CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
30 novembre 2012L'actualité des cosmétiques

Efficacité des produits solaires : une réponse de l'industrie Ajouter à mon portfolio
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Télécharger le texte intégral du communiqué de l'association Cosmed.

Le débat a été relancé cet été, en plein mois d'août, par un article paru dans le journal Libération. Laurence Coiffard, enseignante-chercheuse de l'université de Nantes, y dénonçait, sur les produits cosmétiques de protection solaire, des SPF mensongers, surévalués, et ainsi facteurs de risques accrus de développement de cancers de la peau. Réponse aujourd'hui de l'industrie, par la voie de l'association Cosmed, qui représente les PME de la filière cosmétique : "les tests de Laurence Coiffard sont faux, elle a commis une faute professionnelle doublée d'une faute morale grave en jouant sur les peurs du public sans fondement scientifique validé".

Temps de lecture : ~ 10 minutes

L'Observatoire des Cosmétiques en avait fait état dans l'article Comment choisir sa crème solaire ? , publié le 14 août. Un article venait de paraître dans Libération qui " révélait les résultats d'une étude mesurant l’écart entre l’indice affiché et la protection réelle de différentes crèmes ", et annonçait " des résultats inquiétants ".
Selon cette étude, effectuée par Laurence Coiffard, enseignante-chercheuse de l'université de Nantes, sur la base de tests de mesure de SPF effectués dans son Laboratoire de Pharmacie Industrielle et de Cosmétologie,"  25 à 30 % des produits ont un indice de protection inférieur à celui affiché sur l’emballage" .
Le journal Libération indiquait alors qu'il existait " une controverse scientifique [qui] méritait d’être tranchée au plus vite, le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau ayant triplé en vingt-cinq ans ".

Le choc des révélations

La nouvelle avait de quoi inquiéter les consommateurs. Elle a aussi alarmé nombre d'acteurs de l'industrie cosmétique.

" Cet article a provoqué un choc émotionnel dans les entreprises cosmétiques ", dit aujourd'hui Jean-Marc Giroux, le président de Cosmed, qui représente les PME de la filière. " Les fabricants de cosmétiques mettent en moyenne 10 ans à développer leur image. Ils sont très fiers des produits solaires qu'ils produisent. Ils en sont, en général, les premiers utilisateurs avec les membres de leurs familles. Voir qu'en quelques jours, n'importe qui pouvait les diffamer et les jeter en pâture au public a été un vrai choc ".

Le choc passé, est venu le temps de la réponse.
Cosmed n'a pas choisi la voie procédurière, mais a opté pour une " démarche démonstrative pour montrer que les tests de Madame Coiffard sont faux et ses accusations infondées" .
" Nous avons choisi de communiquer vers les consommateurs ", indique Jean-Marc Giroux, " pour ne pas laisser dire n'importe quoi sur les entreprises ".
Le communiqué diffusé ce jour reprend donc les accusations, pour y apporter des réponses argumentées.

Le lien SPF–Cancer

Pour Laurence Coiffard, afficher un SPF surévalué sur l'étiquette compromet la sécurité des consommateurs. Se croyant protégés plus qu'ils ne le sont, ils ont tendance à trop s'exposer, ce qui accroît le risque de développer un mélanome ou un cancer de la peau.

Faux, répond Cosmed : "Il est désormais établi que l'apparition des mélanomes est liée à de nombreux facteurs, notamment aux excès d'exposition au soleil durant la petite enfance, en particulier la fréquence et l'importance des coups de soleil. Il faut donc rechercher cette augmentation dans les comportements des populations au soleil dans les années 70-80 ".
Un argument qui recoupe ceux développés par Jean-François Doré, chercheur à l'INSERM, lors de la 5e réunion de la Société Française des Antioxydants (voir l'article " Peau et soleil : les liaisons hasardeuses ").

La méthode de mesure

Deuxième axe de réponse : la méthode de mesure du SPF.
Pour ses tests, Laurence Coiffard utilise une méthode in vitro . Selon elle, les méthodes in vivo utilisées par l'industrie donnent des résultats bien plus élevés, c'est pourquoi l'industrie préfère les utiliser.

Faux, répond Cosmed. " Il y a un débat scientifique en cours depuis plusieurs années entre l'usage des méthodes in vivo et in vitro pour l'évaluation des indices de protection solaire. Il faut rappeler, contrairement aux dires de L. Coiffard, que les industriels sont très demandeurs d'une méthode in vitro , ce qui aurait pour effet de réduire les coûts de développement des produits solaires. La recommandation européenne de 2006 invitait même les industriels à intensifier les études pour parvenir à mettre au point un test in vitro fiable. […] Ces autorités, aidées par des experts publics et privés, œuvrent pour parvenir à une méthode in vitro validée et reconnue internationalement. Les organismes de normalisation (ISO, CEN) espèrent y parvenir dans un délai de 2 ou 3 ans au mieux. D'ici là, seule la méthode in vivo est recommandée pour assurer l'exactitude des indices et par là, la sécurité des produits ".

Ajoutons que si deux normes ISO sont actuellement disponibles pour mesurer la protection anti-UVA, une in vivo , une autre in vitro publiée à la fin du mois de juillet 2012, aucune méthode de mesure de la protection anti-UVB (SPF) in vitro n'est actuellement validée ; seule la norme ISO 24444, in vivo , fait référence et est acceptée par les autorités sanitaires comme preuve du SPF revendiqué.

Le résultat des tests

On pourrait s'étonner du temps qu'il a fallu à l'industrie pour répondre aux accusations émises en août.
Cela s'explique en partie par le fait que Cosmed a commencé par refaire les mêmes tests que ceux effectués par la chercheuse de Nantes, avec la même méthode, pour en vérifier les résultats.

" Cosmed a analysé à nouveau 24 des 32 produits testés par L. Coiffard, 7 produits n'étant plus disponibles sur le marché au moment de la réalisation de la contre-expertise ", indique le communiqué de l'association. " La méthode utilisée a été celle publiée par L. Coiffard. […] Les analyses ont été réalisées par un laboratoire indépendant, sous contrôle d'huissier, en double aveugle ".

Conclusions : des résultats très différents, avec, pour les mêmes produits, des écarts importants entre les SPF trouvés au cours des deux études.
"  16 produits sur 24, soit 67 %, présentent des valeurs de SPF significativement différentes, et pour certaines un très fort écart entre les deux séries ", indique Cosmed. " À ce stade, il paraît déjà inutile de chercher à comparer la méthode in vivo à cette méthode in vitro".
Et donc de prendre en considération un autre des arguments de Laurence Coiffard, qui souligne aussi que l'ajout, dans les produits solaires, d'ingrédients à effets anti-inflammatoires fausse les résultats in vivo , en retardant la principale réaction d'inflammation de la peau, le coup de soleil.

Dernier point soulevé par Cosmed, documents à l'appui, l’appareil de mesure utilisé par Laurence Coiffard est considéré par son propre fabricant comme n'étant pas fiable pour mesurer les hauts indices de protection…

Polémique, suite…

Et c'est au tour de Cosmed d'accuser : " L. Coiffard a usé d'une méthode de communication qui bafoue les règles élémentaires de la prudence et de la probité scientifique.
Elle a commis une triple faute :
• une faute scientifique par l'emploi d'une méthode non validée dont les résultats sont de surcroît entachés d'une erreur manifeste de mesure,
• une faute professionnelle, pour avoir réalisé ses travaux avec un parti pris affiché sans avoir fait vérifier ses résultats par des experts indépendants,
• une faute morale grave envers les consommateurs en jouant sur les peurs et en suggérant explicitement que les produits solaires sur le marché pourraient être une cause de risque accru de cancers cutanés.
Afin de s'assurer une visibilité médiatique, L. Coiffard s'est livrée à une diffamation sans retenue des entreprises de la cosmétique et des autorités de santé
".

Les consommateurs sont souvent désorientés par les débats d'experts, surtout quand les arguments émanent de deux parties aux intérêts divergents.
L'intérêt de cette réponse de Cosmed aux accusations de la chercheuse universitaire est que, pour une fois, l'industrie ne se réfugie pas seulement derrière le fait qu'elle respecte la réglementation en vigueur, mais qu'elle apporte aussi une argumentation basée sur les résultats de sa propre étude.

Qui tranchera le débat ?
Les autorités sanitaires et les organismes de certification ? Peut-être… quand une méthode de mesure du SPF in vitro aura été validée. C'est-à-dire dans 2 à 3 ans.
Les parties prenantes au débat ? Pourquoi pas… si elles arrivaient à discuter sereinement méthodes de mesure et techniques de laboratoire. Jean-Marc Giroux n'en refuse pas l'éventualité : " On peut continuer à débattre. Si Mme Coiffard refaisait ses analyses avec le bon appareil de mesure, en double aveugle et sous un contrôle indépendant, on pourrait ensuite se mettre autour d'une table et discuter ".

Le message est passé.
Et il ne fait aucun doute que L'Observatoire des Cosmétiques sera amené à reparler de ce débat.
En attendant, on ne peut que rappeler les conseils émanant de tous les experts : les méfaits des rayons UV pour la peau sont connus et bien identifiés ; une protection solaire est indispensable pour s'en protéger… même si elle est sujette à discussion.


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