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18 décembre 2018Produits

Le froid et son utilisation en beauté Ajouter à mon portfolio
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fleur dans la neige

Le traitement de la peau par le froid est l’un des rituels modernes de beauté les plus populaires. Les effets du froid sont connus depuis de nombreuses années et ont été utilisés de différentes et de nombreuses façons. Les experts de la beauté ont longtemps utilisé cette pratique dans les stations thermales et dans les soins de la peau. Les Coréennes, en particulier, sont réputées pour leurs rituels de beauté, et le traitement de la peau par le froid est une constante dans leurs soins de la peau. Pour compléter la saga des différents effets ayant une activité au niveau de la peau dans le cadre des routines de beauté, faisons un rapide point sur ce que le froid peut amener dans ce domaine.

Temps de lecture : ~ 17 minutes

Les états cutanés sur lesquels sont appliqués le froid sont :
• la sécheresse avec squames (petites écailles) visibles,
• les démangeaisons,
• les rugosités et poils incarnés,
• les tiraillements,
• la grande sensibilité, voire l’intolérance à certains cosmétiques,
• le ralentissement de la cicatrisation.

Les experts estiment que cette technique est capable de :
• rafraîchir le visage,
• prévenir la formation des rides,
• lutter contre l’acné et les taches,
• améliorer la circulation sanguine et donner à la peau un aspect sain et un joli teint.

Dans le domaine de la beauté, les effets les plus connus sont :
• une peau plus lisse avec, entre autres, un effet de réduction des pores ;
• une amélioration de la microcirculation périphérique : le froid resserre les vaisseaux sanguins et réduit le sang à la surface de la peau, ce qui est excellent en cas d’inflammation ; en réaction, le corps peut réagir au traitement par le froid et envoie un flux accru de sang chaud dans la zone traitée ;
• une réduction des gonflements, et donc des poches sous les yeux ;
• une réduction et un ralentissement de l’apparition des rides ;
• une diminue des tâches.

Ces effets ont été pendant bien longtemps l’objet d’observations plus ou moins formelles et structurées. La trivialité des techniques d’application n’est pas propice à un travail de validation. Les routines peuvent être dans certains cas bien rudimentaires, comme les glaçons appliqués directement sur la peau, par exemple, ce qui est fortement déconseillé. La technique la plus courante est d’appliquer un glaçon enrobé d’un tissu pour bénéficier de l’effet du froid. Toutefois, dans certains cas, des techniques d’application assez étranges ont été proposées, mais sans pour autant que l’objet froid, glaçons ou autre chose, ne soit au contact de la peau.

Il existe également quelques pratiques plus ou moins traditionnelles autour du froid, comme la fameuse douche écossaise, actualisée et modernisée de nos jours par la science de Ishnân ou science de l’hydrothérapie.
Il s’agit d’une pratique assez récente utilisant les bienfaits des douches froides. Ces approches reprennent quelques autres pratiques traditionnelles comme le bain froid après le sauna dans les pays scandinaves.

Depuis quelques décennies, les techniques et les appareils utilisant le froid se sont développés et sophistiqués, en proposant des techniques précises et évaluées. La plus répandue, et assez probablement la plus connue de nos jours, est la cryothérapie, qui est le traitement par le froid.
L’utilisation du froid est connue depuis l’Antiquité sous des formes plus ou moins élaborées. Cette technique consiste à appliquer du froid à la surface de la peau en vue de modifier différentes choses. Initialement réservé au traitement d’affections spécifiques, elle connait depuis quelques années un développement plus spécifique, en particulier dans le domaine du sport, puis de l’esthétique. Parmi les différents effets, le froid permet de réduire le calibre des vaisseaux (vasoconstriction), de soulager la douleur et d’aider à résorber les hématomes.

Dans le monde de l’esthétique, ce sont les dermatologues qui ont été les pionniers de l’utilisation du froid et des techniques de cryothérapie. Tout d’abord pour traiter certaines lésions cutanées, puis les verrues et enfin les taches pigmentaires. Le traitement des lésions cutanées, condylomes, carcinomes et autres, se fait généralement avec de l’azote liquide appliqué soit avec des dispositifs de type coton tige, soit avec des appareils adaptés. Idem pour les verrues et les taches pigmentaires. Dans les cas les plus importants, appelés cryochirurgie, ces applications s’accompagnent d’une anesthésie locale.

Certains dispositifs professionnels comme le Cryopen sont à usage médical. Depuis peu, il existe des dispositifs grand public permettant la prise en charge individuelle à domicile. En général, ils permettent la délivrance très localisée d’un gaz cryogène qui va, immédiatement ou en quelques séances, aboutir à la destruction de la lésion. Les gaz cryogéniques sont par exemple du protoxyde d’azote (NO) ou encore des gaz cryogéniques halogénés comme le Difluoroethane, également connu sous le nom de 152a. On peut citer comme exemple le Cryobeauty, le zeroverrue ou le Urgo verrue de la marque éponyme.

Dans le domaine du sport, c’est plus particulièrement le traitement des chocs et des contusions, illustré par le fameux “spray magique”, que l’on voit sur pratiquement tous les terrains de sport. Ces sprays sont obtenus par la confection de générateur aérosol remplis d’un gaz cryogénique. Dans certains cas, le spray peut être associé à des extraits d’arnica.

La cryothérapie sous forme de bain froid existe depuis l’Antiquité, mais ce n’est que depuis les années 1970 que l’application de froid par vessie de glace, ou spray froid, a commencé à intéresser les scientifiques. Les Japonais ont été les premiers à mettre au point une méthodologie scientifique permettant l’évaluation des résultats obtenus par l’abaissement de la température cutanée : c’est un médecin japonais, le docteur Yamaguchi, qui met au point la chambre de cryothérapie en 1978, un caisson où la température descend à -164 C grâce à l’injection d’air nitrogéné.

Ce sont également des techniques qui sont maintenant utilisées pour améliorer la récupération à l’effort. Depuis les années 1990, les sportifs s’intéressent beaucoup aux effets des bains froids sur la récupération physique (retour veineux, pression hydrostatique, sécession d’endorphines) et le traitement des douleurs. En juin 2011, cette méthode est utilisée pour la première fois dans le milieu du cyclisme professionnel, qui voit des coureurs participer régulièrement à des séances de cryothérapie, afin de favoriser leur récupération après l’effort. Cette pratique s’est par la suite généralisée à de nombreuses activités sportives.

Dans le domaine des soins corporels, on utilisera avec avantage des techniques issues du froid. La cryolipolyse est un traitement esthétique utilisé pour détruire les cellules graisseuses. Appelé également “Coolsculpting”, cette technique fonctionne en partant du principe que les cellules graisseuses sont plus facilement ciblées et détruites par le froid que les cellules de la peau. L’exposition au froid entraîne une cristallisation qui conduit à la mort des cellules graisseuses sous-cutanées (apoptose) sans pour autant endommager les autres cellules. Cette exposition à des basses températures permet d’endommager sélectivement la graisse sous-cutanée tout en laissant la peau intacte.
La cryolipolyse a été développée pour appliquer de basses températures au tissu via la conduction thermique. Le fonctionnement repose sur une température de froid contrôlé de -9°C (instituts de beauté) à -13°C (paramédicaux et médecins). Elle permet une réduction non invasive des amas de graisse localisés. Par ailleurs, les effets du froid sur la microcirculation périphérique, vasoconstriction suivie d’une vasodilatation en favorisant la microcirculation, améliore l’élimination des déchets métaboliques. La procédure est non-chirurgicale et constitue une alternative à la liposuccion. Toutefois, ces techniques doivent être utilisées par des professionnels formés.
Il existe de nombreux appareils. Tous sont calibrés pour ne pas descendre en dessous des-13°C.
Il n’existe pas d’appareil grand public.

Enfin, il y a un effet baptisé “Frotox™”, qui est présenté comme le nouveau Botox. Développé dans la Silicon Valley par la société Myoscience et commercialisé sous le nom d’Iovera, la “focus cold therapy” est maintenant utilisée en cabine esthétique pour réduire les rides. Par opposition au Botox, qui agit sur la jonction entre le nerf et le muscle en inhibant la contraction musculaire, ce processus agit uniquement sur le nerf en le détruisant temporairement. Une pratique non toxique et non invasive puisqu’aucun agent n’est injecté dans les tissus, ce qui lui vaut également le nom de “no-tox”. On refroidit des aiguilles avec du NO2 (dioxyde d’azote) à une température comprise entre -40 et -60°C. Ce faisant, on empêche les muscles de bouger. Cette technique, développée initialement pour réduire la douleur, s’est montrée efficace pour l’amélioration du relief cutané. En effet, l’application du froid à la branche temporelle du nerf facial peut inhiber temporairement la conduction nerveuse motrice, entraînant l’inhibition de la contraction volontaire des groupes musculaires frontaux et de la glabelle.
Le Frotox™ agit donc sur les nerfs du front. Cet effet a pour conséquence un lissage de la peau, un peu comme le fait le botox. Il est réversible, et même parfaitement réversible selon les auteurs, puisque la gaine du nerf se reconstitue assez rapidement, et le traitement peut être ainsi répété.

Le froid par lui-même présente également de l’intérêt. C’est sur la base de son effet qu’ont été développées et utilisées en instituts des techniques utilisant des dispositifs produisant du froid pour compléter certaines routines esthétiques. Cet effet est particulièrement connu sous le nom d’effet Peltier.
L’effet Peltier est un effet thermoélectrique consistant en un phénomène physique de déplacement de chaleur en présence d’un courant électrique. L’effet se produit dans des matériaux conducteurs de natures diverses reliés entre eux (contacts). L’une des jonctions se refroidit alors pendant que l’autre se réchauffe. Ces dispositifs permettent alors de produire du froid. Cet effet a été découvert en 1834 par le physicien Jean-Charles Peltier. Il permet la réalisation de petits appareils à “tête froide” pouvant être utilisés en cabine en massage ou application locale. On retrouve les effets génériques du froid.

Dans une réalisation très récente, cet effet a été mis en œuvre pour la conception d’un système très malin pour la conservation des produits. En effet, le froid améliore significativement la conservation de tout type de produits, les cosmétiques notamment. Ce dispositif appelé Beautigloo vient d’être très récemment commercialisé.

Moins connu, mais tout aussi intéressant est “l’effet frisson”. Dans cette approche qui concerne les produits amincissants et la lutte contre la cellulite et l’obésité, l’idée consiste à utiliser une propriété particulière du tissu adipeux. On sait depuis longtemps qu’il existe deux types de tissus adipeux chez l’humain, le tissu adipeux blanc et le tissu adipeux brun. Leurs fonctions sont sensiblement différentes. Le blanc est une forme de stockage, l’autre est le tissu adipeux brun ou graisse brune dont la fonction est différente. Il est particulièrement abondant chez les nouveau-nés et chez les mammifères hibernants. Sa principale fonction est d’assurer, grâce à la lipolyse, la thermogenèse chez les animaux qui hibernent et chez les nouveau-nés qui ne sont pas encore capables de frissonner. Le blanc est stocké, quand le brun est brulé immédiatement. Or, le froid favorise ce passage du blanc au brun. C’est ce que l’on appelle “l’effet frisson”. Il est à la base d’un effet permettant d’espérer transformer la graisse corporelle de blanche en brune. Les recherches se sont orientées vers l’idée de trouver des substances susceptibles de reproduire cet effet frisson. Un premier actif cosmétique (Caprylic/Capric triglyceride, Plankton extract, Tocopherol : une micro-algue riche en xanthophylles) revendique de favoriser la conversion d’adipocytes blancs en adipocytes beiges, conduisant à une réduction significative de la masse graisseuse sous-cutanée. D’autres spécialités fonctionnant sur le même principe sont apparues sur le marché des actifs.

Les produits et les marques dans tout ça ? Le froid a également trouvé dans ce domaine des associations avec la cosmétique et la beauté. Ce sont tout d’abord les fameux Cold cream. L’invention de cette crème est attribuée à un médecin du IIe siècle de notre ère, Galien, née à Pergame en Asie. L’histoire raconte que les belles romaines appliquaient cette crème pour adoucir l’irritation due au mercure contenu dans leur produit de maquillage. Depuis, cette formule a traversé le temps et est très utilisée encore aujourd’hui, notamment sous forme de préparations magistrales réalisées en pharmacie. Elle est appelée Ceratum Galeni, ou Cérat de Galien en pharmacie, et c’est sous ce nom qu’on la connaît encore aujourd’hui. Le cold cream est un cérat aromatique venant d’Angleterre dont la composition est loin d’être fixée et qui peut être à la base de cérats composés dans lesquels on incorpore des substances médicamenteuses appropriées. Néanmoins, son utilisation est davantage cosmétique. Selon les sources, le nom “cold cream” a deux origines : la version la plus communément admise vient de la sensation fraîche que l’application de cette crème laisse sur la peau lors de l’application. Une autre explication vient de l’instabilité chronique que ces produits. Les crèmes devaient être stockées dans un endroit frais pour être conserver. Le produit générait alors un toucher froid, ce qui pourrait lui avoir donné son nom. Par recoupement, on peut admettre que le terme se généralise à la fin du XIXe siècle.

Dans une version très améliorée, très moderne et futuriste, l’Ice source est un produit étonnant. Il s’agit d’un produit froid, le froid étant obtenu extemporanément par un dispositif issu de la recherche spatiale (Voir cette histoire). On notera au passage l’ingéniosité qui consiste à se servir du retour à la température corporelle pour améliorer l’efficacité des actifs.

En ce qui concerne les marques, il y en a quelques-unes qui jouent de cette proximité. Mais ces marques jouent plus de la présence d’actifs spécifiques associés au froid, comme des extraits de végétaux se développant dans des régions froides, que par la génération de froid ou l’effet du froid. Dans ce domaine, on peut citer une marque française assez remarquable qui opère sur ce positionnement, Polar Skin. Son créateur, Daniel Kurbiel, nous explique sa démarche.

Au-delà des actifs venant de végétaux polaires, une mention pour une autre initiative très originale : la production de molécules peptidiques de petite taille, appelées cytokines ou encore facteurs de croissance, qui poussent dans des régions où il fait très froid (Islande). La société à l’origine de cette technologie a développé une démarche particulière basée sur la biotechnologie et qui consiste à faire pousser les végétaux greffés en utilisant des ressources non contaminantes, comme l’énergie géodésique propre à ce pays, qui chauffe et éclaire des serres dans lesquelles poussent les plantes produisant ces substances. Une gamme de produits issue de cette technologie est proposée à la vente.

Enfin, pour finir par une touche amusante sur le lien peau et froid, et même si le film n’est pas drôle, signalons “Cold Skin”, qui est un film de science-fiction horrifique franco-espagnol réalisé par Xavier Gens, sorti en 2017. Il s’agit de l’adaptation du roman catalan La Peau froide (La pell freda) d’Albert Sánchez Piñol (2002). Pendant les années 1910, un jeune climatologue débarque sur une île pour y travailler pendant un an. Il y rencontre le gardien du phare et d’étranges créatures.

À propos de l’auteur
Biologiste de formation, Jean Claude Le Joliff a été un homme de R&D pendant de nombreuses années. Successivement en charge de la R&D, puis de la Recherche et de l’Innovation dans un grand groupe français de cosmétiques et du luxe, et après une expérience de création d’un centre de recherche (CERIES), il s’est tourné vers la gestion de l’innovation.
Il a été par ailleurs Professeur associé à l’Université de Versailles Saint Quentin (UVSQ) et reste chargé de cours dans le cadre de plusieurs enseignements spécialisés : ISIPCA, IPIL, ITECH, UBS, UCO, SFC, etc.
Il est le fondateur de inn2c, société de conseil en R&D et Innovation. Consultant auprès de plusieurs sociétés internationales, il a participé activement à des projets comme Filorga, Aïny, Fareva, et bien d’autres.
Il a créé la Cosmétothèque®, premier conservatoire des métiers et des savoirs faire de cette industrie.

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