mardi 17 mai 2016L'ingrédient du mois

Les ingrédients anti-pollution (1/2)

© L'Observatoire des Cosmétiques

Particules fines, gaz d'échappement, fumée de cigarettes, métaux lourds… la pollution nous entoure au quotidien, qu'elle soit atmosphérique ou domestique, et les dommages qu'elle cause à la peau sont de mieux en mieux connus. Portées par la demande asiatique, les allégations anti-pollution se multiplient sur les produits cosmétiques, et on ne compte plus les nouveaux ingrédients qui les justifient. L'édition parisienne du salon In-Cosmetics en a encore été une parfaite démonstration.

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Les plus grands laboratoires cosmétiques travaillent sur le sujet, au travers de programmes de recherches parfois très ambitieux (voir à ce sujet l'article Comment la pollution perturbe la peau ). Et on sait aujourd'hui à la fois caractériser les polluants les plus nocifs pour la peau, comme les effets qu'ils ont sur elle.

Quels polluants, quels effets

Plusieurs types d'agressions polluantes affectent notre peau au quotidien. Parmi celles particulièrement ciblées par la cosmétique :
• la pollution atmosphérique : particules de carbone, métaux lourds… issus des gaz d'échappement de nos voitures et des rejets de nos usines, et particulièrement les particules fines (ou PM2.5, particules en suspension dans l'air dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres), mais aussi les UV du soleil…
• la pollution domestique : produits chimiques, fumée de cigarettes, mais aussi la lumière bleue émise par les écrans de télévisions, ordinateurs, smartphones et autres tablettes.

Comme le rappelle le fournisseur d'ingrédients cosmétiques Solabia , les polluants qui constituent notre environnement intérieur et extérieur sont directement associés à des problèmes de santé publique et doivent être considérés comme d'importantes sources de stress cutané. L'évolution de nos modes de vie et l'urbanisation croissante ont amplifié les risques, faisant aussi de la pollution une préoccupation majeure pour la beauté.

Et la menace n'est pas anodine. Un autre fournisseur d'ingrédients, Lucas Meyer , souligne ainsi son importance :
• on compte aujourd'hui 7,3 milliards d'humains (8,5 en 2030, 9,7 en 2050), dont 54 % vivent en zone urbaine (66 % en 2050),
• les émissions de CO2 se montent à 34,5 milliards de tonnes,
• 1,2 milliards de voitures sont en circulation aujourd'hui (2,5 en 2050),
• 11 milliards de cigarettes sont fumées chaque jour,
• 1 600 villes dans le monde connaissent des niveaux de pollution élevés.

En première ligne, les cellules de la peau, leurs lipides et protéines, mais aussi leur ADN sont les cibles des polluants, générateurs d'oxydation et d'inflammation. Peaux ternes, sèches, réactives et/ou sensibles, acné, vieillissement prématuré et accéléré, sont, entre autres, les conséquences identifiées de la pollution.

Face à cela, les fournisseurs d'ingrédients cosmétiques proposent actuellement essentiellement deux types de solutions :
• les "boucliers" qui protègent physiquement la peau et évitant ses contacts avec la pollution environnante,
• la lutte contre les effets de la pollution, à l'aide de substances antioxydantes, anti-radicaux libres et/ou anti-inflammatoires.

Les boucliers anti-pollution

Ils peuvent s'appliquer sur la peau comme sur les cheveux. Plusieurs d'entre eux pont été présentés au salon In-Cosmetics de Paris.

Glycofilm® et Pollustop® de Solabia

C'est un polysaccharide anionique de haut poids moléculaire obtenu par biotechnologie, présenté comme agissant comme une armure protectrice. Selon Solabia , il agit " immédiatement et physiquement pour augmenter la capacité de protection de la peau, comme un bouclier 'respirant', qui, tel une seconde peau, fera écran à la pénétration des polluants et limitera les dommages induits ".

Ses effets ont été testés par Solabia qui revendique :
• une protection contre l'incrustation des particules de carbone sur la peau (+30 % à 1 %, +38 % à 3 %, +46 % à 5 %),
• une protection contre les dommages causés par les PM2.5 (stress oxydant intracellulaire, toxicité mitochondriale, peroxydation lipidique),
• un effet barrière contre le dépôt des métaux lourds, notamment ceux de la fumée de cigarette (95 % de dépôts en moins),
• une protection contre l'inflammation induite par les UV et une optimisation de la protection solaire (augmentation du FPS de 1 à 3 points), avec une efficacité antiradicalaire de +76 % au niveau capillaire,
• une augmentation de 37 % de la protection vis-à-vis de la toxicité cellulaire induite par les sulfates utilisés dans les produits d'hygiène et d'entretien.

Le Glycofilm ® (INCI : Biosaccharide gum-4, Phenoxyethanol) et le Pollustop ® (INCI : Biosaccharide gum-4, 1,2-Hexanediol) trouvent ainsi des applications dans les soins protecteurs quotidiens pour la peau et les cheveux, les produits anti-pollution et anti-âge, les crèmes solaires.

Solapearls® de Solabia

Solabia a également créé, sur le même principe, des perles blanches nacrées (SolaShield®) ou mates (SolaShield® M), des " actifs customisables qui se formulent en 3 dimension s". Ajoutant au Glycofilm® de l'alginate de calcium (polysaccharide d'origine marine qui forme l'architecture D) et des nacres (mica et dioxyde de titane), ces perles sont destinées à être incorporées dans un sérum transparent personnalisable, pour devenir, à l'envi, hydratantes, apaisantes des peaux sensibles, éclaircissantes, correctrices ou perfectrices, liftantes…
Mêmes polluants ciblés et performances anti-pollution que le Glycofilm®, avec un plus une dimension design facilement valorisée par des produits proposés en flacons transparents (certains sont déjà sur le marché).

Exo-P™ de Lucas Meyer

Cet actif est présenté comme un "exopolysaccharide biomimétique protecteur".
• Exopolysaccharide : il est obtenu par un procédé biotechnologique qui respecte les ressources naturelles et la biodiversité.
• Biomimétique : il reproduit l'écosystème des Kopara, des microorganismes vivant dans les mares des atolls de la Polynésie française, qui produise un exopolysaccharide unique pour se protéger des rayons UV et des variations de pH et de salinité
• Protecteur : il a à la fois un affect anti-adhésion et un effet "nettoyant" contre les PM2.5.

L'Exo-P™ (INCI : Aqua, Butylene glycol, Alteromonas ferment extract) agit ainsi à deux niveaux :
• appliqué avant l'exposition à la pollution, il forme un film à la surface de la peau qui s'oppose à l'adhésion des particules polluantes sur la peau (jusqu'à 83 %),
• appliqué après l'exposition (par exemple dans un produit nettoyant), il crée un maillage qui piège les particules, ce qui permet d'en éliminer jusqu'à 82 %.
Dans les deux cas, il prévient et réduit les dommages causés à la peau par la pollution.
Les tests effectués par Lucas Meyer ont également montré une réduction des dommages dus aux radicaux libres et une protection contre les métaux lourds (ceux des gaz d'échappement comme ceux de la fumée de cigarette). Avec à la clé un teint plus lumineux et une peau en meilleure forme en seulement sept jours.

Pollushield™ de Lipotec

Même principe de bouclier avec cet actif "aux deux effets complémentaires : le piégeage des métaux toxiques par un polymère aux propriétés chélatantes pour prévenir leur interaction avec la peau, et une forte action antioxydante avec un puissant anti-radicaux libres pour éviter les dommages oxydatifs".

Plusieurs tests ont été menés par Lipotec pour prouver son efficacité :
in vitro , les cellules de l'épiderme traitées avec cet ingrédient ont montré une viabilité significativement supérieure de leurs kératinocytes en présence de pollution urbaine,
ex vivo , la peau exposée à la pollution a gardé une morphologie épidermique et dermique normale, et plusieurs marqueurs des dommages de la pollution ont été réduits,
in vivo , un test mené sur des femmes régulièrement exposées à la pollution environnementale à Pékin (en Chine) a montré qu'après six heures, les niveaux de métaux lourds étaient significativement réduits (comparé à un placebo) et la capacité antioxydante améliorée sur la peau traitée une seule fois avec cet actif.

Filmexel®, de Silab

Encore un bouclier, présenté par Silab comme "un actif filmogène biomimétique, éco-conçu selon une technologie inédite de Réseau Interpénétré de BioPolymères (IBPN)". Issu de matières premières végétales, des galactomannanes de Caesalpinia spinosa, un arbrisseau d’Amérique du Sud, et des galactanes sulfatés de Kappaphycus alvarezii, une algue d’eaux chaudes, Filmexel® est un réseau de deux biopolymères interpénétrés qui forme à la surface de la peau un film naturel, protecteur et liftant.

Tests à l'appui, le laboratoire affirme qu'il :
• exerce un effet barrière non occlusif contre les polluants, les irritants et les allergènes,
• préserve la fonction barrière naturelle de la peau des altérations induites par une agression mécanique,
• lisse le microrelief de la peau du corps,
• réduit instantanément et durablement les rides,
• améliore les propriétés biomécaniques de la peau
• a un effet tenseur perçu par des volontaires entraînés et non-entraînés,
• améliore l’apparence globale du visage (surface des pores diminuée, éclat rehaussé),
• prolonge la tenue du maquillage.

Cette "seconde peau", activatrice de beauté et anti-âge, est recommandée de 0,05 à 1 % dans tous les soins visage et corps et les produits de maquillage.

D'autres solutions ont également été présentées à In-Cosmetics, et notamment celles qui agissent non pas comme des boucliers mais comme des anti-pollution intrinsèques, en contrecarrant contre ses effets et les processus biologiques qu'elle met en place. C'est l'objet de la seconde partie de cet article, Les ingrédients anti-pollution (2/2) .

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