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29 septembre 2014L'ingrédient du mois

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Ils défraient la chronique depuis des années, et on les a accusés de tous les maux. S'il faut souligner qu'ils n'ont pas forcément fait la preuve de leur innocence dans tous les cas, il faut dire aussi que les parabènes ne méritaient peut-être tous pas tant de défiance et de médiatisation. Ce qui justifie qu'on s'arrête un peu sur leur cas.

Temps de lecture : ~ 10 minutes

Les parabènes constituent en fait une famille d'ingrédients. Ils sont tous assez proches mais diffèrent par leurs structures chimiques (notamment par la longueur de leur chaîne alkyle), par leur spectre d'action comme par leurs effets indésirables potentiels. En clair, il n'y a pas UN parabène, mais bien DES parabènes, qui peuvent être utilisés seuls ou en mélange, pour potentialiser leur action et accroître leur efficacité.
Jusqu'en 2014, la cosmétique utilisait principalement six d'entre eux. Les voici, classés suivant la longueur croissante de leur chaîne alkyle, et tels qu'ils apparaissent sur l'étiquette dans la déclaration officielle de la composition d'un cosmétique (la liste des ingrédients ) : Methylparaben, Ethylparaben, Propylparaben, Isopropylparaben, Butylparaben, Isobutylparaben.

Une efficacité reconnue

Les parabènes sont des conservateurs (esters de l'acide parahydroxybenzoïque), très largement employés pour protéger les cosmétiques des proliférations bactériennes et microbiologiques. Du fait de leur large spectre d'activité sur les bactéries, moisissures, levures et champignons, ainsi que de leur complémentarité quand ils agissent en synergie (en cas de mélange de plusieurs d'entre eux), ils ont fait figure de must incontournables durant de nombreuses années. On estime qu'au plus fort de leur utilisation (il y a de cela encore deux ou trois ans), ils conservaient près de 80 % des produits d'hygiène et de beauté, de toutes catégories, partout dans le monde. Pour les formulateurs et nombre d'observateurs, ils étaient alors considérés comme pratiques, efficaces, bien tolérés, et sans danger. Leur image a quelque peu changé depuis…

Faiblement allergisants

Tous les parabènes font partie des batteries de tests européens d'allergènes. Ils peuvent être responsables de dermatites de contact, évoluant principalement sous forme chronique. De l'avis de l'ensemble de la communauté des praticiens dermatologues, leur incidence est pourtant relativement faible. Les parabènes s'avèreraient ainsi beaucoup moins allergisants que certains composés naturels (comme les huiles essentielles ) ou que d'autres conservateurs d'origine synthétique parfois mis en œuvre pour les remplacer, comme, par exemple, les Methylisothiazolinone et Methylchloroisothiazolinone .

Suspectés d'être cancérogènes

En 2004, l'étude du Dr Philippa Darbre a mis fin au beau consensus qui entourait alors les parabènes. Très largement médiatisées, ses conclusions associaient parabènes et cancer du sein. Cette étude a été largement controversée puis désavouée depuis, aucune autre expérimentation n'ayant jamais pu confirmer une relation aussi directe. Mais l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé - aujourd'hui ANSM) admettait toutefois alors que " des études in vitro sur des modèles cellulaires avaient mis en évidence les propriétés œstrogéniques des parabènes qui pourraient expliquer l'augmentation de l'incidence des tumeurs cancéreuses du sein ".

Perturbateurs endocriniens

Il apparaît aujourd'hui que le principal potentiel toxique des parabènes vient de leur capacité à perturber le système endocrinien, notamment pour ceux dont la chaîne alkyle est la plus longue. En 2005, la même Afssaps notait que "d es effets toxiques du Propylparaben et du Butylparaben sur la reproduction avaient été mis en évidence chez le jeune rat, selon des études réalisées à des doses susceptibles d'être compatibles avec les expositions humaines et suggérant un risque potentiel pour la fertilité masculine". Elle annonçait alors que "des études complémentaires étaient nécessaires pour préciser le risque lié à l'utilisation de ces deux conservateurs ".

Plus longs, plus dangereux

Il faut savoir que les parabènes ont une activité endocrinienne et une toxicité qui vont de pair avec la longueur de leur chaîne alkyle. Plus celle-ci est longue, plus le parabène est potentiellement dangereux. Ainsi, les Methylparaben et Ethylparaben ont été considérés comme sûrs d'emploi par l'Afssaps et par le CSSC (Comité d'experts scientifiques européen) alors que des doutes planent fortement quant à l'innocuité des parabènes à plus longues chaînes. D'autant qu'il est avéré qu'ils ont tous la capacité de franchir la barrière cutanée et de pénétrer dans l'organisme.
Les doutes sont devenus de quasi-certitudes après plusieurs avis du CSSC (en 2010 et 2001), confirmés en 2013, et recommandant de fortement restreindre l'utilisation des parabènes à plus longue chaîne, Butylparaben et Propylparaben.
Le risque concerne notamment les bébés et les jeunes enfants, et même davantage encore puisque leur peau est plus perméable que celle des adultes, alors que l'effet des perturbateurs endocriniens est particulièrement nocif à cet âge de la vie (voir à ce sujet l'article : Perturbateurs endocriniens : Bébés en danger ! ).

Accélérateur de vieillissement cutané ?

Une seule étude, émanant d'un groupe de chercheurs de l'Université de médecine de Tokyo, pose cette question. Mais elle met en cause le parabène dont la chaîne alkyle est la plus courte (et donc a priori le plus sûr d'emploi) : le Methylparaben. En 2006, ces chercheurs japonais ont montré sa capacité à accélérer le vieillissement cutané et favoriser l'apparition de rides lors d'une exposition aux rayons UV, à des concentrations semblables à celles qu'on peut trouver dans nos crèmes (y compris solaires) et dans des conditions d'ensoleillement analogues à celles rencontrées un jour d'été…

La réglementation des parabènes

À ce jour, plusieurs parabènes sont autorisés en utilisation cosmétique, pour toutes les catégories de produits, même si des réserves ont été émises sur l'un ou l'autre, à un moment ou à un autre, par un Comité scientifique ou un autre.
Seuls les Isopropylparaben, Isobutylparaben, Phenylparaben, Benzylparaben, Pentylparaben ont été interdits en avril 2014 , du fait du manque de données pour évaluer leur sécurité d'emploi.
En septembre 2014, la Commission européenne a suivi les avis de son Comité d'experts et a publié un règlement pour limiter l'utilisation des Butylparaben et Propylparaben . Désormais quand ils sont présents tous deux dans un produit cosmétique, la somme des concentrations individuelles ne doit pas dépasser 0,19 % en esters, soit 0,14 % en acide parahydroxybenzoïque. Ils sont de plus interdits dans les produits sans rinçage destinés à être appliqués sur la zone du siège des enfants de moins de trois ans.
Tous les autres parabènes, quand ils sont utilisés seuls, sont limités en concentration par la réglementation européenne à 0,4 % du produit fini (en acide). En cas de mélange de plusieurs d'entre eux, la concentration maximale autorisée est fixée à 0,8 %. Des doses réputées de nature à garantir la sécurité des consommateurs et à préserver leur santé… même si cette affirmation rassurante des autorités sanitaires ne fait pas l'unanimité.

Des parabènes partout

En effet, un autre aspect de l'éventuelle toxicité des parabens vient de notre surexposition à ces composés. 0,4 % dans un gel douche + 0,4 % dans un shampooing + 0,4 % dans une crème de jour… et voilà en 3 gestes quotidiens une accumulation de différents parabènes avec lesquels on est entré en contact. Et cela ne prend pas en compte tous les autres produits cosmétiques qu'on peut utiliser. Ni les parabènes que l'on peut manger sous forme d'additifs alimentaires (E214 à E219)…
Or, on mesure mieux aujourd'hui l'importance, et notamment pour les perturbateurs endocriniens, de cette multi-exposition. C'est que ce ne sont pas tant les doses de chaque composé qui comptent. Même si, prises individuellement, elles sont réputées inoffensives, elles peuvent avoir des effets redoutables quand elles sont ajoutées les unes aux autres. En la matière, les parabènes ne sont pas pires que beaucoup d'autres, mais par leur omniprésence, ils renforcent considérablement cet "effet cocktail".

Des parabènes dans ma salle de bains ?

Faut-il éviter tous les parabènes, absolument et dans tous les produits ? La tâche peut paraître bien difficile tant ils sont encore couramment employés, surtout si on veut par ailleurs continuer à utiliser des cosmétiques dont le système de conservation est suffisant pour garantir sa protection vis-à-vis des atteintes microbiologiques. Et la mention "Sans conservateur" ou "Sans parabène" affichée sur une étiquette n'est pas forcément plus rassurante qu'une série de parabènes annoncée dans la liste des ingrédients…

Mais on peut toutefois appliquer un principe de précaution raisonné :
• En évitant systématiquement les parabènes à plus longue chaîne, particulièrement pour les bébés et les femmes enceintes (Propylparaben, Butylparaben)
• En n'admettant que les produits ne contenant qu'un seul ou au maximum deux de ces composés (ce qui limite l'effet cocktail), et en donnant toujours la préférence dans ce cas aux parabènes à courte chaîne (Methylparaben et Ethylparaben)
• En veillant à composer une gamme de cosmétiques personnelle aux systèmes de conservation variés : si certains contiennent des parabènes, on veillera à ce que les autres, surtout s'ils sont destinés à être régulièrement utilisés en même temps ou le même jour (crème hydratante + fond de teint, shampooing + après-shampooing, etc.) n'en contiennent pas.

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