CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
23 février 2012Comptes-rendus Congrès

Cosmétiques : de vrais produits de santé Ajouter à mon portfolio
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©Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

Les Matinales de la Cosmétique, ces rendez-vous professionnels organisés chaque mois par Sylvain-Romain Cotte (SRC Consulting), abordaient lors de leur dernière session un thème qui mérite particulièrement l’attention : les relations entre cosmétiques et santé. "Réalité ou utopie ?", interrogeait l’intervenante, le Dr Christine Lafforgue, en introduction de son propos. Vraie réalité, et d’avenir qui plus est, affirmait-elle en conclusion. Compte-rendu.

Temps de lecture : ~ 11 minutes

Christine Lafforgue est bien connue du monde cosmétique. Elle dirige aujourd’hui l’Unité Dermopharmacologie & Cosmétologie de la Faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry, où elle travaille sur la formulation cosmétique et sur son passage percutané dans le but, a-t-elle expliqué, "d’optimiser le produit cosmétique pour que les ingrédients arrivent au bon endroit, au bon moment et dans l’état où ils doivent être pour être performants" .

Son propos lors de cette 23e session des Matinales de la Cosmétique était construit autour d’une réflexion sur les relations qui s’instaurent entre les cosmétiques, la peau sur laquelle on les applique, les implications qui en résultent sur la santé. Vaste domaine, dont on ne connaît pas encore tous les tenants et aboutissants, mais déjà passionnant.

Bien sûr, le domaine d’action d’un produit cosmétique est d’abord la peau saine, celle qui est en bonne santé et ne souffre d’aucune maladie (comme peuvent l’être l’acné, le psoriasis, l’atopie…). Mais le Dr Christine Lafforgue a aussi montré que les cosmétiques peuvent être d’un grand secours, en accompagnement ou en prolongement des traitements médicaux, en cas de maladie de peau, ou même de pathologie lourde (comme le cancer ou la démence sénile). Ou encore qu’ils sont tout simplement un facteur d’amélioration de la qualité de vie !

Qui a dit que les cosmétiques étaient futiles ?

Soutien des peaux saines

Quel formidable organe est notre peau ! Cette enveloppe qui joue en permanence les intermédiaires entre notre corps et le monde extérieur est une interface des plus performantes. Alors qu’elle est soumise à de multiples agressions (physiques, mécaniques, du fait de micro-organismes ou d’une exposition au soleil…), elle fait face en développant des systèmes élaborés de détection des agressions (des récepteurs sensoriels pour le toucher, les variations de température, la douleur…), de protection et de défense. Elle est même capable, en cas de lésion, de se réparer et se reconstituer seule…

Mais bien sûr, ce qu’elle peut faire seule (parfois au prix de quelques déséquilibres plus ou moins passagers comme une sécheresse de la peau, une irritation, un inconfort…), la peau peut aussi le faire (souvent plus vite ou plus confortablement) avec un petit peu d’aide… comme celle, évidemment,  que constitue un produit cosmétique !

C’est ainsi que notre quotidien est fait d’hydratants, de crèmes protectrices, apaisantes ou reconstituantes…

Masque des peaux marquées

Mais la peau est parfois d’une grande indiscrétion. C’est qu’elle reflète aussi beaucoup de ce qui se passe dans notre corps, émotions ou tensions, mais aussi état général ou maladie (c’est la couleur des cernes d’une personne fatiguée, la tache sur l’épiderme d’une personne qui vieillit, le teint jaune/vert des dialysés…).
Quand ce n’est pas elle qui est irrémédiablement lésée (comme dans le cas des grands brûlés) ou malade (atteinte de troubles pigmentaires, couverte des plaques disgracieuses du psoriasis…).

La peau alors affiche ouvertement la maladie aux yeux de tous. Avec des conséquences parfois très lourdes : "Les maladies de peau sont celles qui désocialisent le plus ", a affirmé le Dr Christine Lafforgue. Comment oser les manches courtes en plein été quand les bras sont couverts de squames purulentes ? Comment s’affirmer empli de dynamisme avec une peau fatiguée, parsemée de taches brunes ?
Le maquillage est dans ce cas une solution cosmétique des plus efficaces, permettant au passage de surmonter quelques complexes, d’améliorer considérablement l’apparence dont on connaît l’importance sociale aujourd’hui.

Aide à la poursuite des traitements médicaux

Les cosmétiques ont aussi montré tout leur intérêt dans l’accompagnement de certaines thérapies médicales, particulièrement quand elles sont lourdes et qu’elles provoquent des effets secondaires qu’ils peuvent améliorer.

C’est le cas assez répandu d’une acné traitée par Isotrétinoïne. Immanquablement, le traitement va provoquer une sécheresse de la peau et des lèvres, parfois des irritations ou des photosensibilisations. Faut-il l’arrêter pour retrouver confort et souplesse cutanée ? Ou utiliser un baume à lèvres, une crème émolliente et un lait solaire pour mieux le supporter ?

C’est encore le cas d’un certain type de chimiothérapies, qui s’accompagne d’une éruption cutanée acnéiforme… d’autant plus importante que le traitement est efficace ! Ou d’autres qui assèchent fortement la peau, qui rendent les ongles si secs et cassants qu’ils s’abîment au point qu’une femme ne peut plus enfiler un collant ! Ou d’autres qui dépigmentent les cheveux et la barbe…

Et c’est ainsi que les cosmétiques entrent à l’hôpital et font l’objet de protocoles et de recommandations de plus en plus codifiés à l’intention des malades : émollient préventif, soin de l’acné, protection des ongles par plusieurs couches de base et vernis, colorations douces… sont autant de solutions qui rendent le traitement plus facile à accepter… et à poursuivre jusqu’à son terme.

Vecteur de santé

On connaissait déjà tout l’intérêt des soins cosmétiques et esthétiques à l’hôpital, et notamment grâce à l’action du CEW (Cosmetic Executive Woman), cette association qui dispense des soins esthétiques gratuits en milieu hospitalier, et particulièrement dans les services de cancérologie et de gériatrie. Avec des résultats très probants sur l’état global des malades.

C’est que la peau, a expliqué Christine Lafforgue, constitue également un vecteur de messages polysensoriels. Des études par IRM ont montré que l’application d’un soin cosmétique envoyait des signaux au cerveau, par le biais de neuromédiateurs cutanés.
Et de citer cette étude réalisée auprès de personnes âgées, qui a montré que lorsqu’on hydratait leur peau de façon régulière, on améliorait aussi leurs capacités perceptives… au point de voir ces personnes moins touchées par les fractures du col du fémur !

De même, l’utilisation répétée de produits cosmétiques renforcerait les défenses immunitaires de l’être humain.
Comment ? Pourquoi ? On ne sait pas encore expliquer le phénomène aujourd’hui, mais on le constate, et on le mesure.

Look good, feel better

Christine Lafforgue raconte encore cette autre expérience, réalisée par des chercheurs japonais sur des femmes présentant des taches pigmentaires sur le visage (très mal acceptées au pays du Soleil Levant, car signe de vieillissement).
Un maquillage a été utilisé pour masquer ces taches, et les femmes n’avaient le droit de se regarder dans le miroir qu’après avoir été maquillées. Les chercheurs ont mesuré que le plaisir éprouvé à la vue d’un visage harmonieux et sans tache provoquait une activation immunitaire : le seul fait d’améliorer leur aspect stimulait les défenses naturelles de ces femmes ! "Pas de façon extrêmement significative" , a précisé Christine Lafforgue, "mais exactement de l’ordre de ce qu’on peut observer après l’ingestion d’une célèbre petite bouteille de lait fermenté contenant des probiotiques !" .

Mêmes résultats pour une étude menée auprès de 73 femmes atteintes de troubles pigmentaires importants. Après l’application d’un maquillage correcteur pendant 3 mois, leur index de qualité de vie (un outil de mesure du bien-être) avait augmenté de 31 à 41 % ! Le fait que la correction ne soit pas définitive n’empêche pas qu’à force de voir leur peau unifiée, ces femmes ont comme "oublié" leur excès de pigmentation, pour se projeter dans une image… sans tache, et oh combien plus facilement acceptable, par elles-mêmes comme par les autres !

Et Christine Lafforgue de rendre hommage à Jane Poupelet, la première à avoir énoncé le principe du "Look good, feel better" ("Quand on a l’air bien, on se sent mieux") à l’origine de la chirurgie réparatrice de la face pour les "gueules cassées" de la Grande Guerre pour, selon l’expression de cette pionnière, "redonner à des êtres devenus monstrueux un semblant d’humanité ".

Promoteur du bien vieillir

Car c’est bien cela dont il est question quand on évoque les implications de l’application régulière de produits cosmétiques : d’humanité, de dignité, d’image et d’estime de soi, d’intégration sociale… en plus du confort, du bien-être général, et à terme, de la santé globale.

Encore un exemple : une étude qui a testé l’effet psychologique du maquillage chez des démentes séniles qui ne contrôlaient plus leurs sphincters. Après trois mois, 1/3 d’entre elles n’avait plus besoin de couches, uniquement parce qu’on les avait maquillées tous les jours, leur rendant ainsi dignité et féminité. Et même si elles étaient restées démentes, "quelque chose avait bougé dans leur cerveau, même si on ne sait pas quoi" , selon Christine Lafforgue.

Qui a cité également le Pr. Louis Dubertret, de l’Hôpital Saint-Louis à Paris : "Les cosmétiques adaptés aux sujets âgés, leur permettant non pas de rajeunir, mais de rester séduisants, est un objectif de santé : chacun a pu observer la corrélation entre négligence personnelle, dépression, désocialisation et perte des facultés intellectuelles et affectives chez les vieillards ".

Or la cosmétique a tout ce qu’il faut (hydratants, émollients, maquillage, soins…) pour satisfaire cette demande, a rappelé Christine Lafforgue.

Une belle incitation à continuer de les utiliser, tous ces produits qui nous dont du bien, quotidiennement, et sans oublier de se faire plaisir… pour se sentir mieux dans sa peau, plus en forme, plus heureux de vivre, et, donc, en meilleure santé.
D’ailleurs… à quand les cosmétiques remboursés par la Sécurité sociale ?

Pour aller plus loin
• Voir l’article Cosmétiques/Santé : des relations d’avenir… à explorer ! dans la Section PRO de L’Observatoire des Cosmétiques.

Prochaines sessions des Matinales de la Cosmétique
• Voir le programme complet des Matinales de la Cosmétiques pour 2012

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