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21 janvier 2014Produits

Le vernis à ongles (partie 1) Ajouter à mon portfolio
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© 123rf

Le vernis à ongles est devenu l'un des produits phares de l'industrie cosmétique, et du maquillage en particulier. Dans sa forme actuelle, c'est le dernier grand produit de maquillage qui a été conçu et qui connaît un succès fulgurant… après une bien longue histoire.

Temps de lecture : ~ 7 minutes

Entre 2010 et 2011, on note une croissance des ventes de de vernis à ongles de +63 % aux USA, de +25 % au Uk et de +1,6 % en France. Des chiffres qui donnent à eux seuls le vertige (source : Panels POS The NPD Group).

Un peu d’histoire

Le concept de manucure commence en Inde grâce à l'utilisation du henné comme une peinture d’ongles, il y a plus de 5 000 ans. Cette pratique va se propager et être adoptée par différentes cultures. On croit savoir que les gens de Babylone ont pris le pas en allant un peu plus loin vers 4 000 avant J.-C. en se tournant vers l'or massif pour atteindre la manucure parfaite.

Le vernis à ongles semble avoir été inventé par les Chinois vers 3 000 avant JC. Toutefois, Japonais et Italiens pensent encore avoir été les premiers à utiliser le vernis à ongles. Les Chinois utilisaient une laque de couleur, faite à partir d'une combinaison de gomme arabique, de blancs d'œufs, de gélatine et de cire d'abeille. Ils ont également utilisé un mélange composé d'une poudre de pétales de fleurs mélangée à de l'alun. Cette composition, lorsqu'elle est appliquée sur les ongles pendant quelques heures ou toute la nuit, laissait une couleur allant du rose au rouge.

En Chine, durant la dynastie Zhou vers 600 avant J.-C., les familles royales utilisaient également de l'or et de l'argent pour embellir leurs ongles. Un manuscrit du XVe siècle cite le rouge et le noir comme les couleurs choisies par la royauté, pendant les siècles précédents.

Les Égyptiens, quant à eux, utilisaient des teintures brun-rouge obtenues à partir de henné pour colorer leurs ongles mais aussi le bout de leurs doigts, teinture encore fréquemment utilisée de nos jours. La couleur des ongles indiquaient le rang social. La reine Néfertiti colorait en rouge rubis ses ongles de mains et de pieds. Cléopâtre préférait, quant à elle, une teinte rouille intense. Les femmes de rang inférieur qui coloraient leurs ongles n'étaient autorisées qu'à utiliser des teintes pâles, et aucune femme n’osait afficher la palette de couleurs utilisée par le roi ou la reine.

Les Incas sont connus pour avoir décoré leurs ongles avec des représentations d'aigles.
La suite de l’Histoire du vernis à ongles est inconnue, il semble être tombé dans l’oubli pendant des siècles, pour enfin réapparaitre au XIXe siècle.

Une renaissance au début du 19e siècle

Au début du XIXe siècle, les ongles étaient teintés en rouge avec des huiles parfumées, puis meulés et lustrés avec une peau de chamois, plutôt que simplement peints. Cette pratique se retrouvera un siècle plus tard puisque les femmes continueront de polir leurs ongles en les massant avec des poudres et des crèmes teintées pour les rendre brillants, d’ou probablement le nom de "nail polish".
Un tel produit de lustrage vendu à cette époque était la pâte Graf's Hyglo .

Un certain nombre de femmes au cours de cette période teintaient leurs ongles avec des vernis clairs et brillants appliqués avec des brosses en poil de chameau.

Vers les années 1920, la création de la peinture pour l’automobile inspire une maquilleuse française, Michelle Ménard, qui propose des émaux de couleurs pour les ongles. Mais son produit est de mauvaise qualité et il sera vite concurrencé par celui élaboré par un québécois, Charles Revson, avec son frère Joseph et un chimiste, Charles Lachman (le L de Revlon !).

La peinture comme source d’inspiration

Leur invention s’appuie sur les progrès fait dans le domaine des peintures et en particulier sur les travaux de valorisation des importants stocks de poudre à canons issus de la première guerre mondiale. Ceux-ci donneront naissance à une catégorie particulière de vernis, les vernis cellulosiques, dont une variante sera les vernis à ongles.

Le principe de ce produit est de former un film coloré et résistant à la surface de l’ongle par évaporation de solvants ayant préalablement dissous un "film former" spécifique.

Le vernis devient rapidement à la mode, de couleur assortie au rouge à lèvres. ( Charles Revson aurait été choqué d’avoir vu une femme porter une main à sa bouche avec un vernis jurant avec son rouge à lèvres et lança donc le concept d’harmonie entre vernis à ongles et rouge à lèvres ). Les stars hollywoodiennes se l’approprient, et c’est l’apothéose, il entre au panthéon du Make Up.

Revlon, 1er à introduire le vernis à ongles aux USA, sera concurrencé par des marques moins connues en Europe comme Cutex, Sally Hansen créée au début des années 50.

En Europe, cette famille de produits prendra son essor dans les années d’après-guerre, et dès 1962, la marque Dior lance un vernis à ongles. Ce sera l'une des toutes premières marques de luxe à s'aventurer sur ce marché.

Les marques références seront Mavala, Chen Yu, Inoxa. À partir de 1970, les principaux acteurs de la beauté lanceront progressivement des gammes de produits, et à ce jour, toutes les marques spécialisées dans le maquillage présentes une ou plusieurs gammes de vernis à ongles. Il existe même des marques importantes totalement centrées sur cette famille de produits, comme Essie ou O.P.I, illustrant l'intense bagarre qui existe maintenant sur ce créneau, avec l’avènement de ce produit au rang de principal outil des "fashion victims". Aux USA, la start-up Lacquerous a lancé en 2012 une offre permettant aux femmes d’échanger leurs vernis à ongles au lieu de les acheter. Sans dépenser des fortunes, il est alors possible d’être toujours à la pointe de la dernière couleur tendance !

Jean-Claude Le Joliff

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