jeudi 11 août 2011Ils font les cosmétiques

Claire Gagliolo, fondatrice d'Officinea

Claire Gagliolo

Elle est aussi claire que le laisse entendre son prénom. Claire Gagliolo fait dans la franchise et la transparence. La marque de cosmétiques qu'elle a créée est à son image : simple mais de qualité, exigeante au point de toujours vouloir atteindre la perfection mais en restant également agréable et lumineuse, responsable et citoyenne jusqu'au bout de ses packagings.

Temps de lecture
~ 5 minutes

Les débuts difficiles, tout le monde connaît, Claire Gagliolo les a bien expérimentés. Très jeune, issue d'un milieu modeste, elle doit garder des enfants pour financer ses études. Ce sont ceux d'une pharmacienne, qui lui transmet la passion de la matière (à défaut de celle du travail en officine). Pas simple pour cette jeune fille, qui n'est pas fille de pharmacien, de trouver sa place à la fac, où ses compagnons s'étonnent (et se moquent un peu aussi) de sa présence puisqu'elle n'a pas le "comptoir de Papa" à reprendre !

Mais de comptoir, de toute façon, elle n'en veut pas. Elle ne se voit pas commerçante à vendre des médicaments toute la journée, pas davantage passer sa vie à monter des dossiers d'Autorisation de Mise sur le Marché… Le nom qu'elle donne quelques années plus tard à sa marque rappelle ce choix de ses débuts : OFF-ICI-NEA, pour la pharmacienne qui travaille en off, en dehors de l'officine…
Un bref passage dans une des premières parapharmacies de Marseille (un pied de nez aux pharmaciens bien "installés" !), elle finit par choisir l'industrie, devient Responsable des relations avec les pharmaciens hospitaliers. Sur la route, elle aime sa liberté, son relationnel riche avec les médecins, la formation continue que ses responsabilités exigent. À l'occasion d'un licenciement, cette pharmacienne décide d'approfondir ses connaissances en cosmétologie et en esthétique, reprend les études, passe et obtient ses examens haut-la-main.

Un engagement nourri de convictions

L'industrie pourtant la reprend, forte de ses conditions salariales très avantageuses… mais à raison de 60 heures par semaine. Au moment où son mari, qui vient de réussir sa reconversion en professeur de français, travaille à mi-temps, le décalage entre leurs rythmes de vie est rude. Et les doutes s'installent, l'envie de "dormir tous les soirs à la maison" de plus en plus présente, la frustration de n'avoir pas concrétisé sa formation cosmétique de plus en plus forte. 2004 est l'année d'une grosse remise en questions, d'un congé sabbatique… et du début de l'aventure d' Officinea .

Les débuts, bien sûr, encore, sont difficiles. Il faut d'abord assumer la grosse perte financière, trouver des partenaires, des fournisseurs, des formulateurs, convaincre surtout, chacun de ses interlocuteurs. Pour le concept, en revanche, Claire Gagliolo ne doute pas : " Je voulais que mes produits plaisent, je voulais faire un truc super sans m'occuper du prix. Un truc dingue, qu'on n'avait jamais fait : un truc parfait" . Un souci d'exigence et de qualité bien plus simple à énoncer qu'à mettre en œuvre : on vous passera les détails de la recherche d'un verrier capable de fabriquer des flacons-vaporisateurs de qualité et toujours de même contenance, avec une sérigraphie sans bavures…

Le travail sur les formules, essentiel, réserve aussi quelques surprises à la jeune entrepreneuse. Elle qui n'aime pas particulièrement la cosmétique bio (" Je la trouvais cheap, pas crédible et bas-de-gamme… ", dit-elle) se rend compte qu'elle se tourne instinctivement vers des compositions naturelles. Parce qu'elle veut d'abord que ses produits lui plaisent à elle, et lui conviennent au quotidien, elle refuse, par exemple, toutes les silicones et les agents filmogènes (" C'est désagréable quand on est sportive et qu'on transpire …").
Et peu à peu, elle arrive, tout "naturellement" au bio : " Je ne suis pas bio par conviction, je voulais d'abord que mes produits répondent à des critères de haute technicité, mais c'est vrai, je suis écolo par nature. Je n'aime pas qu'on abatte un arbre pour fabriquer un emballage de cosmétique, ce n'est pas ma faute ! Et si je travaille uniquement avec des fournisseurs français, ce n'est pas que je n'aime pas les Chinois, mais quand on fait le bilan carbone d'un produit bio fabriqué en Malaisie, par exemple, on mesure un peu l'hypocrisie de certains dans ce milieu. Et puis, il faut aussi préserver les savoir-faire et les emplois chez nous : que va-t-on laisser à nos enfants ? ". Écolo et citoyenne, oui : quand elle recycle ses enveloppes, elle arrache les fenêtres plastiques pour les jeter dans une poubelle différente du papier…

Indépendance et transparence

Les débuts ont été difficiles mais Officinea propose aujourd'hui une gamme d'une dizaine de produits, vendus quasi-exclusivement sur Internet. Un choix assumé par la fondatrice de la marque : "Je veux garder mon indépendance, y compris vis-à-vis des distributeurs. Je ne veux pas faire du chiffre à tout prix." . Et elle veut garder aussi sa démarche claire et transparente ( "Ma crème de jour s'appelle Crème pour le jour, parce que c'est une crème qui sert pour le jour. Pourquoi l'appeler autrement ?" ), qui la conduit aussi à afficher sur son site Internet les compositions exhaustives de ses produits, avec la traduction explicitée de leurs composants en français. Une démarche et un souci d'informations du consommateur (parce qu'on trouve beaucoup d'autres informations sur son site !) qui n'est pas si fréquente en cosmétique…

Et quoi qu'il arrive, Claire Gagliolo reste positive : "Officinea, c'est mon bébé. Je suis déjà très heureuse qu'il ne soit pas mort-né. Maintenant, il faut encore lui apprendre à marcher !" . On n'a pas de doutes qu'il saura bientôt courir…

Pour aller plus loin
• Voir : la page de présentation de la marque
• Voir : les produits Officinea évalués par les experts de L'Observatoire des Cosmétiques

© 2011- 2020  CosmeticOBS

Ils font les cosmétiquesAutres articles

80résultats