lundi 11 janvier 2016L'ingrédient du mois

L'algue qui imite la restriction calorique : nouvelle stratégie cosmétique anti-âge

© Mibelle Biochemistry/L'Observatoire des Cosmétiques

Les micro-organismes et autres bactéries, ceux qui sont présents dans l'environnement comme ceux qui colonisent nos corps humains, passionnent actuellement le monde cosmétique. Quels nouveaux actifs peuvent-ils produire ? Quelles interactions peut-on générer avec eux pour concevoir de nouveaux traitements de la peau ? C'était tout l'objet des conférences scientifiques des Journées Jean-Paul Marty, qui se sont tenues les 8 et 9 décembre 2015 à Paris. Une occasion pour la société Mibelle Biochemistry de présenter un nouvel actif cosmétique anti-âge complètement innovant, tirée d'une micro-algue des neiges.

Temps de lecture
~ 6 minutes

On connaît les avantages d'une restriction calorique sur la longévité. Plusieurs études, menées sur plusieurs espèces (rats et souris, singes, chiens, et même vers ou levures) ont montré que ce régime diététique, qui implique la réduction des calories ingérées de 25 % à 65 % tout en maintenant des niveaux optimaux de protéines, vitamines et minéraux, protégeait contre les stress et diminuait les processus biologiques du vieillissement. Avec pour conséquence une amélioration de la santé et une durée de vie prolongée.

Régime et sport : clés de la longévité

Au niveau cellulaire, la restriction calorique a pour effet de promouvoir la désintoxication et la réparation de l'ADN.
Sous l'effet d'une baisse en nutriments, on assiste à une baisse des niveaux de glucose et d'insuline, et, par voie de conséquence, à une diminution de l'activité de leurs récepteurs. Ce qui booste les facteurs de transcription FOXO, situés en aval de la signalisation de l'insuline et qui contrôlent la réponse aux différents types de stress, régulent les cycles cellulaires et favorisent la survie des cellules par une réparation des dommages causés à l'ADN et la lutte contre les radicaux libres : en quelque sorte, des régulateurs de longévité…
Des facteurs FOXO également stimulés par l'enzyme AMPK, dont la production est favorisée par l'exercice physique, mais qui décline avec l'âge et l'excès de calories.

Pour résumer très simplement tous ces processus : mangeons peu et bougeons beaucoup, et nos cellules vivront mieux et plus longtemps ! Ce n'est pas un scoop, mais… même si on est plein de bonnes résolutions, cela reste plus facile à dire qu'à faire !

Mais comment cela peut-il concerner la cosmétique ? Imaginerait-on un actif capable d'agir sur les cellules comme le fait le duo restriction calorique + sport, mais sans aucun autre effort à faire que d'appliquer régulièrement un produit cosmétique ?
L'histoire commence au cœur des neiges éternelles…

Coenochloris Signiensis : l'algue des neiges

Les algues des neiges sont des micro-organismes qui ne comptent qu'une seule cellule, et qui ont la capacité unique de vivre activement à des températures avoisinant les 0°C. Dans ces conditions climatiques, la plupart des autres plantes, soit réduisent leurs activités métaboliques, soit sont tout simplement incapables de survivre.
Les algues des neiges, elles, prolifèrent dans des climats alpins ou polaires, sur les glaciers ou les neiges éternelles. Et ces organismes extrêmophiles (qui vivent dans des conditions qui s'avèrent mortelles pour d'autres) ont la particularité de prospérer dans les glaces, qui contiennent pourtant de très faibles ressources en nutriments.

Elles ont aussi la particularité de s'adapter à leur environnement en modifiant leur pigmentation.
• Au début de l'hiver, elles entrent en phase dormante, se reposant sous la forme de spores rouges sur la neige. En fait, elles deviennent rouges car elles produisent beaucoup plus de caroténoïdes pour se protéger des rayons UV.
• Au printemps, la fonte des glaces, tout comme l'accroissement de la lumière et du niveau de nutriments stimule la germination : les cellules des algues des neiges se "chargent" en pigments contenant de la chlorophylle et deviennent vertes. C'est que la chlorophylle absorbe l'énergie du soleil pour produire des carbohydrates, véritable carburant qui nourrit les activités des algues. C'est le processus de photosynthèse. Et ces algues devenues vertes sont dotées d'une paire de flagelles qui leur permet de se déplacer au fil des sillons formés par la fonte des neiges. Elles peuvent ainsi voyager à la surface des glaciers où elles prospèrent.
• À la fin de l'été, cette étape de croissance et de reproduction alterne de nouveau avec une phase dormante. Les algues vertes redeviennent rouges pour survivre jusqu'au printemps suivant.

Les changements de concentration pigmentaire sont une des stratégies développées par les algues des neiges qui leur permettent de s'adapter à leur habitat extrême. Mais elles en ont d'autres, comme la production d'autres métabolites secondaires comme des biopolymères, des glycoprotéines "anti-gel" (AFGPs) ou des aminoacides osmotiques et des sucres…

De la production à l'objectivation

Toutes ces propriétés, comme les substances produites par ces algues des neiges, ont intéressé la société Mibelle Biochesmitry , spécialisée dans la mise au point d'actifs cosmétiques innovants.

Dans un premier temps, le challenge a consisté à reproduire en laboratoire les conditions de vie extrêmes des algues des neiges, pour en permettre la culture. Cette étape accomplie avec succès, il fallait encore en réussir la récolte, ce qui a été fait en ouvrant les parois cellulaires des algues pour encapsuler leurs contenus dans des liposomes et les disperser dans une poudre à base de maltodextrine, mélange de malte et d'un glucide, la dextrine.

Un processus qui offre de nombreux atouts, parmi lesquels la préservation des espèces d'algues des neiges (par un procédé de production durable basé sur la biotechnologie), la disponibilité de l'ingrédient quelle que soit la saison et la demande du marché, un matériau ne contenant aucun polluant environnemental ni pesticide, et des concentrations constantes en métabolites dans l'extrait obtenu au travers d'un process de production défini et contrôlé.

Un nouvel ingrédient cosmétique est né, et porte le nom de "Coenochloris Signiensis Extract, Maltodextrin, Lecithin, Aqua/Water". Le laboratoire ajoute qu'il est "sans conservateur".
Vert et durable : que demander de plus ? La preuve de son efficacité, bien sûr…

Et c'est le but des études menées par Mibelle.
• Stimulation du gène KLOTHO : indépendamment des niveaux de nutriments et d'insuline, ce gène joue un rôle dans le processus de vieillissement en ralentissant les récepteurs de l'insuline. Le stimuler induit donc une réponse métabolique similaire à celle de la restriction calorique. L'action de l'algue des neiges a été objectivée sur ce point avec un dosage à 0,1 %.
• Activation de l'AMPK : l'algue des neiges stimule l'activation de cette enzyme, de façon plus ou moins importante en fonction de son dosage, y compris en cas d'excès calorique. Elle protège ainsi les cellules et leur système de défense et permet de limiter le déclin naturel de l'AMPK lié à l'âge.
• Stimulation des collagènes : à 0,1 %, l'algue des neiges limite la baisse du collagène I due à la sénescence et stimule fortement le collagène III, le plus abondant dans la peau.
Et ce ne sont là que quelques résultats : les algues des neiges ont aussi prouvé leur activité sur la jonction dermo-épidermique (gage d'une bonne fonction barrière de la peau), et ont également montré des effets hydratant, lissant, éclaircissant des taches brunes…

On en veut, on en redemande ? Ce nouvel actif n'est pas encore très répandu dans les produits disponibles sur le marché. On le trouve bien dans la gamme Ice Crystal de la marque La Prairie… mais il faut avoir les moyens. Il a aussi été intégré dans des formules des marques Dr Grandel en Allemagne, Rodial et Skin Chemists au Royaume-Uni ainsi qu’Elisabeth Grant au Canada. Mais il n'a été lancé qu'en 2014, et il y a fort à parier qu'on le retrouve assez vite dans des gammes plus étendues de produits !
Et on rêve déjà de son objectivation et sa mise en oeuvre dans les produits amincissants… ce qui n'a pas encore été étudié par Mibelle Biochemistry.

© L'Observatoire des Cosmétiques
© 2016- 2020  CosmeticOBS

L'ingrédient du moisAutres articles

89résultats