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7 mars 2016L'ingrédient du mois

Talc : faut-il l'éviter ? Ajouter à mon portfolio
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© Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

Aussi innocent qu'il paraisse, le talc est un habitué des polémiques qui touchent régulièrement la cosmétique. Et ce n'est pas son utilisation millénaire qui apaise les débats, alors qu'il est, de façon récurrente, suspecté d'avoir des effets cancérogènes. Pour autant, faut-il mettre cette poudre blanche sur la liste rouge des ingrédients à éviter ?

Temps de lecture : ~ 8 minutes

À l'état naturel, le talc est un silicate de magnésium de la même famille que les argiles et les micas, un minéral récolté dans des carrières comme celle de Trimouns en Ariège, la plus grande au monde.
Cette roche sécable et tendre, translucide à opaque et au toucher gras mais doux et poudré, est connue depuis l'Antiquité.

Au fil du temps, son utilisation s'est généralisée dans de très nombreuses industries. Céramiques, papiers, peintures, revêtements de toitures, plastiques, caoutchoucs… peuvent ainsi faire entrer le talc dans leurs processus de fabrication. L'industrie alimentaire en fait aussi un additif anti-agglomérant (E553b), quand le domaine pharmaceutique exploite volontiers ses propriétés lubrifiantes…

Le talc en cosmétique

Le talc peut être utilisé à plusieurs fins en cosmétique :
• anti-agglomérant, c'est une base des poudres de maquillage, qui permet de plus une bonne dispersion des pigments colorants, ainsi qu'une meilleure adhérence à la peau ;
• absorbant, il agit en actif matifiant dans les soins visage, et est largement employé pour limiter la transpiration (poudres pour les pieds ou déodorants) et les excès de sébum (shampooings secs) ou, comme il a de plus des propriétés hydrophobes (qui s'opposent à l'eau), garder sèches certaines parties du corps comme les fesses des bébés ou la zone intime féminine.

Il est aussi qualifié "d'agent de protection de la peau" par la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques. Son toucher doux et lisse, comme son caractère inodore et inerte qui n'interfère pas avec les autres ingrédients des formules, sa très bonne conservation et son coût abordable en font une matière première de choix.
Il peut être utilisé tel quel, mais aussi fréquemment enrobé (mélangé à une huile ou un beurre), ce qui améliore sa qualité cosmétique.

Quelques précautions pour les bébés

On lui connaît bien quelques contre-indications.
Avéré toxique par inhalation et irritant pour les voies respiratoires, il doit être assorti d'une mention d'avertissement quand il est présenté en produit pulvérulent (sous forme de poudre) pour les enfants de moins de trois ans, libellée en ces termes : " Tenir à l’écart du nez et de la bouche de l’enfant ".

Nombre de dermatologues mettent aussi en garde contre le talc, même s'il est encore souvent considéré comme un incontournable des soins du siège. Car une fois la couche refermée, il a tendance à s’agglutiner dans les plis du siège, formant de petites boules qui peuvent irriter, et à terme, augmenter les risques d’infection.

Mais il n'y a rien là qui soit complètement rédhibitoire, ni qui mérite une mise au ban absolue, ces contre-indications ne s'appliquant pas aux talcs incorporés dans des formules compactes ou émulsionnées.

Le talc, agent cancérogène

Le talc a une première fois défrayé la chronique en 1972, quand 36 jeunes enfants sont décédés et 168 autres ont été gravement intoxiqués (coma ou séquelles neurologiques), suite à l'utilisation par leurs mamans du talc Morhange. Mais c'était une erreur de manipulation au stade de la fabrication (l'introduction par erreur dans le produit d'une forte dose d'hexachlorophène, un puissant bactéricide), qui était en cause, et non le talc lui-même.

Le talc, minéral naturel, peut aussi contenir des traces de métaux lourds, comme du nickel, de l'aluminium ou d'autres silicates magnésiens asbestiformes comme l'amiante. Et même si on connaît aussi des talcs synthétiques (dépourvus de toute impureté) ou des talcs d'origine naturelle certifiés sans amiante, c'est bien là que réside le problème.

Le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC) classe le talc non asbestiforme dans le groupe 3 des substances inclassables quant à leur cancérogénicité pour l’homme, mais le talc asbestiforme (souvent utilisé pour les soins corporels et notamment ceux de la zone intime féminine) est classé 2B : potentiellement cancérogène.

Facteur de cancer des ovaires

Les autorités sanitaires des différents pays sont assez partagées. L'ANSES française (Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail), par exemple, dans un rapport publié en 2012, indique bien que " selon les différents gisements de production dont il est issu (… le talc) peut contenir des fibres minérales ayant des structures chimiques analogues à celles des six fibres minérales classées comme des fibres d’amiante au sens réglementaire ", mais indique que " pour ce qui des effets cancérogènes potentiels du talc, (…) les données épidémiologiques et toxicologiques ne permettent pas à l’heure actuelle, de se prononcer sur ce risque ".

C'est des États-Unis qu'est venue l'alerte la plus argumentée. Outre-Atlantique, la poudre de talc est couramment utilisée pour l'hygiène féminine. Et la Société Américaine contre le Cancer a publié plusieurs études tendant à montrer que le talc en poudre, utilisé dans la zone du vagin, peut remonter par l'utérus et les trompes de Fallope jusqu'aux ovaires. Et ses particules, très persistantes, peuvent provoquer des inflammations des muqueuses intimes et favoriser le développement de cellules cancéreuses.
Le risque de souffrir d'un cancer des ovaires serait ainsi de 24 % supérieur chez les femmes utilisant du talc sur la zone intime.

Le talc, ingrédient à éviter ?

C'est ce risque qui a été reconnu pour la première fois par le jury d'un tribunal du Missouri, aux États-Unis, en février 2016 . La société Johnson & Johnson y a été condamnée à payer une amende de 72 millions de dollars (65 millions d'euros) à la famille d'une femme qui affirmait que son décès, suite à un cancer, était lié à l'utilisation d'un produit à base de talc pour son hygiène intime.

Mais à ce jour, le talc reste un ingrédient "libre d'emploi" pour les fabricants de produits cosmétiques. Mis à part la mention obligatoire recommandant de ne pas faire inhaler sa poudre par les bébés, rien n'est prévu en Europe en termes de restrictions d'utilisation, et rien ne permet de penser que la question est à l'ordre du jour.

Faut-il s'en inquiéter ?
Rappelons d'abord que les alertes et les risques potentiels concernent uniquement le talc présenté en poudre libre. Les poudres de maquillage compactes, les fards à paupières et autres blushes ne sont donc pas concernés. Ne le sont pas non plus les crèmes matifiantes ou les déodorants, où le talc reste "prisonnier" dans une galénique homogène.

Restent les talcs pour bébés et ceux destinés à l'hygiène intime féminine. Pour eux, le principe de précaution peut s'appliquer, et on peut éviter de les utiliser… même si les fabricants assurent que leurs produits sont garantis sans amiante, contrôlés et sans danger. Du moins en attendant l'étude scientifique qui mettra un terme à la polémique avec des données fiables et vérifiables.

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