mercredi 12 octobre 2016L'ingrédient du mois

A comme… Retinol

© CosmeticOBS-L'Observatoire des Cosmétiques

C'est un actif anti-âge parmi les plus utilisés et depuis le plus longtemps. Mais si l'efficacité du rétinol (ou vitamine A) n'a jamais été remise en cause, sa sécurité d'emploi et sa tolérance sont bien plus sujettes à caution. Les marques cosmétiques ont pris cet aspect en compte… tout comme la réglementation.

Temps de lecture
~ 5 minutes

La vitamine A est une vitamine liposoluble (soluble dans les corps gras). Sa forme active, également appelée rétinol et directement utilisable par l'organisme, se trouve à l'état naturel dans le règne animal, et notamment dans les huiles de poisson et le foie. Le règne végétal ne fournit que des précurseurs de la vitamine A (bêta-carotène ou provitamine A).

Une efficacité prouvée

Dans un article paru dans les Annales de Dermatologie et de Vénéréologie en 2009, le Dr Anny Cohen-Letessier décrit ainsi l'activité de cette molécule : " Le rétinol réduit la cohésion du stratum corneum, augmente la prolifération épidermique, normalise la kératinisation des unités pilosébacées, réduit le nombre des mélanosomes, stimule la production de collagène, de l’élastine et de la fibronectine, augmente le taux des glycosaminoglycans (GAGs) et le nombre de cellules de Langerhans, diminue l’activité de la collagénase et de la gélatinase (MMPs) ".

Scientifiquement établie, l'action du rétinol intervient à la fois en surface de la peau et dans son derme, pour combattre (entre autres) différents signes du vieillissement cutané.
Au niveau de l'épiderme, il a d'abord un effet exfoliant, élimine les cellules mortes et stimule le renouvellement cellulaire, pour affiner le grain de la peau et réveiller l'éclat du teint. Du fait de son potentiel antioxydant, il lutte aussi contre les radicaux libres (particulièrement ceux induits par les expositions aux rayons UV du soleil) facteurs de vieillissement. Il agit également sur la régulation des mélanocytes, les cellules qui pigmentent la peau à l'origine des taches brunes, et est anti-inflammatoire.
Plus en profondeur, il stimule la production de collagène et d'élastine, les éléments "structurants" de la peau, favorisant sa souplesse, sa fermeté et son élasticité, tout en boostant sa teneur en acide hyaluronique.
En résumé, le rétinol est un anti-âge multifonctionnel et un très bon antirides… ce qui explique facilement l'intérêt que les marques cosmétiques lui ont toujours porté.

Une longue histoire

Il faut remonter à 3 500 avant Jésus-Christ pour retrouver une trace de l'utilisation de formes du rétinol : on dit que les Égyptiens appliquaient des compresses de foie de bœuf sur les yeux des aveugles pour soigner la cécité… Les traités de médecine des Assyriens (700 avant J.C.), tout comme Hippocrate, notaient aussi ses propriétés.

"Découverte" en 1913 par des chercheurs américains, la molécule a été isolée en 1931 pour la première fois à partir d'huile de foie de maquereau par un chimiste suisse, Paul Karrer, qui a ainsi pu établir sa structure moléculaire.

Dès les années 60, le rétinol est très utilisé dans le traitement de l'acné. Son effet exfoliant, qui affine la couche cornée, favorise la désobstruction des pores, régule le processus de kératinisation et réduit l'apparence des cicatrices.

Mais c'est son action contre les détériorations du derme dus à l'âge et ses effets sur la texture de la peau qui amènent très vite le Retinol dans les formulations cosmétiques, notamment avec les marques Lancaster et RoC.
Dans les années 90, le rétinol est l'actif star de la cosmétique anti-âge. Et il est encore très présent aujourd'hui, aux côtés des acides de fruits, de l'acide hyaluronique, des antioxydants et des peptides…

Une mauvaise tolérance

Mais le rétinol ne fait pas que rajeunir et réjouir la peau : il a aussi une face plus… irritante, à tous les sens du terme.
Car s'il est assez bien toléré par un épiderme épais et gras, il l'est beaucoup moins par une peau plus fine et sèche, comme le sont la plupart des peaux matures. Les soins anti-âge à base de rétinol conseillent ainsi souvent de commencer par des applications espacées de deux ou trois jours avant de pouvoir envisager une utilisation quotidienne, et même ainsi, le traitement est généralement intolérable pour les peaux sensibles.

Les marques cosmétiques proposent aujourd'hui des solutions pour bénéficier des propriétés du Retinol en minimisant ses effets irritants. Avec d'autres formes de la vitamine A, comme le Retinaldehyde mieux toléré, en encapsulant la molécule pour qu'elle soit diffusée plus progressivement dans la peau, en associant le rétinol à d'autres actifs anti-âge, etc.
Autant d'options qui améliorent la tolérance de cet ingrédient, sans toutefois que tous les sujets d'inquiétude soient levés à son sujet.

Car en règle générale, et pour qu'il soit efficace, le rétinol est utilisé à hauteur de 0,3 % dans les crèmes pour le visage et les mains. Or, en 2013, l'autorité de sécurité sanitaire norvégienne, le VKM, publiait les résultats d'une étude indiquant que des effets cutanés indésirables pouvaient apparaître localement après l'application de Retinol à des concentrations de 0,075 %…

La bonne dose

Au-delà des problèmes de tolérance, la vitamine A a cela de particulier qu'elle peut provoquer des effets indésirables sur la santé humaine dans deux cas de figure : quand l'organisme en manque, ou quand il est en état de surdosage.
Dans ce cas, elle peut avoir des effets qui diffèrent en fonction de l'âge ou de la période de la vie : gonflement de la fontanelle chez les bébés, diminution de la densité osseuse et augmentation du risque de fractures chez les femmes adultes et âgées, effets tératogènes chez les femmes en âge de procréer, altérations du foie et du métabolisme des lipides chez les adultes…

Les sources les plus importantes de vitamine A sont l'alimentation, les compléments alimentaires et les produits cosmétiques. Et à l'heure actuelle, la règlementation cosmétique n'impose aucune limitation de concentration à l'utilisation du rétinol, qu'il soit présent dans les produits à rincer ou sans rinçage.
En 2012, l'Allemagne a demandé à l'Europe une évaluation de la sécurité de cet ingrédient en cosmétique, indiquant qu'au vu " du nombre croissant de produits contenant de la vitamine A, des concentrations plus élevées et/ou de la meilleure pénétration (par exemple résultant de leur encapsulation dans des liposomes), ainsi que du fait que le niveau maximum tolérable était déjà dépassé par une partie de la population, l'utilisation du rétinol et de ses esters dans les cosmétiques devrait être restreinte ".

C'est en se basant sur les niveaux maximaux tolérables d'ingestion que le CSSC (Comité Scientifique européen pour la Sécurité du Consommateur) a rendu son Opinion en mai 2016 .
Et l'avis des experts est assez partagé. Car s'ils indiquent que des concentrations de 0,3 % dans les crèmes pour les mains et pour le visage ainsi que dans les produits à rincer sont " en soi ", sûres, ils notent aussi que " aux concentrations maximales notifiées, l'utilisation des crèmes pour les mains et le visage, des produits à rincer, des laits pour le corps et des produits cosmétiques pour les lèvres peut conduire au dépassement de la valeur du niveau maximum tolérable ".

Reste maintenant à attendre comment la Commission européenne interprètera cette Opinion et décidera, ou non, de réglementer la vitamine A et ses dérivés dans les produits cosmétiques.

© CosmeticOBS-L'Observatoire des Cosmétiques
© 2016- 2020  CosmeticOBS

L'ingrédient du moisAutres articles

89résultats