jeudi 19 décembre 2013L'actualité des ingrédients

Methylisothiazolinone : bientôt interdite dans les cosmétiques sans rinçage

© L'Observatoire des Cosmétiques

L'étau se resserrait de plus en plus autour de ce conservateur, responsable d'un nombre croissant de réactions allergiques. Le Comité d'experts scientifique européen (CSSC) avait été saisi du dossier pour trancher sur son avenir. Le couperet vient de tomber : la Methylisothiazolinone a été jugée "not safe". Au terme de son parcours institutionnel, elle devrait être interdite par la Commission européenne dans les produits cosmétiques sans rinçage.

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L'Opinion du CSSC a été adoptée le 12 décembre en séance plénière.
Avec d'abord un rappel du contexte et de l'histoire réglementaire de ce conservateur.

Background

Le Comité scientifique pour les produits cosmétiques et les produits non-alimentaires (SCCNFP) a adopté une première Opinion en mars 2003 sur la Methylisothiazolinone.
Il a adopté une deuxième Opinion en avril 2004 avec la conclusion suivante :
"Le SCCNFP estime que l'utilisation proposée de la Methylisothiazolinone en tant que conservateur à une concentration maximale de 0,01 % (100 ppm) dans le produit cosmétique fini ne représente pas de risque pour la santé du consommateur".

La Methylisothiazolinone (MIT) a été listée dans l'Annexe V (entrée 57) du Règlement Cosmétiques 1223/2009 pour une utilisation en tant que conservateur à une concentration maximale de 0,01 % (100 ppm) dans les produits cosmétiques. Le mélange de Methylchloroisothiazolinone (MCIT) et de Methylisothiazolinone (MIT) est également actuellement autorisé en tant que conservateur dans tous les produits cosmétiques à une concentration maximale de 0,0015 % (15 ppm) dans un ratio de 3:1 des deux substances.

Plusieurs États membres ont exprimé des préoccupations concernant l'utilisation de la Methylisothiazolinone (MIT), des données montrant qu'elle est un sensibilisant pour l'animal et un allergène de contact pour l'homme. La Commission a reçu des informations sur ce problème du potentiel sensibilisant de la MIT depuis 2011.

Selon ces informations, le mélange MCIT/MIT comme la MIT seule sont utilisés dans les cosmétiques de même que dans des produits ménagers et industriels. Selon plusieurs États membres et la littérature, la sensibilisation à la MIT devient un problème de plus en plus important partout en Europe, particulièrement pour la sensibilisation des jeunes enfants après l'utilisation de lingettes ou de cosmétiques et, à la lumière de ces informations, la Commission a voulu demander la réévaluation de la sécurité de la MIT quand elle est utilisée en tant que conservateur dans les produits cosmétiques à une concentration maximale de 100 ppm.

Saisi du dossier, le CSSC devait répondre aux questions suivantes :

 1. Sur la base des nouvelles données cliniques et épidémiologiques concernant l'allergie de contact, le CSSC considère-t-il la Methylisothiazolinone (MIT) sûre pour les consommateurs, quand elle est utilisée en tant que conservateur dans les produits cosmétiques jusqu'à une concentration limite de 100 ppm ? Si non, quelles concentrations limites dans les produits sans rinçage et dans les produits à rincer le CSSC considère-t-il comme sûres sur la base des informations fournies ?

 2. Le CSSC a-t-il d’autres inquiétudes scientifiques concernant l’utilisation de la Methylisothiazolinone (MIT) dans les produits cosmétiques ?

L'Opinion du CSSC

Après 24 pages d'argumentation, les experts concluent leur évaluation. Voici leur Opinion.

Réponse à la première question :
"Les données cliniques actuelles indiquent que 100 ppm de MIT dans les produits cosmétiques ne sont pas sûrs pour le consommateur.

Pour les produits cosmétiques sans rinçage (y compris les lingettes), aucune concentration sûre de MIT n'a été démontrée de façon adéquate, en ce qui concerne l'induction de l'allergie de contact ou l'élicitation.

Pour les produits cosmétiques à rincer, une concentration de MIT de 15 ppm (0,0015 %) est considérée comme sûre pour le consommateur au regard de l'induction de l'allergie de contact. Cependant, aucune information n'est disponible pour l'élicitation".

Réponse à la seconde question:
"La MIT ne doit pas être utilisée en supplément dans un produit cosmétique qui contient déjà le mélange MCIT/MIT.

Un examen plus fréquent (que celui évoqué par le CSSC en 2012) des données pour surveiller les fréquences de sensibilisation de la MIT et des autres conservateurs isothiazolinone est recommandé. Cela permettra d'observer les évolutions de la sensibilisation des consommateurs et de prendre les mesures nécessaires au moment opportun.

Des informations sur l'actuelle concentration de la MIT dans les produits cosmétiques permettront une future évaluation de concentrations sûres.

L'étiquetage est utile uniquement pour les consommateurs qui ont connaissance, grâce à un diagnostic réalisé par un patch-test, de leur allergie. On ne connaît pas la proportion de la population qui est aujourd'hui sensibilisée à la MIT, et n'a pas été diagnostiquée comme telle.

La MIT étant largement utilisée dans d'autres produits de consommation (détergents, peintures, etc.), les expositions à ces sources doivent également être évaluées.

Les consommateurs n'ont pas la possibilité de vérifier la présence de MIT dans leurs produits (à l'exception des cosmétiques) car, à l'heure actuelle, il n'existe pas de classification harmonisée de la MIT en tant que sensibilisant cutané. Le risque de sensibilisation à la MIT est au moins équivalent à celui des autres substances qui ont fait l'objet d'une classification harmonisée dans le règlement CLP (relatif à la classification, à l'étiquetage et à l'emballage des substances et des mélanges)".

Voilà qui ressemble à un bel arrêt de mort pour la Methylisothiazolinone, qui a connu un très fort regain d'intérêt de l'industrie cosmétique, en recherche d'une solution de remplacement des parabènes refusés par les consommateurs.
Cette même industrie qui, ayant senti le vent tourner, a récemment, par la voie de son association professionnelle européenne Cosmetics Europe, conseillé à tous ses membres de ne plus utiliser ce conservateur, et de prendre les devants sans attendre que la règlementation ne les y oblige.
Règlementation qui ne devrait maintenant plus tarder.

Cette Opinion du CSSC est ouverte à la consultation et aux commentaires jusqu'au 17 février 2014.

Pour aller plus loin
• Voir l' Opinion du CSSC sur la Methylisothiazolinone

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