dimanche 28 janvier 2018L'actualité des cosmétiques

Microbilles : le début de la fin

JS © CosmeticOBS-L'Observatoire des Cosmétiques

L’avenir de l’utilisation des microbilles dans l’industrie cosmétique semble être tranché. Les fabricants de produits doivent être prêts à arrêter de formuler avec des microbilles de plastique : en France, l’interdiction de mise sur le marché de “produits cosmétiques rincés à usage d’exfoliation ou de nettoyage comportant des particules plastiques solides” est entrée en vigueur le 1er janvier 2018. Et beaucoup d’autres pays ont déjà, ou s’apprêtent à adopter, des mesures similaires. À l’occasion du congrès Parfums & Cosmétiques qui s’est tenu à Chartres les 14 et 15 novembre 2017, Tiphaine Daubert-Macia, directrice des Affaires règlementaires cosmétiques de la marque Chanel, a présenté un état des lieux concernant les microbilles en cosmétique.

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Depuis qu’elles sont retrouvées sur les bords de plage, elles ont mauvaise presse. Elles ne sont pas seulement pointées du doigt parce qu’elles souillent l’environnement aquatique, d’autres chefs d’accusation leurs sont imputés. À tort, selon Tiphaine Daubert-Macia.

La pression médiatique

L’opinion publique accuse l’industrie cosmétique d’être l’un des plus gros contributeurs à la présence de microbilles dans l’environnement, une part d’autant plus dommageable qu’elles ne sont pas traitées par les stations d’épuration.
Faux, pour Tiphaine Daubert-Macia, qui affirme qu’elles sont capturées à 99 % et que la branche cosmétique est un acteur minime de l’émission de microbilles.

Les microbilles de plastique sont également décriées car elles sont susceptibles d’être ingérées par les animaux marins. En plus d’être toxiques pour ces espèces, elles peuvent se retrouver, par extension, dans l’assiette du consommateur.
On impute aux microbilles un effet “cheval de Troie”, à savoir d’agir comme des vecteurs de transport de perturbateurs endocriniens dans l’environnement. “Plusieurs études d’écotoxicologie démontrent l’absence d’impact sur le faune marine”, a contre-argumenté l’intervenante.

Pour déconstruire ces clichés, Tiphaine Daubert-Macia s’est appuyée sur plusieurs études provenant de pays différents (Norvège, Suède, Danemark, Écosse, États-Unis).
C’est également une étude danoise datant de 2012 qui lui permet de démontrer que l’industrie cosmétique est loin d’être le plus gros émetteur de microbilles. Au contraire, elle se place en dernière position avec une émission de quatre tonnes de déchets dans l’océan par an, loin derrière la branche automobile (2 250 tonnes).
“La contribution des produits cosmétiques dans la pollution globale des microplastiques est l’ordre de 0,1 à 1,5 %. Elle n’est pas nulle mais elle est extrêmement faible”, a-t-elle souligné.

Microbilles et ONG

Pour Tiphaine Daubert-Macia, la véracité de l’impact des microbilles sur l’environnement reste un sujet à creuser, mais les ONG se sont emparées du sujet “dans une démarche plus générale d’alerte sur la problématique de la pollution des plastiques”, a-t-elle précisé.
Et d’expliquer que les différentes campagnes menées par Greenpeace et autres ONG ont amené la presse à s’interroger sur le rôle joué par l’industrie cosmétique sur cette question environnementale, très interpellante pour le consommateur. Au fil du temps, les publications dans la presse se sont multipliées et ont placé les professionnels de la beauté en ligne de mire.

Qu’est-ce qu’une microbille ?

Pas toujours évident de définir précisément ce dont on parle, même pour les professionnels du secteur cosmétique. Une définition a été rédigée, en collaboration avec les différents acteurs du milieu à l’échelle internationale.
On entend par microbille une particule de plastique solide ajoutée intentionnellement, inférieure à 5 mm de diamètre, insoluble dans l’eau, utilisée pour exfolier ou laver et que l’on retrouve dans les produits rincés à l’eau.

D’autres définitions clés ont été établies, au fil des recherches ou des règlementations :
• Microplastique : particule de plastique solide inférieure à 5 mm, insoluble dans l’eau et qui peut se retrouver dans les déchets marins ;
• Plastique : polymère de synthèse insoluble dans l’eau, moulé, extrudé de manière répétée ou manipulé physiquement dans différentes formes solides et qui retient sa forme initiale durant les phases d’utilisation et d’élimination ;
• Matériau solide : matériau ayant une forme et un volume définitif qui ne peut être altéré dans des conditions de température ambiante et pression standards (25°c/1 atm) et qui n’est ni liquide, ni gazeux).

Les réponses de l’industrie de la beauté

Une recommandation a été publiée en octobre 2015 par Cosmetics Europe invitant les fabricants de produits cosmétiques à cesser d’utiliser d’ici 2020 les microbilles de plastique non biodégradable dans l’environnement, présentes dans les produits rincés à l’eau.
En 2016, l’association des industries cosmétiques européennes a enquêté sur l’usage de ce composant par l’industrie. Les résultats ont révélé une attitude responsable de la part du secteur. Depuis 2012, 3 600 tonnes de microbilles ont été substituées dans les produits de beauté, soit une réduction de 82 %.

En France, la FEBEA a également appelé ses adhérents à anticiper l’interdiction et à commencer à trouver au plus tôt des alternatives à cet ingrédient décrié dans leurs formules.
“Face à toute cette pression, le secteur cosmétique ne pouvait pas rester sans réaction. Les plastiques dans l’environnement aquatique restent un sujet sensible. Les professionnels doivent avoir un comportement responsable”, a commenté Tiphaine Daubert-Macia.

Un arbre d’évaluation de la contribution potentielle à la pollution marine a également été établi. L’intervenante a indiqué que cela “va permettre d’identifier quels sont les polymères de synthèse ou plastiques polymères qui vont potentiellement pouvoir se retrouver dans l’environnement et sur lesquels il va falloir se poser des questions de substitution”.

La pression règlementaire internationale

Le cri d’alerte des ONG et le focus des médias ont inexorablement conduit à une politique règlementaire restrictive de la part des autorités compétentes.
Les États-Unis et certains États européens ont été les premiers acteurs mondiaux à avoir statué sur l’utilisation des microbilles dans les cosmétiques. Dès 2014, un ensemble de projets étatiques visant à les interdire ont commencé à voir le jour.
En parallèle, les Nations-Unies se sont saisies du sujet. Elles ont d’abord publié une série de recommandations et ont fini par rédiger un texte qui vise à encourager une cessation de la pollution marine induite par les particules de plastique d’ici 2022.

En Europe, “tout un ensemble de pays ont commencé à réglementer sur le sujet”, a alerté Tiphaine Daubert-Macia.
Et de rappeler la chronologie des réglementations nationales mises en place.

Tout débute en 2015 avec la publication de la loi fédérale américaine interdisant l’utilisation des microplastiques dans les cosmétiques non rincés non-rincés sur le sol américain, Elle est entré en vigueur en juillet 2018, tous les produits concernés devront être retirés du marché.
La Corée du Sud a statué sur la question en 2016 et a publié son texte en juillet 2017. Tout comme les États-Unis, la loi est effective depuis juillet 2018.
La France et le Canada, quant à eux, interdisent les microbilles depuis de janvier 2018.
Juillet 2018 a également vu le début des engagements volontaires de l’Australie et de la Belgique et la zone ASEAN a suivi le mouvement.

Mais si tous ces pays s’accordent sur le principe de l’interdiction des microbilles, le champ d’application des mesures prises est à géométrie variable.
La règlementation française inclut les particules plastiques solides inférieures à 5 mm composées de tout ou en partie de matière plastique, obtenues par un procédé de façonnage à chaud, que l’on retrouve dans les produits rincés d’exfoliation ou nettoyage. Elle exclut les particules d’origine naturelle qui se dégradent dans l’environnement.
La Belgique, le Canada, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est et les USA ont interdit les particules plastiques solides, inférieures à 5 mm de diamètre, utilisées pour exfolier/laver dans les produits rincés.
Taiwan inclut en plus les matériaux microplastiques biodégradables.
Enfin, les interdictions de la Corée, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie sont les “plus larges”, selon Tiphaine Daubert-Macia. Elles incluent les particules solides (lorsqu’elles entrent dans l’environnement) inférieures à 5 mm présentes dans les cosmétiques rincés. Ni la notion de biodégradabilité, ni la fonction du plastique ne sont mentionnées. Cela veut dire que dès qu’un composant cosmétique est un microplastique, il est interdit.
Et la directrice des affaires règlementaires de Chanel a également cité le Royaume-Uni, la Suède, l’Italie, l’Irlande ou encore les Pays Baltes.

Vers une interdiction par l’Union européenne ?

En Europe, de nombreux pays ont commencé à réglementer au niveau national. Mais le champ d’action est un peu différent d’un État à un autre, “ce qui est difficile à gérer”, a souligné l’intervenante. “lI est important qu’on ait un texte européen qui harmonise le sujet. La pression exercée par les ONG et les médias est telle qu’il sera impossible pour la Commission européenne de ne pas réglementer. Reste à savoir quel sera le cadre règlementaire de cette interdiction et quand elle entrera en vigueur”.

La prohibition de l’utilisation des microbilles dans les produits rincés, à l’échelle européenne, pourrait voir le jour via REACH.
“Cette voie a été privilégiée, on peut d’ailleurs s’en étonner puisque l’on sait que les polymères sont exemptés de la déclaration REACH. Mais la restriction de l’utilisation de certains microplastiques solides dans les cosmétiques reste possible… sachant que dans le cadre de REACH, il faut d’abord en démontrer le danger”, a conclu Tiphaine Daubert-Macia.

JS
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