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4 avril 2016L'ingrédient du mois

Les allergènes cosmétiques Ajouter à mon portfolio
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Ils font partie des ingrédients cosmétiques les plus souvent dénoncés par la presse ou les organisations de consommateurs pour leur potentiel nocif pour la santé. Ils sont omniprésents dans les produits de toutes catégories, et particulièrement dès que ceux-ci contiennent un parfum. 26 d’entre eux sont soumis à une obligation de déclaration dans les listes d’ingrédients. Mais sont-ils tous à éviter absolument ?

Temps de lecture : ~ 16 minutes

Une allergie n’est pas un mal anodin. Quand on en est atteint, elle peut se traduire par des signes pathologiques très divers comme des urticaires, des eczémas de contact, des érythèmes, des dermatites, des dermatoses, ou encore de l’asthme et même, dans les cas les plus graves, un choc anaphylactique.

Les mécanismes de l’allergie

Techniquement, il s’agit d’une manifestation clinique liée à une réponse immunitaire inappropriée en présence d’une substance particulière, appelée l’allergène ou l’antigène.
Pour schématiser, le mécanisme allergique fait intervenir un antigène, molécule naturelle ou synthétique qui, reconnue par des anticorps ou des cellules de notre système immunitaire, induit la réponse immunitaire.
Les antigènes sont généralement des protéines, des polysaccharides ou leurs dérivés lipidiques. Des fragments d’antigènes appelés haptènes peuvent aussi induire une allergie.

De très nombreuses substances qui font partie de la vie quotidienne peuvent ainsi être sources d’allergies, comme certaines denrées alimentaires (arachide, crustacés, gluten…), les acariens nichés dans nos poussières, des métaux utilisés en bijouterie ou pour fabriquer des pièces de monnaie (chrome, nickel…), et bien sûr, les cosmétiques.
Nombre de leurs ingrédients ont ainsi un potentiel allergisant avéré, comme certains conservateurs, filtres anti-UV, colorations capillaires et, entre autres, beaucoup de constituants des parfums, parmi lesquels les huiles essentielles.

Il est rare qu’on naisse allergique… le plus souvent, on le devient. Et cela en deux phases.

Phase 1 : la sensibilisation

C’est une phase de durée variable selon les individus, et c’est la période où une personne est en contact plus ou moins régulier avec une quantité plus ou moins importante d’une substance particulière à laquelle elle va devenir allergique.

Tout commence quand un allergène arrive en contact avec la peau, par exemple via un produit cosmétique.
Il est ensuite transporté dans l’épiderme par une cellule appelée cellule de Langerhans. Celle-ci présente alors l’allergène aux lymphocytes T, des globules blancs qui jouent un rôle central dans le système immunitaire.
Une fois l’allergène reconnu par le lymphocyte T, les deux cellules sont activées et produisent les médiateurs, ce qui entraîne une augmentation de la prolifération de lymphocytes T, donnant lieu à une expansion de lymphocytes T spécifiques : des “cellules mémoire” qui reconnaissent l’allergène.
La personne est désormais sensibilisée et peut réagir lorsque ces lymphocytes T à mémoire sont exposés à l’antigène dans la circulation sanguine.

Cette phase est dite cliniquement muette, c’est-à-dire que la personne ne souffre d’aucun mal, ne remarque aucun signe : l’allergie est une pathologie sournoise qui se développe incognito.
À savoir : plus on est en contact avec une substance allergisante, plus les contacts sont répétés et les quantités de substances en cause importantes, et plus on a de risques de déclencher une allergie.

Phase 2 : l’élicitation

Elle intervient à la suite d’une nouvelle exposition à la substance : l’exposition de trop. L’allergène est appliqué sur la peau. Les lymphocytes T à mémoire sont activés, ce qui entraîne la production de médiateurs inflammatoires, créant la réaction allergique.

Cette fois, ça y est : la personne est allergique. Et à chaque nouveau contact avec la substance allergène, les réactions, parfois très handicapantes, se reproduiront.

Les allergènes cosmétiques étiquetables

On peut tous être allergique à une substance particulière. Mais on en connaît certaines dont le potentiel allergisant est particulièrement affirmé. On peut ainsi distinguer les sensibilisants forts, moyens ou faibles. Et il est évident qu’un sensibilisant fort présente plus de risques de déclencher une allergie si on y est fréquemment exposé, et qu’il est prudent de limiter les contacts avec lui, alors qu’un sensibilisant faible pourra être davantage, et plus longtemps, toléré sans problème.

C’est justement dans le but d’avertir et de protéger les personnes sensibilisées à des molécules allergènes que le Règlement Cosmétiques européen prévoit que 26 d’entre elles, issues de parfums, d’huiles essentielles et/ou d’extraits végétaux, soient déclarées dans la liste des ingrédients d’un cosmétique, dès qu’elles sont présentes à plus de 0,01 % dans les produits à rincer et à plus de 0,001 % dans les produits sans rinçage.
Même si ces 26 n’ont pas tous le même potentiel sensibilisant ni le même niveau de dangerosité pour la santé. En voici un “classement”, basé sur les dernières évaluations scientifiques disponibles.

Les sensibilisants faibles
• alpha-Isomethyl ionone
• Amyl cinnamal
• Anise alcohol
• Benzyl alcohol
• Benzyl benzoate
• Benzyl salicylate
• Hexyl cinnamal
• Limonene
• Linalool

Les sensibilisants moyens
• Amylcinnamyl alcohol
• Benzyl cinnamate
• Citronellol

Les sensibilisants forts
• Cinnamal
• Cinnamyl alcohol
• Citral
• Coumarin
• Eugenol
• Farnesol
• Geraniol
• Hydroxycitronellal
• Isoeugenol
• Methyl 2-octynoate

Les cas particuliers

Butylphenyl methylpropional
Sensibilisant moyen, mais suspecté d’être perturbateur endocrinien, il a été considéré comme insuffisamment sûr par le CSSC (Comité Scientifique européen pour la Sécurité des Consommateurs) qui recommande son interdiction en cosmétique.

Evernia prunastri / Evernia furfuracea
Ces mousses d’arbres peuvent contenir les substances chloroatranol et atranol, que le CSSC a également considérées comme “hautement préoccupantes”, et qui sont désormais interdites.

Hydroxyisohexyl 3-cyclohexene carboxaldehyde
Jugée trop allergisant par ce même Comité d’experts, il a lui aussi été interdit d’utilisation dans les produits cosmétiques.

Les autres allergènes cosmétiques

Attention, cependant : il ne suffit pas de reconnaître ces 26 allergènes “officiels” pour éviter tous ceux qui peuvent être présents dans les produits cosmétiques. Car il existe beaucoup, beaucoup d’autres substances dont le potentiel sensibilisant peut être tout aussi fort que ceux qui ont été ciblés dans un premier temps par la réglementation.

En 2012, une évaluation du CSSC concluait que les consommateurs n’étaient pas suffisamment informés de la présence des allergènes des parfums dans les cosmétiques, et préconisait d’étendre l’obligation d’étiquetage à plus de 80 d’entre eux, substances chimiques et extraits végétaux confondus.
En décembre 2018, la Commission européenne a lancé une étude d’impact pour étudier au moins trois options :
• Option 1 : pas d’étiquetage d’allergènes supplémentaires ;
• Option 2 : étiquetage d’allergènes de parfum supplémentaires conformément aux règles actuelles du Règlement Cosmétiques, c’est-à-dire sur l’emballage d’un produit cosmétique ou par d’autres moyens alternatifs (notices, étiquettes, etc.) ;
• Option 3 : e-labelling, au travers une adresse Internet, un QR Code ou un codes-barres figurant sur l’emballage.
D’autres phases de consultation sont d’ores et déjà prévues avant qu’une décision soit prise…

Et il faut ajouter qu’en dehors des parfums, d’autres ingrédients cosmétiques peuvent s’avérer sensibilisants, et parfois fortement. C’est le cas, par exemple, de la Methylisothiazolinone, un conservateur utilisé notamment en remplacement des parabènes… et dont le potentiel allergisant, déjà connu mais potentialisé par la recrudescence de sa présence dans de très nombreux produits, a incité la Commission européenne à restreindre fortement son utilisation.

Bien sûr, cela ne met pas à l’abri de tous les risques d’allergies, loin s’en faut. Et si cela est vrai dans beaucoup de domaines, il est encore plus vrai de dire qu’en matière d’exposition aux ingrédients cosmétiques sensibilisants, le risque zéro n’existe pas.
Un fait incontestable qui s’est traduit par les conditions considérablement plus restrictives pour utiliser l’allégation Hypoallergénique, applicables depuis le 1er juillet 2019.

LW

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