dimanche 20 août 2017L'ingrédient du mois

HICC : parfum trop allergène, fragrance de trop !

© L'Observatoire des Cosmétiques

On le connaît sous divers noms commerciaux dont le Lyral®, mais sur les étiquettes cosmétiques, son appellation officielle est Hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde. Jugé trop allergisant par les experts scientifiques, il est en passe d'être interdit d'utilisation dans les produits cosmétiques en Europe… mais on le voit encore fréquemment dans les formules, et on risque de le voir encore pendant plusieurs années !

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L’Hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde (HICC) est une substance synthétique composée de deux molécules chimiques, les 4-(4-Hydroxy-4-methylpentyl)cyclohex-3-enecarbaldehyde et 3-(4-Hydroxy-4-Methylpentyl)cyclohex-3-enecarbaldehyde, ces deux isomères étant respectivement présents dans la fragrance finale à hauteur de 50 à 70 % pour le premier, 30 à 50 % pour le second.
Son nom commercial le plus connu est le Lyral®, mais il en a quelques autres : Kovanol®, Landolal®, Mugonal®, Cyclohexal®, HydroxyEmpetal®, Leerall®, Lydoucal®…

Il se présente sous la forme d'un liquide visqueux incolore à la senteur florale douce et délicate rappelant le muguet.
Et c'est bien pour cette propriété qu'il a été largement utilisé par la parfumerie fine (les plus grands parfums en contiennent), mais aussi dans toutes les catégories de produits cosmétiques (déodorants, produits d'hygiène et de soins de la peau, produits de rasage et d’après-rasage…) ou encore dans les produits ménagers (détergents, produits d’entretien, etc.).
On peut ainsi en trouver dans à peu près tous les cosmétiques parfumés, à l'exception de ceux qui portent un label biologique ou le label écologique européen, leurs référentiels en interdisant l'utilisation du fait de l'origine synthétique de la substance.

Un caractère allergisant connu… mais ignoré

Comme beaucoup d'ingrédients de parfumerie, l'HICC est doté d'un potentiel allergisant, bien connu de la communauté scientifique.
Par le biais du 7e amendement modifiant la Directive Cosmétiques 76/768, il figure depuis 2003 sur la liste des 26 substances parfumantes dont l'étiquetage est obligatoire dans la liste des ingrédients du fait de leur caractère allergène. Une mesure destinée à mieux informer les consommateurs, de façon à ce que les personnes sensibilisées puissent éviter d'entrer en contact avec celles qui provoquent chez eux des réactions indésirables. Cette disposition est entrée en application le 11 mars 2005.

L'alerte de 2003

Mais la sonnette d'alarme retentit plus fortement dès 2003, quand l'Université Louis Pasteur de Strasbourg envoie une lettre à la Commission européenne pour l'informer que l'exposition des consommateurs à cette substance via les produits cosmétiques dépasse le seuil d'élicitation (la phase de déclenchement de l'allergie) pour les personnes sensibilisées et qu'elle est fortement susceptible d'induire à un niveau significatif la sensibilisation de la population (première phase de l'allergie, au cours de laquelle le système immunitaire identifie une substance comme un allergène).

À l'époque, les experts scientifiques européens du SCCNFP (devenu depuis le CSSC, Comité Scientifique pour la Sécurité du Consommateur) soulignent que " les données disponibles démontrent que le HICC est un allergène de contact fort ". Et de citer des études montrant que 1,9 à 2,7 % des patients atteints d'eczéma réagissent à la substance.

Les experts ajoutent que, malgré l'étiquetage obligatoire (non encore effectif au moment où ils rendent leur avis), " seul un nombre, inconnu, d'individus qui ont subi des tests cliniques seront à même d'éviter les produits cosmétiques potentiellement dangereux pour eux ".
Et ils émettent deux recommandations :
• limiter les concentrations autorisées d'HICC dans les cosmétiques à 0,02 %, seuil auquel, selon les données disponibles à l'époque, la substance était estimée avoir un faible potentiel d'induction de la sensibilisation et d'élicitation de réactions d'allergies de contact chez les personnes déjà sensibilisées,
• donner à la substance une appellation INCI plus facile à reconnaître que Hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde, pour aider les consommateurs à mieux l'identifier.
Deux recommandations qui n'ont pas été suivies d'effet.

La confirmation de 2004

La réglementation du HICC est donc alors restée la même : substance autorisée dans tous les types de cosmétiques, sans limitation de concentration dans les produits finis.
Et ce alors que le même comité d'experts rendait un autre avis à peine un an plus tard, en décembre 2004, dans lequel il était clairement réaffirmé que " les données épidémiologiques démontrent que l'allergie de contact à l'Hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde est un problème en Europe " et que " les données expérimentales ne permettent pas de démontrer un niveau d'utilisation sûr de l'HICC dans les cosmétiques ".
Mais là encore, la Commission européenne a laissé la situation en l'état.

Vers l'interdiction

Les études pourtant ne manquent pas pour confirmer le caractère fortement allergène de l'HICC.

Déjà en 2003, une équipe de chercheurs danois publiait, dans le Journal scientifique Contact Dermatitis , les résultats de leurs travaux , montrant que, sur 18 personnes atteintes d'eczéma et précédemment dépistées pour être sensibilisées à l'HICC, 11 réagissaient à une concentration faible pour 5 à une forte concentration. Et de conclure, déjà, qu'" une réduction significative des concentrations utilisées est recommandée afin de prévenir les réactions allergiques de contact ".

Et la substance est régulièrement citée comme problématique, par exemple dans cette fiche d'allergologie-dermatologie de l'INRS en 2006 , ou dans les rapports de cosmétovigilance comme celui de la France en 2010 ou celui des Pays-Bas de 2011-2012 .

Restrictions volontaires… sans efficacité

L'étau se resserrant, l'IFRA (International Fragrance Association - Association internationale des matières premières pour la parfumerie), dont les standards font office de ligne de conduite pour l'industrie, a institué des limites de concentration : 0,02 % dans les produits pour les lèvres, les déodorants et les antitranspirants, 0,2 % dans tous les autres produits, 0 % dans les produits d'hygiène buccale.

Et ce sont ces seuils qui ont fait l'objet d' une nouvelle évaluation de la sécurité au niveau européen , par le CSSC, mais pas avant 2011.
La conclusion, à nouveau, est sans appel :
" Depuis plus de 10 ans, le HICC est reconnu comme un allergène de contact fort pour les Hommes avec plus de cas d'allergies de contact documentés dans la littérature scientifiques que pour toute autre fragrance durant la même période. Il a été montré que le HICC était une cause significative de maladies, nombre de personnes allergiques au HICC ayant développé des réactions aux cosmétiques qui en contenaient.
Depuis 2003, des tentatives pour contenir l'épidémie d'allergie au HICC ont été entreprises par l'industrie de la parfumerie, mais sans résultats convaincants jusqu'à présent. Des restrictions volontaires récentes (recommandations d'utilisation de plus faibles concentrations, au moins pour certains types de produits, au niveau recommandé par le CSSC en 2003) n'ont pas été traduites dans les données actuellement disponibles et sont considérées comme insuffisantes.
Le CSSC considère que le nombre de cas d'allergies au HICC documentés ces dix dernières années est exceptionnellement élevé et que continuer à y exposer les consommateurs n'est pas sûr, même à des concentrations aussi faibles que 200 ppm. En conséquence, le HICC ne doit pas être utilisé dans les produits de consommation, de façon à prévenir d'autres cas d'allergies de contact au HICC et à limiter les conséquences pour les personnes qui ont déjà été sensibilisées
".

Nouvelle demande d'interdiction

Pour qui comprend bien le langage des experts, affirmer que " le HICC ne doit pas être utilisé dans les produits de consommation " revient à demander à la Commission européenne de légiférer et de l'interdire.
Ce que le CSSC a fait encore plus explicitement dans une autre Opinion, rendu le même jour que le précédent avis, sur les allergènes de parfumerie en général , où il réclame à nouveau l'interdiction du HICC, en même temps que celle de deux composants issus de mousses d'arbres, les Evernia prunastri et Evernia furfuracea.

Cette fois, malgré le tollé de l'industrie et les sirènes hurlantes annonçant la disparition de parfums mythiques, la Commission européenne engage le processus réglementaire et prépare un texte qu'elle soumet à consultation publique en février 2014.
La période ouverte aux commentaires s'est achevée le 14 mai 2014, et on annonçait la publication d'un Règlement pour la fin 2014 ou le tout début 2015. C'est finalement le 5 janvier 2017 que l'Union européenne a transmis à l'OMC un projet de règlement destiné à interdire l'utilisation de cette substance dans les produits cosmétiques. Et ce règlement a enfin été publié le 2 août 2017 , sous le numéro 2017/1410.

L'interdiction sans précipitation

Mais il faut noter que, même une fois paru, ce règlement ne signifie pas la disparition immédiate de l'HICC dans les cosmétiques.

Car, selon le texte de la Commission, une période transitoire de 2 ans est proposée après l'entrée en vigueur de la mesure pour la commercialisation sur le marché de l’Union de produits contenant cette substance, et de 4 ans pour leur retrait.
Ce qui signifie que l'industrie cosmétique peut encore, jusqu'au 23 août 2019, lancer de nouveaux produits contenant du HICC, et qu'elle a 4 ans, jusqu'au 23 août 2021, pour cesser de commercialiser ceux qui sont déjà sur le marché.

On peut espérer que, l'industrie étant bien prévenue, elle prenne les devants et substitue les solutions alternatives sur lesquelles les plus grands laboratoires travaillent déjà à l'HICC.
Mais en attendant que le mouvement se généralise et que l'interdiction soit vraiment effective, la prudence exige de chaque consommateur qu'il vérifie (encore et toujours) les listes des ingrédients des produits qu'il s'apprête à acheter, et qu'il laisse dans les linéaires ceux où il voit présent l’Hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde.

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