CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
4 avril 2016Ils font les cosmétiques

Gérard Redziniak, le "kératinologue" Ajouter à mon portfolio
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Gérard Redziniak

Plus qu’un grand inventeur en dermo-cosmétique, ce Docteur en biophysicochimie moléculaire est surtout un de nos derniers humanistes cosmétologues ! Difficile de ne pas l’aimer tant il est chaleureux, charismatique et créatif. Plus de 35 ans qu’il traque sans relâche les concepts et les molécules cosmétiques de demain. Après avoir collaboré avec les plus grandes marques, cet homme libre qui échappe à tout "formatage" est désormais indépendant. Il participe à quelques-unes des innovations cosmétiques les plus excitantes du printemps 2016…

Temps de lecture : ~ 11 minutes

Sa présence dans une conférence de presse est toujours le gage d’un moment palpitant (et d’un afflux de journalistes !). Car avec lui, tout s’éclaire ! Si certains jugent que la cosmétique est le monde de l’obscurantisme, ce n’est jamais le cas avec Gérard Redziniak, qui sait rendre limpides, à grand renfort d’images dont il a le secret, les technologies les plus complexes. Toujours vivant, simple et généreux, il a le don de faire rimer science avec imaginaire.
Avec lui, nos cellules cutanées se transforment en métaphores poétiques ! Elles "s’envoient des SMS en permanence, possèdent des détecteurs de particules polluantes, fabriquent des antibiotiques naturels (les défensines) ou de la mélanine (même sans UV), premières "éponges antioxydantes, etc.". Pour lui, le secret des meilleurs produits de beauté se trouve dans la peau. Et mieux on connaîtra ses mécanismes intimes, plus on approchera de l’excellence en matière de cosmétiques.

Son parcours

Certains se disent "épidermologues", lui se qualifie de "kératinologue" tant il a de passion pour nos 1 800 milliards de kératinocytes ! "Sans eux, pas de vie. Nous avons 2 000 milliards de cellules dans notre peau, et les kératinocytes sont les cellules les plus importantes du corps humain !".
Né en 1952, cet enthousiaste curieux de tout pourrait faire sienne cette phrase de Paul Valéry : "Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau". Cette passion ne date pas d’hier. Fasciné depuis toujours par la connaissance des mécanismes cellulaires, ce chantre de la communication cellulaire (tout le futur cosmétique s’y trouve, selon lui) avait réalisé sa thèse de doctorat en bio-physicochimie moléculaire à l’université d’Orléans, sur une étoile de mer jamais malade, dont les branches repoussaient toujours.
Il aurait dû s’orienter vers la santé, les cytokines et la recherche sur le cancer. Mais voilà que sa route croise celle d’Alain Meybeck, directeur délégué de LVMH Recherche à Saint Jean de Braye (Loiret). Il entre chez Dior comme simple laborantin en 1979 et, en faisant des essais au sein du laboratoire de microbiologie, découvre… les liposomes ! Bingo !

Du premier sérum Capture aux soins État Pur…

Le premier sérum Capture de Dior nait le 18 juin 1986, une date gravée dans sa mémoire ! Cette nouvelle génération de vecteurs cosmétiques conquiert la presse.
Gérard Redziniak reste chez Dior jusqu’en 1995, date à laquelle il entre chez Yves Rocher pour y monter le laboratoire de recherche appliquée. Il y rencontre sa femme Véronique (alors directrice générale de Daniel Jouvance, groupe Yves Rocher) que ce grand féministe ne manque jamais de louer. Personnage phare de son existence, cette dernière l’a initié, entre autres, à la nutrition, au développement personnel et au "happy coaching".
Dans les années 2 000, il pilote l’ensemble de la Recherche du groupe Dipta (Esthederm, Bioderma, État Pur…) aux côtés de Jean-Noël Thorel. Il y met au point différents produits inédits, comme l’Eau Dermale ou le dispositif médical Matricium chez Bioderma ("une cure de 28 mono doses permettant réellement de recréer de la peau"), la gamme Cyclo Repair et différents solaires chez Esthederm, ainsi que tous les soins État Pur (alors en joint-venture avec Guerlain).
Ou encore Odoractive® à l’action myorelaxante, rebaptisée le "yoga cutané" car elle décrispe aussitôt les traits. On retrouve ce délicieux parfum dans les premiers soins État Pur, ainsi qu’en cabine pour les soins d’institut Esthederm. Cet adepte des cultures orientales croit au pouvoir des odeurs, "certaines ont le pouvoir de détendre nos muscles en interférant directement sur notre cerveau reptilien".
Mais ses collaborations dépendent avant tout de la qualité des rencontres humaines. Parmi ses pères spirituels, ou plutôt comme il les nomme joliment, ses "mages scientifiques", Maurice Roger, Président des Parfums Dior et Jean-Noël Thorel, "un visionnaire de la cosmétique".
En 2004, il est recruté à Chartres par Pacific Europe, filiale Française du groupe Coréen Amore Pacific (qui fabrique sous licence les parfums Lolita Lempicka, entre autres) pour superviser un vaste projet d’étude sur le vieillissement de la peau. Il y conçoit notamment des "phyco-hormones" à partir d’une fraction lipidique de plancton, un "placenta marin" breveté. Cette découverte est utilisée par la marque de cosmétiques Coréenne Ysoa.

Son actualité

On le retrouve aujourd’hui conseiller scientifique indépendant pour différentes sociétés de cosmétiques et de matières premières. Il encadre le management Recherche & Développement et l’optimisation de projets cosmétiques internationaux. Très impliqué dans la Cosmetic Valley, son objectif est d’en faire un pôle mondial de la cosmétique. Curieux de tout, cet ardent défenseur des approches pluridisciplinaires n’hésite pas à s’entourer de jeunes chercheurs (7 000 dans la Cosmetic Valley !) et adore jouer les entremetteurs, "les Monsieur Claude", pour reprendre son parler fleuri ! Il collabore encore avec le CNRS ou le Centre de Recherche Matriscience de l’Hôpital Cochin.
Ses "dadas" : la biologie et toutes les sciences du vivant, mais aussi la mitochondrie (notre boîte à énergie, celle qui fabrique l’ATP pour nos cellules), la grande famille des sucres et des peptides, les systèmes de vectorisation, plus que jamais d’actualité selon lui : "Les derniers liposomes sont galactosylés, ils s’accrochent sur le fibroblaste et procurent des effets super apaisants et régénérants aux peaux traumatisées, après une chirurgie, une radiothérapie… On les trouve dans les soins dermatologiques de la ligne Stylage® Skin Pro des Laboratoires Vivacy".
Les relations peau-cerveau l’intéressent au plus haut point, voilà pourquoi "le plaisir (d’un parfum, d’une texture) est la voie royale de l’efficacité. Le métier de la cosmétique relève d’abord d’une expertise sensorielle qui favorise un rendez-vous avec soi-même".
Pour Gérard l’effet placebo est un principe actif à part entière, "le stress libère au niveau cutané des neuromédiateurs qui déséquilibrent le bon fonctionnement cellulaire. A contrario, la méditation, le massage, le plaisir permettent la libération d’endorphines ayant des effets positifs sur les cellules cutanées".

Ses dernières créations

Parmi ses collaborations les plus innovantes, celle de Romy Paris, véritable "assistant beauté" relié à une application mobile, conçu comme un "mini-labo beauté" et permettant de formuler chez soi pour la première fois et en neuf secondes des soins ultra personnalisés, parmi plus de 1 000 combinaisons élaborées par Gérard sous forme de capsules de soin.
Sa nouvelle tocade ? L’Uvaxine®, un extrait de resvératrol di-glucoside obtenu par un procédé de chimie verte qui forme un bouclier anti-âge, activant les défenses naturelles de la peau contre les UV, tant au niveau cellulaire (protection des kératinocytes et des fibroblastes) que moléculaire (protection de l’ADN et des protéines essentielles de la peau). Son mode d’action est comparable à celui d’un vaccin. À l’image de celui-ci, elle soumet les cellules cutanées à des micro-stimuli qui favorisent leur résistance à des stress futurs et augmentent leur durée de vie. Ainsi, ce protecteur UV biologique de nouvelle génération est prêt à intervenir en tous temps de façon optimale et ce, dès la première stimulation. On retrouve cet actif dans plusieurs produits anti-âge du Rituel de Kyoto, Japon de la marque Cinq Mondes, marque avec laquelle il collabore depuis deux ans.

Ses projets 

Les résultats de ces derniers travaux verront le jour en mai (toute la gamme anti-âge aux cellules natives de rose du DR. Renaud) et juin prochains (Hallucinogène de Garancia, un soin de teint transparent en poudre liquide).
Ce dernier est un sublimateur de teint anti-rides et anti-pollution qui bouscule les codes cosmétiques du "moi en mieux", en initiant une nouvelle catégorie de "soins de teint". Dénué de tout pigment teinté, il recrée l’illusion d’une peau fraîche et unifiée, sans rien sacrifier au soin et à la protection rapprochée. L’idée de Savéria Coste (fondatrice de Garancia) est de créer un élixir anti pollu-ageing qui empêche les agents polluants de pénétrer l’épiderme. Et Gérard Redziniak lui trouve un sucre antiparticules (le poly-fucose ou Pollustop®) qui se fixe de façon totalement invisible à la surface de la peau. Ce film naturel de haut poids moléculaire se comporte comme un tissu protecteur anti-agressions, tout en laissant parfaitement la peau respirer. L’extrait de Shiitaké, cher à Gérard, stimule quant à lui les défenses naturelles de la peau, en plus d’offrir des actions anti-inflammatoire, immunostimulante et anti-oxydante.
Mais la trouvaille qui emballe notre chercheur infatigable est que "la peau est un œil primitif, équipée des mêmes récepteurs que les cônes optiques de nos yeux" (c’est une découverte de Shiseido). Pas étonnant qu’elle soit si sensible à la lumière, surtout la lumière bleue ! "Le kératinocyte est doté de récepteurs à la lumière bleue, comme nos yeux". Pour Gérard, nul doute, "il s’agit de la pollution de demain. L’explosion des LEDs dans nos téléviseurs, ordinateurs et Smartphones provoque un orage moléculaire, source d’inflammations, de stress oxydatif et cellulaire. Comme toujours, c’est la dose qui fait le poison. Si un peu de radicaux libres est nécessaire pour lutter contre les bactéries et les inflammations, quand il y en a trop, la cellule est en souffrance. Le stress cellulaire est étroitement corrélé à la lumière".
Et nous n’avons pas fini d’entendre parler Gérard Redziniak. Cet homme qui fourmille de projets est déjà en train de se passionner pour une huile de café vert bio qui vient du Brésil. Sa partie insaponifiable présente d’étonnantes propriétés anti-âge "rétinoïde-like", sans aucune des irritations habituellement liées à cette molécule.
Non, Gérard Redziniak n'a pas fini d'être au cœur de l'innovation cosmétique !

Ariane Le Febvre

© L'Observatoire des Cosmétiques

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