CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
14 septembre 2010Ils font les cosmétiques

Fabrice Paolini, novateur et bio, une certaine idée de la vie en plus Ajouter à mon portfolio
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©L'Observatoire des Cosmétiques

Dans la profession, on dit qu’il est façonnier ou sous-traitant. Fabrice Paolini formule et fabrique des cosmétiques… pour les autres. Pour ses clients, des marques qui lui commandent des produits, et que lui conçoit, met au point et réalise, avant de les livrer prêts à commercialiser. Son nom n’apparaît pas sur les emballages, mais sa philosophie et son éthique marquent de leur empreinte toutes les formules qui sortent de son laboratoire.

Temps de lecture : ~ 9 minutes

Fabrice Paolini travaillait auparavant en Recherche et Développement. En 2005, il crée Novabio. "Nova" pour ancrer son travail dans son époque, "Bio" pour affirmer une envie de retour aux sources : une certaine idée de la cosmétique, une certaine idée de l’entreprise, une certaine idée de la vie… qui s’est forgée, ou à tout le moins renforcée, avec l’arrivée de son fils Louca.

" Je suis un jeune papa, je le suis devenu à 40 ans. La venue d’un enfant incite à voir les choses sous un autre angle. J’ai eu envie de consommer différemment et je suis passé au bio, j’ai eu besoin d’enrichir mes relations humaines, envie de transmettre mes valeurs… ". Plus qu’un laboratoire de cosmétiques, Novabio est ainsi devenu le laboratoire d’un style de vie chargée d’humanité, responsable et durable.

Valeurs communes et histoires particulières

Il a la voix douce, le sourire discret, le regard limpide… mais une volonté des plus déterminées. Il n’a pas de marque propre mais choisit les clients pour lesquels il travaille. La Clarée, Comptoir provençal des argiles, Solyvia, Secret d’altitudes, Alphanova bébé, Natural Repair, Officinea, Lloyd’s pharmacy, Compagnie de Provence… que peuvent bien avoir en commun toutes ces marques aux identités si peu comparables ? « Tous mes clients ont des valeurs », explique Fabrice Paolini. "Ils ont tous une histoire qui accroche ces valeurs et permet de les exprimer. Parfois familiale, parfois en relation avec un ingrédient, parfois éthique ou simplement humaine…" .

Mais comment travailler pour chacune d’entre elles de façon particulière, sans être tenté de décliner toujours la même formule ?

" Le cœur de mon métier, c’est l’écoute du client. Je dois d’abord lui faire préciser sa demande pour bien comprendre ses attentes. Ensuite, je deviens force de proposition, pour le choix des matières premières, l’équilibre des formulations. Il y a beaucoup de travail théorique sur le papier – sur les ingrédients, sur l’INCI – avant de passer sur la paillasse. Chaque projet est particulier, parce qu’il y a toujours un homme (ou une femme) derrière, une histoire, une envie, une demande. Quand on part d’un ingrédient ou d’un actif précis demandé par le client, on ne peut pas faire de copier-coller de formule, c’est toujours du sur-mesure. Et on passe beaucoup de temps à l’affiner pour qu’il corresponde exactement à ce que le client imaginait au départ…" .

Du temps, de l’écoute, des échanges… et, au moins une fois, jusqu’à 80 essais pour qu’une crème soit finalement validée par le client ! En moyenne, de 6 à 8 mois de collaboration avant qu’un nouveau produit voie le jour.  Novabio est aussi un modèle de patience et de longueur de temps…

Le bio ? Un minimum !

Et Novabio, donc… est bio. Un choix que Fabrice Paolini ne discute pas, mais qu’il affirme et revendique, car en plus d’une orientation de vie globale, il représente un fantastique moteur d’innovation : "Bien sûr, le bio est une tendance du marché, et on voit de plus en plus de marques de niche qui se développent dans ce secteur. Mais surtout, le bio, pour un formulateur, c’est une incroyable opportunité, qui redonne tout son sens au métier. Il faut commencer par oublier 20 ans de vieux réflexes de formulation, reconsidérer entièrement la façon d’utiliser les matières premières. Le bio a obligé à tout réinventer, à faire preuve de créativité, dans une démarche intellectuelle où la priorité n’était plus le facteur économique ".

Tout n’est pas idéal dans le bio, pourtant, et, pour enthousiaste qu’il soit, Fabrice Paolini lui reconnaît certaines limites : " J’évite par exemple de faire du bio opportuniste. Je ne travaille jamais dans l’optique d’un bio de convenance pour atteindre juste les 10 %… "(ndlr : ces 10 % minimum d’ingrédients bio exigés par les chartes pour pouvoir afficher le label, et que beaucoup qualifient de "cosmétique bio au rabais"…).

Pour moi, le bio est un minimum, mais on ne doit certainement pas s’arrêter là ! J’observe, d’ailleurs, une évolution des mentalités à ce sujet. Le bio tend à s’inscrire dans une démarche plus complète, qui inclut le développement durable, le recyclage, le traitement des eaux, l’impact de nos productions sur l’environnement, l’épuisement des ressources, la notion de carbone total, l’ancrage local…" .

À son niveau, Fabrice Paolini œuvre déjà dans ce sens : "Au démarrage de l’entreprise, 100 % de nos ingrédients végétaux étaient importés de l’étranger. Aujourd’hui, 87 % viennent du local. La crise a joué, bien sûr, pour réduire les coûts d’approvisionnement, mais notre raisonnement a évolué aussi : on réfléchit d’abord maintenant en termes de formulation et d’origines des matières premières ".

À son niveau, Fabrice Paolini voit plus grand, aussi : " Le bio devrait être le standard de ce que la cosmétique offre au consommateur. Avec un bio qui ne soit pas ‘bio-bio’, mais qui soit aussi un cosmétique plaisir, un cosmétique moderne… Mais il est important d’y ajouter des valeurs plus fortes et plus larges pour qu’il devienne le produit conventionnel de demain". Et de regretter l’absence d’un « super-label » qui prendrait en compte toutes ces valeurs…

De l’éthique à la performance

Car les revoilà, ces valeurs si chères à Fabrice Paolini (elles ne sont jamais bien loin dans son discours…). Celles qu’il applique à ses formules, mais qu’il observe aussi dans la vie de son entreprise ou avec ses clients.

Novabio ne compte que 4 salariés. Et ce modèle réduit de vie sociale lui permet de l’inscrire dans une humanité qui lui va bien : "Nous voyons passer aussi beaucoup de stagiaires. Ce n’est pas parce que c’est une main d’œuvre à bon marché. C’est surtout parce cela permet une transmission des savoirs, dans un processus de développement personnel " , explique-t-il.

Ce même processus qu’il permet à ses salariés permanents d’expérimenter : "Nous avons un planning de formation en interne, j’accompagne individuellement chaque personne, qu’il soit employé ou client…" .
Pour preuve, Véronique Vaz, qui a débuté comme stagiaire et jeune ingénieure sans expérience : elle est aujourd’hui sa principale formulatrice. "J’ai beaucoup travaillé et j’ai beaucoup appris ", confie-t-elle. Elle est aujourd’hui sur un projet de 7 produits pour des clients chinois, 180 essais de formules à planifier : Véronique a les yeux qui brillent de plaisir.

Et la méthode ne se contente pas du bonheur des salariés, elle fait aussi la satisfaction des clients. Fabrice Paolini raconte cette anecdote : "J’ai vu arriver plusieurs clients qui avaient essayé de travailler avec certains de mes confrères. Ils n’avaient pas réussi à obtenir ce qu’ils voulaient, manquaient d’informations sur leurs produits en développement. Nous jouons la carte du partenariat sous fond de transparence… ", dit-il dans un sourire. Et comment ? En appliquant les mêmes recettes : un accompagnement humain, une écoute attentive, et surtout, une transparence à toute épreuve : "Je suis avec mes clients dans la même démarche de transmission. Ils savent tout sur l’origine des ingrédients, leurs dosages dans la formule, ils ont une parfaite connaissance du dossier cosmétique… et au final, ils repartent avec leur produit, celui dont ils rêvaient… ".

Fabrice Paolini, acteur d’un monde de rêve ? Nous n’avons pas eu le temps de lui poser cette question : "Je dois vous quitter, un peu rapidement, pardon. Je dois aller chercher mon fils et je vais passer un peu de temps avec lui. Ça ira ?" .
Oui, ça ira ! Parce qu’on le comprend bien : il y a des priorités dans la vie.

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