CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
30 mai 2018Ils font les cosmétiques

Écosfère : la cosmétique raisonnée pour le bien de l'humanité Ajouter à mon portfolio
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Produits Écosfère

L’idée n’était pas de créer une marque en plus. Et elle ne sort pas de la tête de jeunes premiers tout juste diplômés d’une école de marketing. L’objectif des créateurs, qui tous peuvent se prévaloir d’un beau parcours dans l’industrie cosmétique, était de faire naître une gamme de produits qui a du sens, et des valeurs. Elle s’appelle Écosfère et allie technologie, naturalité et sécurité, conscience écologique et éthique, responsabilité et expérience… avec une belle dose d’humanisme en plus.

Ils s’appellent Yves, Vincent, Jean-Éric et Sylvie… Ils sont experts dans le sourcing de matières premières, dans la mise au point ou l’objectivation d’actifs, dans les tests de sécurité et d’efficacité, connaissent tous la cosmétique depuis des années. Ils se sont côtoyés longtemps au gré des collaborations de leurs différentes entreprises avant de devenir amis. Ils parlent de ce projet commun comme d’une forme d’aboutissement. La concrétisation de leur envie de faire des cosmétiques autrement, pour faire du bien aux hommes et à la nature. Un rêve d’adolescents un brin utopistes ? À l’inverse, c’est l’expérience qui parle.

Impact environnemental positif

“Chacun de nos actes de consommation a un impact sur l’environnement, le plus souvent négatif…”, rappelle Vincent Bourgeteau. “Nous avons voulu que l’impact environnemental de nos produits, au contraire, soit positif, avec une compensation totale de la consommation d’énergie et de l’empreinte carbone”.
Son entreprise, Éphyla, est consacrée au développement d’ingrédients cosmétiques et très investie dans ce qu’il appelle la “green technologie”. Elle est leader mondial dans la production d’huile de dattier du désert.

Le dattier qui fait reculer le désert

Le dattier du désert est une plante extrémophile, qui pousse dans les zones désertiques, sur le pourtour du Sahel mais aussi en Afghanistan, et qui a la capacité de rester verte toute l’année : “Cela veut dire qu’elle absorbe du carbone toute l’année“, explique Vincent Bourgeteau,”contrairement à l’acacia, qui est le plus extrêmophile des arbustes et qui reste pendant quatre à cinq mois sans feuilles du tout avec son métabolisme bloqué. Cet arbuste très feuillu, à longueur d’année, produit des fleurs et des fruits, ainsi il assimile beaucoup de carbone dans une zone extrêmement chaude. Il constitue un rempart végétal contre l’avancée du désert, et si on le favorise, cela crée des zones d’ombre où des herbacées peuvent s’installer. Cela attire des animaux qui fertilisent le sol avec leurs excréments. Du coup, l’humain vient faire paître ses troupeaux dans ces zones-là, parce qu’il y trouve de l’herbe et de l’ombre. Et c’est tout un écosystème qui se met en place”.

Éphyla a déjà 14 000 hectares de dattier du désert, et Écosfère est partie prenante d’un programme, la ceinture verte, qui implique aussi plusieurs acteurs cosmétiques majeurs.
“Notre collectif a déjà mis en place un système de pépinière avec environ 15 000 arbustes chaque année, et sur un cycle de 18 mois, on a un schéma de plantations en zone sauvage. Pour chaque produit Écosfère acheté, un arbre sera planté, et pas n’importe où, sur la frontière du Sahara…”

Mais qui dit culture dit arrosage ? Et utilisation excessive d’eau, une des réserves les plus précieuses de notre planète ?
“Il n’y a aucune rivière dans le pays”, répond Vincent Bourgeateau, “mais énormément d’eau en profondeur des sols, en dessous de 30 mètres. Le dattier du désert a cette capacité de plonger ses racines jusqu’à 35, voire 40 mètres, et il peut capter l’eau souterraine”.
Et pas non plus besoin de pesticides pour lutter contre les prédateurs, insectes ou petits herbivores : “Vu le climat de cette zone, très chaud et très sec, il y en a très peu. C’est du naturellement bio et la culture est facile”.

L’argile qui fait chuter le bilan énergétique

Autre caractéristique majeure de cette gamme : la structure de ses émulsions.
“La quasi-totalité des crèmes est aujourd’hui élaborée selon le même principe, celui de la mayonnaise…“, rappelle Jean-Éric Branka.”Les fabricants réalisent des émulsions en mélangeant une phase aqueuse et une phase huileuse. Ensuite, ils ajoutent d’autres produits comme des tensioactifs et des stabilisants. Il est bien souvent nécessaire de chauffer tous les ingrédients pour que la mayonnaise prenne et reste stable. Pour réaliser ce type de crème, il faut de grandes quantités d’énergie”.

Les émulsions d’Écosfère sont d’un genre totalement différent, grâce à une technologie mise au point par Éphyla, basée sur de l’argile et qui permet d’émulsionner sans tensioactif.
“On piège l’huile dans l’eau au travers de capsules d’argile”, explique Vincent Bourgeteau. “Nos émulsions ne sont plus chimiques mais physiques, et se font naturellement. Plus besoin de chauffer la formule pour faire l’émulsion, c’est un procédé à froid qui diminue par 100 le bilan énergétique de la fabrication, et qui demande moins de temps pour la production. Et on se retrouve avec des actifs qui sont quasiment encapsulés dans des micro-gouttelettes d’argile, ce qui fait que l’effet à la surface de la peau est prolongé puisque l’actif est libéré peu à peu tout au long de la journée”.
C’est ce qu’on appelle un procédé technologique innovant de fabrication écoresponsable…

Développement équitable

Qui dit arbre qui pousse en Afrique dit aussi culture, collecte et transformation… mais pas exploitation des travailleurs locaux. L’équipe d’Écosfère est très impliquée sur le terrain. D’abord, elle contribue, notamment avec les groupements féminins, à trouver les meilleures matières premières.

Puis elle accompagne la transformation sur place : “En Afrique, on a deux infrastructures pour assurer la collecte et les extractions, puis l’export. Sur place, on est associé avec les groupements pour ne pas avoir qu’une relation d’Occidentaux qui achètent des matières premières locales…”

Enfin, elle les motive pour assurer leur autonomie financière : “On leur dit : nous, on va faire des produits cosmétiques avec vos matières premières, on va vous expliquer comment vous aussi vous pouvez faire vos propres cosmétiques, pour que vous ne dépendiez pas uniquement de la vente de vos matières premières pour vos revenus”, raconte Vincent Bourgeteau. “On a mis en place cet échange-là en Afrique (en Haute-Volta et au Burkina Faso), on pense le faire prochainement en Amazonie. On leur achète des matières premières plus ou moins transformées et on leur apprend, dans nos labos sur place, à être autonomes sur la production de leurs propres cosmétiques locaux. Et on explique l’intérêt de ces plantes aux populations locales pour qu’elles comprennent l’intérêt de les replanter. On les paie déjà pour récolter les fruits et on leur donne un bonus par plant replanté”.

Quand c’est possible, un maximum de transformation se fait ainsi sur place. Tout ce qui touche à la purification ou l’extraction un peu plus fine se réalise en Bretagne, dans les laboratoires d’Éphyla. Le tout est ensuite objectivé par la société Éphyscience de Jean-Éric Branka, dont les modèles permettent d’avoir des revendications étayées par des études scientifiques.

Actifs efficaces, produits essentiels

“Tous les actifs que l’on a sélectionnés pour cette gamme sont très simples mais très efficaces. De plus, on a une maîtrise totale à chaque étape de l’approvisionnement et de la transformation”, dit encore Vincent Bourgeteau.
Du dattier du désert, c’est surtout le fruit qui est exploité, au travers des graines. “On en fait une huile, et aussi un actif qu’on a objectivé. On exploite aussi la feuille, qui stimule bien la production de collagène. On a donc deux actifs issus de cette plante”.

L’actif anti-imperfections (de type acné) vient aussi du Burkina Faso. Des céramides sont extraites de la graine du fruit d’une vigne sauvage, et ont la propriété de stimuler les cellules endothéliales qui produisent le vasoconstricteur le plus puissant que notre organisme est capable de fabriquer. Le flux sanguin au niveau de la microcirculation est ainsi augmenté, ce qui a un effet décongestionnant et permet aussi de renforcer naturellement les défenses de la peau.
“On a aussi objectivé des effets sur l’inflammation et les rougeurs, et dans des délais assez courts. Les résultats cliniques effectués par le laboratoire de tests SpinControl montrent des résultats dès sept jours”.
Tous les actifs de la gamme ont été testés in vitro et in vivo.

Une ligne simple

“Notre gamme est réduite à trois produits essentiels, un antirides, un hydratant et un anti-imperfections, qui répondent aux problématiques les plus répandues, pour l’ensemble de la famille”, détaille Jean-Éric Branka. “On n’y met jamais des quantités d’actifs phénoménales, mais la dose juste à laquelle ils sont efficaces. Quand on met deux fois plus d’essence dans le réservoir, la voiture ne roule pas plus vite !”

Le principe de formulation à base d’argile, et même avec des huiles végétales (au premier rang desquelles, bien sûr, l’huile de dattier du désert) permet des touchers assez secs, qui sont absorbés en 30 secondes et laissent une pellicule très douce sur la peau.
Un parfum unique, de synthèse pour être sans allergènes, sera présent dans tous les produits, pas trop marqué mais avec une note consensuelle pour plaire à tous les âges, hommes et femmes, français et étrangers.

Les noms des produits sont aussi volontairement très simples. Par exemple, l’antirides s’appelle anti-rides, de façon à être facilement compris, y compris pour le projet d’étiquetage en braille.

La filière est bio et les actifs naturels mais les produits ne seront pas certifiés, la nouvelle marque compte sur ses valeurs et son positionnement de cosmétique raisonnée avec toutes les garanties de sécurité pour emporter l’adhésion des consommateurs.

La vente se fera via Amazon, la plate-forme étant considérée comme la mieux armée pour assurer la diffusion des produits, avec la garantie d’une livraison rapide et sécurisée. Et puis, la logistique s’en trouve considérablement plus facile.
Les flacons sérigraphiés jouent sur le noir et le blanc pour rester sobres : “Écosfère est l’antithèse de la marque bling bling !”, résume Vincent Bourgeteau.

La raison de demain ?

Pour être simple, au moins en apparence, le projet n’en est pas moins hautement ambitieux. D’abord parce qu’il n’est pas si facile, sur un marché déjà saturé, d’arriver avec une nouvelle offre dans des créneaux où la concurrence ne manque pas. Mais l’équipe d’Écosfère se montre confiante : “Quand on veut créer une ligne cosmétique qui a un peu de sens, il faut au moins trois ou quatre compétences complémentaires, en fait des gens comme nous, qui ont les savoirs nécessaires et beaucoup d’expérience”.

Mais la gamme, qui démarre avec seulement trois produits, si qualitatifs soient-ils, peut avoir du mal à émerger. “On se lance comme ça, mais selon les retours, on pourra s’étendre à d’autres essentiels”… Un contour des yeux ? Un amincissant ? Un hydratant pour entretenir les tatouages ? L’équipe ne manque pas d’idées…

Reste l’essentiel : la technologie (un nouveau type d’émulsion écoresponsable qui permet la libération progressive des actifs), la qualité des matières premières (l’huile de dattier du désert a une fluidité et un toucher très intéressant) et l’efficacité des actifs, la production éthique et écologique, et peut-être surtout les valeurs, que résume très joliment Yves Le Guen : “Ne faire que du bien : rendre les hommes et les femmes plus beaux en donnant du travail aux populations locales et en faisant reculer le désert. Nous sommes dans la cosmétique propre et moderne, des humanistes pour le bien de la planète. C’est notre notre action pour le bonheur de l’humanité”.

Pour aller plus loin
• Voir le site Internet d’Écosfère.

LW

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