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24 novembre 2015Ils font les cosmétiques

Métier : parfumeur de cosmétiques (2/2) Ajouter à mon portfolio
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De plus en plus élaboré, le parfum des cosmétiques se sophistique. Il n’est pas rare que les notes d’un soin remplissent une page entière de dossier de presse, et si, la plupart du temps, les subtilités olfactives nous échappent, elles demeurent pour beaucoup dans le coup de foudre que l’on peut avoir pour un produit.

Temps de lecture : ~ 8 minutes

Suite du 1er volet de cet article, à retrouver en cliquant ici .

Du brief aux essais

Concrètement, à partir du moment où un parfumeur a été sélectionné (les marques qui soignent leurs parfums cosmétiques possèdent un ou une responsable parfums au sein de l’entreprise), il "reçoit un brief avec la présentation du projet, de la cible consommateur, parfois la direction olfactive souhaitée. Nous ne recevons pas le produit fini car le parfum est travaillé en même temps que les autres éléments du mix, mais nous avons les informations nécessaires pour travailler et nous recevons souvent la base non parfumée dans laquelle composer", confie Sidonie Lancesseur.

Un vecteur d’efficacité

Le parfum est un critère d’achat (et surtout de ré-achat) important dans les cosmétiques aujourd’hui. Bien sûr, un soin n’a pas de vocation parfumante, mais son odeur participe de plus en plus à son impression (forcément subjective) d’efficacité.
" C’est un élément important du produit fini. Il contribue au succès du produit cosmétique mais c’est un ensemble. La consommatrice achète le produit pour son bénéfice et le parfum en est son interprétation olfactive", précise Sidonie Lancesseur.

Le parfum naturel en plein développement

La forte émergence du marché bio a incité TechniFlor à créer des fragrances 100 % naturelles, les NATFLOR, qui sont basées sur des matières premières certifiées Ecocert.
Le résultat se retrouve, entre autres, dans la gamme corps à l’extrait de cédrat de Bio-Beauté by Nuxe , avec une senteur hespéridée, fraîche et vivifiante, adoucie d’une touche de vanille en fond qui apporte une rondeur gourmande (Gelée Exfoliante et Tonifiante, 150 ml, 15,90 € ; Gel Crème Express Hydratant 24H et Tonifiant, 200 ml, 15,30 € ou 30 ml, 2,90 € ; Huile Satinée Nourrissante et Tonifiante, 100 ml, 17,50 € ; Déodorant Fraîcheur 24H, roll-on 50 ml, 8,50 €).

Autres exemples qui feront date : le Baume de Rosée Nuit Rosa Angelica de Sanoflore (50 ml, 30 €), car il parvient à reproduire une senteur florale de rose thé tout juste cueillie, un exploit en cosmétique certifiée bio ! Il est vrai que la base est elle-même riche en hydrolat de rose. Et que certains fruits comme le litchi ont une odeur vraiment "rosée" ! Comme le précise Maïlis Richard-Royer (le nez Sanoflore), " les notes florales sont particulièrement difficiles à obtenir en bio, mais en revanche les gourmands et les fruités sont très au point ". Ce parfum traduit parfaitement par ailleurs le concept produit ("la beauté fraîche").

C’est aussi le cas du concentré aromatique relaxant, présent dans toute la nouvelle gamme "anti-stress cellulaire" Infinité du Rituel de Kyoto Cinq mondes (Crème Infinité Jour, 50 ml, 143 € ; Concentré Infinité Yeux et Lèvres, 15 ml, 92 € ; Baume Infinité, 30 ml, 123 €, à partir de janvier). Ce parfum zen, quasi hypnotique, a été composé par Dora Baghriche, parfumeur chez Firmenich, qui travaille pour les deux secteurs. Construit autour des fleurs blanches, du thé vert et du bambou, il nous transporte au cœur du Japon !

Enfin, le parfum forcément boisé de la nouvelle marque anti-âge La Chénaie dont chaque soin contient un extrait de chêne antioxydant (parmi les sept soins qui sortiront en janvier : Sérum anti-âge Suprême, 30 ml, 69 € ; Crème Jeunesse Jour, 50 ml, 49 € ; Soin Fortifiant Nuit, 50 ml, 49 €…) marquera un tournant en pharmacie. Les soins anti-âge au parfum boisé sont rares. Cette senteur rupturiste évoque tour à tour la châtaigne, la pomme et les céréales. Elle a été conçue par Pierre Flores de TechnicoFlor à partir de pêche, feuilles de chêne, lotus, patchouli… Le parfumeur, très inspiré par cet univers du chêne, a également développé une gamme de bougies parfumées que la marque offrira à ses clients !

La tendance parfums en cosmétique

L’évolution actuelle en termes de parfumage de cosmétiques va vers les notes fruitées (pêche, abricot…), musquées ou aromatiques. " Les notes fruitées du segment des eaux de toilette ont influencé certains parfumages de crème. On note également que certaines marques osent des senteurs aromatiques (ndlr : huiles essentielles) même pour des crèmes visages, notamment pour amplifier l’impression d’efficacité", confirme Sidonie Lancesseur.
Les notes aromatiques renforcent également l’impression de naturalité. C’est le cas de l’Huile Extraordinaire Crème-Masque Éclat Nuit de L’Oréal Paris (50 ml, 17,90 €), d’Hydra Zen Essence de Beauté hydratante antistress de Lancôme (200 ml, 43 €), ou du Masque de Nuit Oils of Life The Body Shop (en mars, 80 ml), qui contiennent tous des huiles essentielles relaxantes.
Pour Philippe Collet, " la floralité est récurrente dans les cosmétiques féminins, mais aussi la "zénitude" (les notes thé vert, lotus, bambou, aloe vera…), les senteurs aqueuses et transparentes, non marines, comme la calone ou le concombre. Quant à la naturalité, elle sous-tend toute la parfumerie cosmétique ".

Quelques odeurs cosmétiques cultes…

Elles font partie de notre patrimoine olfactif. Comme l’odeur du lait Mustela, indissociable du bébé (son secret réside entre autres dans une note de chèvrefeuille), le parfum inimitable de la Laque Elnett (L’Oréal Paris) ou celui de fleurs blanches de la Crème Nivea (nouvelles éditions limitées "Contes d’hiver", 150 ml, 2,45 €).
La senteur légèrement herbacée et apaisante (huile essentielle de petitgrain déterpénée) de la Biafine ou franchement "sable chaud" des premières huiles solaires Ambre Solaire sont intimement liées aux vacances.
La crème pour les mains Mixa doit beaucoup à ses effluves de magnolia.

L’accord rose-violette des rouges à lèvres a influencé la parfumerie alcoolique (Paris d’Yves Saint Laurent, Lipstick Rose créé par Ralf Schwieger pour les Éditions de Parfums Frédéric Malle…), et les muscs de synthèse, omniprésents dans les parfums actuels, ont été découverts par… les lessiviers ! Précisément parce que ces molécules s’accrochent aux fibres du textile, persistant après le lavage, tout comme elles s’accrochent à notre peau, offrant une rémanence (tenue) unique.

Plus près de nous, la senteur "florale solaire", un peu monoï de l’Huile Prodigieuse de Nuxe (créée en 1991 par Serge Majoullier chez Mane) est tellement emblématique qu’elle a donné naissance à un parfum (Prodigieux le parfum, 30 ml, 29,90 €), ainsi qu’à toute une gamme (Prodigieux Huile de Douche, 200 ml, 9,90 € ; Prodigieux Lait Parfumé, 200 ml, 15,90 €) !
Naturellement, les odeurs évoluent. Aujourd’hui, les produits pour bébé doivent avoir une touche de fleur d’oranger. Le succès de la vitamine C a donné naissance à une invasion de parfums hespéridés, évoquant l’orange, dans les cosmétiques énergisants. Les notes aquatiques et leur parfum "désaltérant" sont en cohérence avec les gammes hydratantes. Pour une ligne purifiante, c’est la fraîcheur qui prime. Les parfums les plus travaillés, riches et complexes, sont ceux de l’anti-âge (ce sont aussi les soins visage les plus chers).
Finalement, les écoles de parfumeurs ont raison d’initier les étudiants à toutes les applications, car les passerelles entre les différents métiers sont incessantes.

Ariane Le Febvre

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