CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
2 juin 2015Organismes professionnels

Le vrai visage de NaTrue Ajouter à mon portfolio
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On a tendance à le considérer simplement comme un label de la cosmétique naturelle, un de plus, un parmi d’autres, voire comme un label de la cosmétique allemande… NaTrue est pourtant bien plus que cela. L’Observatoire des Cosmétiques a été invité à l’Assemblée générale de cette association, le 22 mai 2015 à Berlin. Découverte.

Temps de lecture : ~ 12 minutes

Bilan du chemin parcouru depuis les origines ainsi que vision et stratégies pour l’avenir étaient au programme de cette Assemblée générale annuelle. En toute transparence, NaTrue en a ouvert les portes et les débats à CosmeticOBS-L’Observatoire des Cosmétiques, avec un but principal : se faire mieux connaître, et éventuellement combattre quelques idées fausses qui perdurent à son sujet, particulièrement en France.

L’Observatoire des Cosmétiques en faisait état à l’occasion de son enquête sur les cosmétiques bio, réalisée auprès de ses internautes du 5 janvier au 2 février 2015 : seuls 22 % des répondants affirmaient connaître le label NaTrue, 32 % ne pas savoir à quoi il correspond et 39 % n’en avoir jamais entendu parler (voir l’article à ce sujet).
Voilà pourtant maintenant huit ans que ce label existe, et se propage sur les étiquettes de produits cosmétiques. Mais si NaTrue affirme que 80 % des cosmétiques naturels et bio portent son logo en Europe, ils ne sont encore que 4 % en France.

Un label en expansion

NaTrueE, bien sûr, est d’abord un label, qui a, et depuis ses débuts, toujours eu une ambition internationale. Et s’il a d’abord été identifié comme un logo allemand (les marques qui l’ont initié étaient toutes germaniques ou suisses), il a largement amplifié sa diffusion au fil des années.
Aujourd’hui, comme l’a précisé Francesca Morgante, la “Label Manager”, 4 300 produits, de 160 marques, sont labellisés NaTrue. Depuis cette année, et pour la première fois, moins de 50 % d’entre elles sont allemandes, et 17 % ne sont pas européennes. Les deux dernières années ont ainsi vu le label se développer fortement dans les pays de l’Europe de l’Est et jusqu’en Russie, ou encore en Asie et en Australie.

Et les perspectives d’expansion sont prometteuses : NaTrue prévoit, d’ici à la fin 2015, 1 100 produits supplémentaires certifiés, de 280 marques au total.

Une association à but non lucratif

NaTrue a choisi de s’organiser sous la forme d’une association, dont le but affiché n’est pas de faire des profits (pour preuve : au vu des bilans financiers, en 2014, les frais de certification des matières premières sont passés de 200 à 50 € alors que ceux pour les produits finis avaient été réduits à 200 € au lieu de 300 en 2013), mais bien de promouvoir la qualité et la disponibilité des cosmétiques naturels et biologiques.
Cela passe notamment par l’adaptation régulière des critères du référentiel, pour tenir compte à la fois des progrès techniques et des attentes des consommateurs.
Dans la même optique, NaTrue a désormais recours aux services de l’IOAS (International Organic Accreditation Services), un organisme de certification indépendant, pour garantir le strict respect des critères et accroître la crédibilité du label.

Aujourd’hui, l’association compte 34 membres, de 24 nationalités différentes. Elle est présidée par Klara Ahlers et dirigée par un Conseil d’administration qui vient d’être reconduit pour deux ans.

Les piliers du développement

C’est Hans Nijnens, Vice-président, qui a présenté la “vision” de NaTrue pour les deux ans qui viennent.
Avec d’abord une ambition : “devenir la référence préférée (pour ne pas dire : naturelle) de toutes les parties prenantes de la cosmétique naturelle et biologique, pas seulement en termes de nombre de certifications mais aussi d’excellence”.

Pour tendre vers cet objectif, NaTrue se base sur deux piliers principaux :
• la promotion et développement du label pour garantir la disponibilité de la meilleure qualité possible de cosmétiques naturels et biologiques pour les consommateurs à travers le monde,
• la participation et contribution aux décisions règlementaires de l’Union Européenne pour promouvoir la disponibilité d’ingrédients naturels et biologiques de haute qualité et pour défendre les cosmétiques naturels et biologiques au profit des consommateurs dans le monde entier.

C’est même ce deuxième pilier qui est présenté comme le plus important. NaTrue revendique ainsi clairement son action de lobbying à Bruxelles, et entend encore renforcer son rôle dans les groupes de travail de la Commission européenne ou dans les instances de normalisation comme le CEN. Même si l’association ne peut pas y voter (seuls les représentants des États membres ont cette prérogative), elle peut y faire entendre sa voix, et elle y est considérée comme un partenaire essentiel.

La voix des cosmétiques naturels

Bruxelles, c’est le terrain de jeu de Julie Tyrrell, Directeur de NaTrue.
En présentant ses activités, elle évoque d’abord la veille réglementaire, la meilleure façon de savoir ce qui se prépare pour mieux tenter de l’influencer.
Car aujourd’hui, plusieurs réglementations en préparation sont l’objet d’inquiétudes pour le secteur des cosmétiques naturels et biologiques.

La définition d’un cosmétique naturel et/ou biologique

Il n’existe pas à ce jour de définition “officielle” de ce qu’est un produit cosmétique naturel ou biologique. Mais certaines pourraient voir le jour prochainement, et tout l’enjeu pour NaTrue est qu’elles correspondent à sa propre vision en la matière.

Dans le cadre du Règlement Cosmétiques

L’article 20 du Règlement 1223/2009 est consacré aux allégations cosmétiques… dont pourraient un jour faire partie les revendications de “naturel” ou de “biologique”. NaTrue participe aux discussions du groupe de travail de la Commission européenne.

Dans le cadre de la norme ISO 16128

Les discussions se poursuivent au sein des entités normatives pour aboutir à un texte intitulé Guidelines on technical definitions and criteria for natural and organic cosmetic ingredients and products – Lignes directrices sur les définitions techniques et les critères pour les ingrédients et les produits cosmétiques naturels et biologiques.
La première partie, consacrée aux définitions des ingrédients, est finalisée, mais pas la deuxième, qui doit déterminer les critères applicables aux ingrédients et aux produits finis.

NaTrue siège dans les groupes de travail ISO TC 217 WG 4 et CEN TC 392 IN 2014, et ce qui se dessine inquiète particulièrement l’association.
“La problématique”, a expliqué Julie Tyrrell, “est que ce texte peut être repris en tant que norme obligatoire au niveau européen”. Et que le risque est qu’elle s’oriente sur une définition a minima d’un cosmétique naturel et/ou biologique.
“L’initiative de cette norme revient au secteur cosmétique conventionnel”, précise en aparté Ramon Stroink, membre de NaTrue pour la marque Weleda. “Une vraie formule naturelle est longue et coûteuse à élaborer, et son succès n’est pas toujours assuré. Le conventionnel veut surfer sur la vague naturelle pour se développer sur un marché porteur, mais il veut le faire pour pas cher”.
Et jouerait donc de tout son poids pour abaisser les niveaux d’exigences.

“Mais qu’en est-il alors des attentes des consommateurs ?”, interroge Julie Tyrrell. Pour donner plus de poids à son argumentation, NaTrue a fait réaliser en 2014 une enquête par le GfK Group, spécialisé dans les études de marchés (voir l’article à ce sujet). D’où il est ressorti que 80 % des consommateurs s’attendent à ce que les produits naturels ne contiennent que des ingrédients naturels et pas d’OGM (pour 90 % des personnes interrogées). Or, la norme pourrait leur laisser une place, tout comme aux ingrédients non-naturels dérivés de la pétrochimie… et ce ne sont que des exemples parmi d’autres.

Pour faire valoir son point de vue, NaTrue a organisé une opération de communication auprès des députés européens, qui lui ont, selon Julie Tyrrell, réservé le meilleur accueil. Et tant que la définition définitive n’est pas adoptée, le travail de lobbying continue.

Le pôle scientifique

Et cette définition n’est pas le seul cheval de bataille de NATRUE. Au programme des sujets sensibles, l’association a aussi inscrit les allergènes (dont certains sont menacés d’interdiction, et dont beaucoup pourraient être soumis à une obligation d’étiquetage), ou encore les dénaturants de l’alcool. Dans ce cas, ce qui inquiète NaTrue, ce sont deux recommandations publiées par un groupe d’experts européens sur la fiscalité indirecte en octobre 2014, et qui préconisent de limiter les dénaturants autorisés à de seules substances synthétiques. Inacceptable pour des cosmétiques vraiment naturels… Pour faire valoir ses arguments, NaTrue a rejoint le consortium où se trouvent également l’IFRA, Cosmetics Europe ou Cosmed. Lobbying, toujours…

Le sauveur de l’huile d’arachide

Et pour ne pas arriver à la table des discussions les mains vides, NaTrue s’appuie sur les travaux de son pôle scientifique, dirigé par Mark Smith.
Son rôle ? Surveiller les réglementations en cours d’élaboration, analyser leur impact sur les ingrédients et les produits de la cosmétique naturelle, et apporter les arguments en faveur de la défense de leur qualité, y compris en menant des recherches spécifiques. Avec déjà plusieurs succès à son actif.

Dans le secteur des huiles essentielles, NaTrue a ainsi contribué à la décision de l’IFRA pour permettre la réévaluation de toutes les nouvelles données reçues existantés.

Autre contribution majeure à la défense des ingrédients naturels : les données de NaTrue sur l’évaluation de la sécurité de l’huile d’arachide, menacée d’interdiction du fait de son éventuel potentiel allergisant, ont été acceptées par le CSSC, qui les a prises en compte pour réviser sa première Opinion et modifier le niveau de protéines acceptable pour un usage cosmétique.

Le créateur de nouveaux ingrédients

Et le travail de recherches de NaTrue ne s’arrête pas à la défense de l’existant. L’équipe de Mark Smith a ainsi déjà contribué à un projet d’étude pour mettre au point un tensioactif à base de sources renouvelables, qui puisse être considéré comme naturel et certifié biologique.
Le concept était prometteur, même s’il n’a finalement pas abouti, du fait de son coût et des problèmes de stabilité ou d’approvisionnement qu’il aurait pu causer.
Mais ce n’est qu’un début, et le programme de travail de Mark Smith ne manque pas de sujets pour les années à venir.

Voilà donc ce qui se cache derrière le label NaTrue. Reste à l’association à communiquer plus largement sur ses actions, pour mieux se faire connaître du grand public. Cela fait partie de ses prochains objectifs, et elle a déjà, pour ce faire, relooké son site Internet. On y trouve bien sûr les détails des critères du référentiel, tous les produits labellisés avec la précision de leur niveau de certification, mais aussi des pages spécifiques destinées au grand public, aux fabricants et aux médias, et des fiches pratiques liées aux questions politiques, scientifiques et réglementaires.

Pour aller plus loin
• Voir le site Internet de NATRUE.

LW

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