimie lourde

Mais il y a chimie et chimie. Et en termes d'impact sur l'environnement, il est bien évident qu'une torréfaction, une condensation ou même une réaction de type biotechnologique comme la fermentation (pour obtenir par exemple des enzymes à partir d'une culture de champignons) n'a rien à voir avec la chimie du chlore, l'irradiation ou l'éthoxylation. Cette dernière technique est très employée notamment pour l'obtention de tensioactifs, ces agents moussants que l'on retrouve systématiquement dans les gels-douches et les shampooings et également dans bien d'autres produits cosmétiques. Elle donne naissance à tous les ingrédients de type PEG (ou encore aux composés dont le nom se termine par le suffixe -eth suivi de chiffres), et son process s'avère particulièrement polluant.

Bien sous tous rapports ?

La seule formule d'un cosmétique ne fait pas tout. Il faut aussi considérer son environnement global (son type de conditionnement, son "bilan carbone", voire ses implications sociales) … et ses répercussions sur notre environnement à nous !

Les packagings

Pour présenter un cosmétique à la vente, un fabricant doit concevoir un emballage primaire (le contenant même : tube, flacon, pot, bouteille, stick, boîtier…) et un emballage secondaire (étui carton, film plastique…). Là encore, les matières premières qui les composent, leur origine ou la façon dont elles sont traitées, ne sont pas anodines.

  • La composition des contenants

À l'inverse de la formule, on ne trouve jamais sur une étiquette de produit cosmétique la composition de son emballage primaire (celui qui est en contact avec le produit). Et si la question semble assez peu pertinente pour les pots ou bouteilles en verre, toujours recyclables et sans interactions avec le produit, elle devient nettement plus intéressante dès qu'on se trouve en présence de plastique. Car il en est de plus biodégradables que d'autres, comme aussi de plus toxiques pour la santé comme pour l'environnement. Quand un flacon plastique contient des phtalates, qui agissent en perturbateurs endocriniens (modifiant le fonctionnement du système hormonal) sur l'homme comme sur les animaux, il n'est jamais impossible d'en retrouver, outre dans le produit lui-même, dans une décharge publique ou directement dans la nature…
À l'inverse, certains fabricants mettent un point d'honneur à proposer des contenants sains, issus d'énergies ou de ressources renouvelables, jusque parfois leur notice dont le papier provient de forêts gérées de façon durable et qui sont imprimées avec des encres d'origine végétale.

  • Emballés… et parfois suremballés

Il arrive (et de plus en plus souvent, particulièrement dans la cosmétique naturelle et bio) que les produits soient présentés simplement dans leur emballage primaire. On en voit toujours à l'inverse insérés dans un étui de carton, scellés d'opercules plastique, parfois calés dans un sous-étui, éventuellement entourés de films encore en plastique… Et quel est notre premier geste une fois rentré à la maison avec un cosmétique tout neuf ? Eh oui, plus on emballe et plus on jette ! Et plus on ajoute aux tonnes de déchets, pas toujours des plus biodégradables ni des plus recyclables, qui encombrent chaque jour davantage notre planète et qu'il faut éliminer à grands renforts de transports et de retraitements jamais des meilleurs pour l'environnement. En la matière encore, la nature préfère la simplicité !

Les circuits commerciaux

Dernière étape à l'éventuel impact environnemental d'un cosmétique : ses voyages… ceux de ses matières premières, ceux de ses emballages, les siens propres depuis ses lieux de production (parfois éclatés) jusqu'à ses points de distribution. Tout cela se chiffre aussi en dépenses énergétiques, et en pollutions associées !

  • Kilométrage illimité

Il y a des ingrédients qu'on est bien obligé d'aller chercher assez loin : on n'imagine pas un beurre de karité de production française ou une huile de baobab dont l'arbre serait cultivé dans nos contrées… La mode est aux ingrédients exotiques qui font rêver, mais leur importation a un coût qui se mesure aussi en termes écologiques. À ce titre, on est bien obligé de le reconnaître, le "bilan carbone" d'un cosmétique estampillé "Commerce équitable" (et malgré tout le bien qu'on peut penser du système par ailleurs) ne se révèle pas forcément le meilleur qui soit…

Et ce n'est qu'un aspect des multiples pérégrinations qui peuvent marquer la vie d'un produit cosmétique. On connaît des noix d'argan récoltées et triées au Maroc, puis exportées en Turquie pour y être transformées en huile, qui elle-même est expédiée en Asie pour y être intégrée dans une formule, avant que le tout soit renvoyé encore ailleurs pour y être conditionné, puis en France pour y être vendu…
Pourquoi ce voyage dans tous ces pays ? Parce que la main d'œuvre est moins chère ici, le façonnage plus économique là, le carton de l'emballage moins onéreux ici ou là… et que la réduction des coûts de production est un impératif industriel en cosmétique comme ailleurs !

  • La vraie cosm-éthique

Que faire pour agir ? Encore une fois, à son niveau, le consommateur a toujours le choix, et son pouvoir d'achat doit aussi se comprendre en capacité à influer sur le marché. Si tout le monde boycottait tous les cosmétiques polluants, les fabricants entendraient vite le message et ne manqueraient de faire porter leurs efforts sur des matières premières plus naturelles et des process de fabrication et de distribution plus respectueux de l'environnement.

Pour ne pas se tromper, on peut commencer à lire les étiquettes un peu plus dans leurs détails : on y trouve souvent des informations assez éclairantes sur la vraie nature des produits. Mais, c'est vrai, pas toujours, ou pas forcément de façon très claire.
Les labels bio (Ecocert, Cosmébio, Nature & Progrès, BDIH…) offrent quelques garanties intéressantes, tant dans l'éviction des ingrédients les plus polluants que dans l'interdiction du recours à la chimie la plus lourde. Le prochain label Cosmos devrait aller encore plus loin, notamment avec la notion de "chimie verte".
Certes, ils ne prennent pas en compte, malgré leur philosophie globale, tous les aspects environnementaux d'un produit cosmétique (notamment en termes de packagings ou de bilan carbone), mais c'est déjà ça…

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