CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
23 juin 2012Ils font les cosmétiques

Anne Dux, sa vie, son oeuvre Ajouter à mon portfolio
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Elle est à la FEBEA ce qu’une rose est à un bouquet de fleurs : incontournable voire indispensable, précieuse, centrale… et compétente de surcroît. Elle y est Directrice des affaires scientifiques et réglementaires, et on imaginerait bien, rien qu’à la croiser dans un Congrès ou à l’écouter dire tout le mal qu’elle pense, par exemple, d’une certaine mention pourtant des plus présentes sur les étiquettes des cosmétiques, que son service est mené à la baguette. L’Observatoire des Cosmétiques n’a pas voulu s’arrêter à cette première impression, et a donc demandé à rencontrer la dame…

Temps de lecture : ~ 12 minutes

"Oh, tu vas voir Anne Dux ? Ma pauvre… Bon courage !", disait cette collègue journaliste quelques jours avant le rendez-vous prévu. C’est vrai qu’elle en impose, Anne Dux. Sa stature, son autorité, sa parole souvent… disons, "cash", qui n’hésite pas à appeler un chat un chat et à recadrer les choses quand elles ont besoin de l’être, évoque davantage le milieu militaire que celui du service public.
On y va quand même ? Bien sûr, on y va ! Quelque chose dans la douceur du regard fait penser qu’Anne Dux est bien plus que l’image qu’elle projette. Alors, on y va, oui, et plutôt deux fois qu’une.

Elle nous reçoit, accueillante, demande quelques instants pour terminer de répondre à un mail urgent, pendant que la Responsable de la Communication de la FEBEA propose café et viennoiseries. Puis elle s’installe à la table d’interview : "De quoi on parle ?", attaque-t-elle d’entrée.
- Eh bien… de vous !
- Vous voulez que je vous raconte ma vie ?
- Oui.
Ok, c’est parti. Aussi simplement que ça. Et pendant près de deux heures, Anne Dux va se raconter, sans détour ni coquetteries, sans fausse modestie ni circonvolutions inutiles. Directement, précisément, honnêtement. Un bonheur d’interview pour une journaliste, qui n’a rien à faire d’autre qu’écouter.

Anne Dux, son histoire

"J’ai 54 ans", commence-t-elle. Et on n’a même pas le temps de lui dire qu’elle ne les fait pas que déjà elle enchaîne sur sa formation et son parcours professionnel.

Scientifique
Des études de médecine, couplées à une formation scientifique avec le cursus Médecine-Sciences de l’ENS (École Normale Supérieure). Son internat la voit dans plusieurs services hospitaliers (réanimation, maladies infectieuses, pédiatrie). Un an d’hôpital avant de rejoindre l’industrie pharmaceutique : à Rhône-Poulenc, elle accompagne le développement d’antibiotiques en France puis à l’international.
Tout va bien. Elle démissionne : "Ce sont les hasards de la vie", explique-t-elle, "et je n’ai pas hésité à prendre quelques risques dans ma vie professionnelle".

Technique
Elle s’oriente alors vers l’économie de la santé, empoche au passage un DESS de droit de la Santé, entre pour un stage à la DGCCRF. Elle signe le premier rapport français sur la substitution générique, reste à la DGCCRF où elle s’occupe du droit des consommateurs dans le domaine de la santé : "L’affichage des prix chez les médecins, c’est moi qui ai fait ça", dit-elle tout simplement.

Politique
Nouveau tournant en 97 : elle entre au cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé. Son directeur de cabinet s’appelle Martin Hirsch.
Mais son ministre de tutelle part au Kosovo. Elle migre en tant que chargée de mission auprès de Charles Josselin, ministre de la Coopération. C’est dans ce cadre qu’elle participe au sommet ONUSIDA de Rio en 2000, et à la création du Fonds mondial de lutte contre le SIDA.
2002 : coup de tonnerre. Lionel Jospin est battu dès le premier tour de la présidentielle, Anne Dux fait partie des dommages collatéraux de la défaite, elle a 45 ans.

Cosmétique
"J’aurais pu redevenir Inspecteur général des Affaires sociales", précise-t-elle, "mais il n’y avait pas de poste disponible".
Alors, elle revient à la DGCCRF, où elle est chef du bureau de la Santé (avec déjà une compétence cosmétique) jusqu’au 1er janvier 2008, date à laquelle elle rejoint la FEBEA.

Anne Dux, sa vie à la FEBEA

Directrice des affaires scientifiques et réglementaires, Anne Dux y dirige un service de 5 personnes : "Mon job est d’animer les équipes et les groupes de travail, sur deux axes : le conseil aux adhérents et la diffusion de l’info".

Conseil
Le conseil aux adhérents (300 à ce jour, tous fabricants de cosmétiques) concerne pour elle tous les secteurs réglementaires en Europe. Il se délivre principalement par téléphone, par mail, parfois aussi en se rendant dans les locaux de l’entreprise ou sur les lieux de production : "Quand on ne comprend pas quelque chose, on va voir sur place", dit Anne Dux.
Au quotidien, il s’agit de répondre aux questions les plus concrètes et les plus diverses : Je veux faire tel produit avec tel positionnement, qu’en pensez-vous ? – Je veux faire telle pub, qu’est-ce que je peux dire ? – Je vais avoir un contrôle de l’Afssaps, comment m’y préparer ?, etc.
"Un syndicat professionnel comme le nôtre est une source de solidarité", commente Anne Dux. "Parmi nos adhérents, nous avons 18 % de "gros", 82 % de PME. Les gros contribuent davantage que les petits, financièrement et en temps. C’est ce qui fait un secteur industriel sain".

Accompagnement
Mais l’activité du service va bien au-delà du conseil pour aller jusqu’à l’aide directe apportée aux adhérents… souvent dans des situations d’urgence.
C’est une entreprise qui a un gros problème d’étiquetage suite à une erreur dans la liste INCI ; une autre, toute jeune, qui lance un parfum et doit gérer le cas d’une consommatrice souffrant d’une réaction allergique après l’avoir testé dans une boutique ; une autre encore qui peine à rédiger son Dossier d’information produit…
Dans tous les cas, Anne Dux s’attache à trouver des solutions concrètes, mais ne s’arrête pas là : elle fait aussi un suivi pour voir comment les choses se passent : "Il faut parfois de la diplomatie pour pousser les fabricants à prendre les bonnes décisions, les convaincre de faire les choses. On doit arriver à les aider en prenant en compte les enjeux de santé publique et les enjeux économiques".

Information
L’autre volet de son travail consiste à "diffuser de l’information réglementaire aux adhérents de manière active et sous format pratique".
Cela passe essentiellement par des publications, qui sont passées d’un rythme bimensuel à des communications par thèmes de 4 à 6 pages, par aussi la préparation et la délivrance de formations aux adhérents.

Lobbying
Et les fonctions d’Anne Dux ne s’arrêtent toujours pas là.
Elle anime aussi des groupes de travail pour anticiper ou répondre aux activités réglementaires au niveau national et communautaire. Elle participe à ceux du COLIPA à Bruxelles : "Je suis une habituée du Thalys de 8 h du matin", sourit-elle.
Aux côtés de son président, Alain Grangé Cabane, elle entretient une action de lobbying auprès des parties prenantes (administrations françaises, députés européens, présidence…) et les sujets sur lesquels elle intervient sont aussi variés que les droits d’accise sur l’alcool (cette taxe à laquelle sont assujetties les entreprises) ou la nature des dénaturants autorisés au niveau européen qui doivent aussi convenir à l’industrie de la parfumerie et ne pas avoir d’odeur trop marquée…
Elle participe enfin en tant qu’oratrice aux congrès professionnels, comme ceux de la Cosmetic Valley ou du Gerda.

Communication
Anne Dux s’occupe aussi un peu de la communication "extérieure", à destination de la presse ou du grand public. Et la chose n’est pas toujours simple : "La FEBEA ne peut pas prendre une position publique s’il n’y a pas consensus chez les adhérents", explique-t-elle.
Le mieux est bien sûr de pouvoir prendre les choses en amont : "Si l’Afssaps prend une décision, si un fabricant a un problème à l’étranger…, on prépare une réponse pour la presse de façon à pouvoir proposer à tous nos adhérents une réponse appropriée".

Anne Dux, sa face cachée

Une journée d’Anne Dux ?
"Je me réveille très tôt, je prends le petit déjeuner au lit, je viens au boulot à vélo, je prends un café… deux cafés, et je commence à répondre aux mails". Suivent les réunions, les dossiers à traiter, quelques urgences à intercaler… Un planning bien plein, mais un principe : "Je ne rapporte jamais de travail à la maison. S’il y a du travail à faire le week-end, je reviens au bureau. Même quand j’étais dans les ministères, je n’ai jamais dérogé à cette règle d’or. Même si je quittais parfois le bureau après minuit quand mes yeux se brouillaient de fatigue devant les parapheurs…".

Le lien entre les différentes étapes de son parcours ?
"Je viens d’une famille très militante, très engagée. J’écoute France Culture, je lis Libération. Je suis une passionnée qui vit ses passions. Quand on est dans la médecine, dans le service public, dans l’action politique, on a vraiment l’impression de faire des choses".

Ce qu’on n’imaginerait pas chez elle ?
"Je tricote beaucoup. Je suis un peu désuète", sourit-elle.

Comment elle voit l’avenir en cosmétique ?
"À part le Règlement, dans les années à venir, les gros sujets seront les perturbateurs endocriniens, le problème de l’interdiction des tests sur animaux alors qu’on est encore loin d’avoir les méthodes alternatives nécessaires, et la révolution intellectuelle que constitue la toxicologie. La toxicologie moderne a 50 ans de retard sur les autres sciences : il y a beaucoup d’investissements à faire".
Une préoccupation qu’Anne Dux positionne dans une réflexion plus générale : "Nous sommes dans une société qui a de plus en plus peur du risque, et cela se traduit par un recours extrême au principe de précaution. La peur du risque traduit la peur de la mort, mais aussi de la vie ; c’est le signe d’une civilisation qui est en train de mourir. Trop de matérialisme, trop de confort : notre civilisation est à sa fin et on n’a pas de penseur aujourd’hui pour préparer la suivante…".

Comment se voit-elle dans 5 ans ?
"Je change de métier tous les 5 ans ! Dans 5 ans, on verra… Je n’ai pas de plan de carrière".

Et dans 10 ans ?
"Dans 10 ans, je serai une grand-mère heureuse ! Je serai secrétaire de mon club de natation, je jouerai au bridge et au golf. J’ai toujours fait d’autres choses que mon travail, je me suis toujours investie dans la vie associative. J’adore mon boulot, mais je peux organiser mes journées autrement. Je peux vivre sans travailler. Comme tous les hyperactifs, je suis très paresseuse".

Le mot de la fin ?
"Vous avez un beau stylo".

???
Argh !
C’est avec un stylo aux couleurs de Cosmed que toute l’interview a été transcrite ! Faute d’inattention de la journaliste, manque de tact à la limite de l’erreur professionnelle. Pas rancunière, Anne Dux en a offert un de la FEBEA.
Merci, madame Dux. Et pas que pour le stylo…

LW

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