CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
14 mars 2016Publications scientifiques

3 jours de cosmétiques "sans" : moins de perturbateurs endocriniens dans le corps ! Ajouter à mon portfolio
fonctionnalité réservé aux abonnés pro
voir nos formules d'abonnement

© L'Observatoire des Cosmétiques

Une étude, menée par des chercheurs de l’Université américaine de Berkeley et un hôpital de la Vallée de Salinas en Californie, montre comment l’évitement de certains produits de maquillage, shampooings et autres cosmétiques, même pendant une courte période, peut faire baisser de façon significative le niveau de perturbateurs endocriniens dans le corps. Ses résultats ont été publiés dans le journal Environmental Health Perspectives, en mars 2016.

Temps de lecture : ~ 6 minutes

Le projet HERMOSA (Health and Environmental Research on Makeup of Salinas Adolescents) est mené en collaboration par l’université de Berkeley, la Clinica de Salud del Valle de Salinas et une équipe de jeunes chercheurs du Chamacos Youth Council de Salinas, en Californie. Il a pour but d’impliquer les adolescents dans les domaines de la santé publique et de l’environnement.

Les chercheurs ont fourni aux 100 adolescentes participant à l’étude des produits cosmétiques étiquetés “sans substances chimiques” comme les phtalates, les parabènes, le triclosan et la benzophénone. Ces ingrédients sont largement utilisés dans les cosmétiques, y compris le maquillage, les parfums, les soins capillaires, les savons et les crèmes solaires, et il a été montré, par des expérimentations sur l’animal, qu’ils interféraient avec le système endocrinien.

“Les femmes sont les premières consommatrices de nombreux produits cosmétiques, et de ce fait, elles peuvent être exposées de façon disproportionnée à ces substances chimiques”, selon la directrice de l’étude, Kim Harley, de l’université de Berkeley. *“Cela représente un risque particulier pour les* adolescentes, dont le l’appareil reproductif est en plein développement, et dont des études ont montré qu’elles utilisaient davantage de produits cosmétiques par jour que la moyenne des femmes adultes”.

L’analyse d’échantillons d’urine avant et après un test de trois jours durant lesquels les participantes ont utilisé les cosmétiques “sans” a montré des baisses significatives des niveaux des substances chimiques incriminées dans leurs corps. Les métabolites de Diethyl phtalate, souvent présents dans les parfums, ont ainsi diminué de 27 %. Les conservateurs méthyl- et propyl- parabènes ont chuté respectivement de 44 et 45 %. De même, le triclosan, qu’on retrouve dans des savons antibactériens et certains dentifrices, et le filtre anti-UV benzophénone-3 présent dans certaines crèmes solaires, ont diminué de 36 %.

Bizarrement, une légère augmentation de deux autres parabènes moins usités a été observée. Selon les auteurs de l’étude, leur niveau dans l’organisme restait faible et peut s’expliquer par une contamination accidentelle ou une substitution non précisée sur les étiquettes.

Pour Kimberly Parra, co-directrice de l’étude, il était important d’impliquer les jeunes dans l’élaboration et la conduite de cette étude : “Les* résultats sont particulièrement intéressants d’un point de vue scientifique", indique-t-elle, ”mais le fait que des étudiants ont dirigé l’étude a permis une nouvelle étape dans l’engagement de la jeunesse à étudier la science et à comprendre comment elle peut être utile pour améliorer sa santé. Après avoir pris connaissance des résultats, les jeunes ont commencé spontanément à avertir leurs amies et ont présenté cette problématique aux législateurs de Sacramento".

L’une des jeunes chercheuses, originaire de Salinas et co-auteur de l’étude, Maritza Cárdenas, est aujourd’hui étudiante en biologie à l’université de Berkeley : “Un des objectifs de notre étude était de provoquer une prise de conscience chez les participantes sur les substances chimiques présentes dans les produits de consommation quotidiens, et de les aider à mieux comprendre les cosmétiques qu’elles utilisent”, souligne-t-elle. “Voir la baisse des niveaux des substances chimiques dans leurs corps après seulement trois jours de test montre que des actions simples, comme le choix de produits contenant moins de chimie, peuvent faire la différence”.

Les chercheurs notent que réunir des données sur les effets sur la santé de l’exposition à ces substances, particulièrement à long terme, est difficile. Mais ils soulignent qu’on dispose de plus en plus de preuves de la relation entre les perturbateurs endocriniens et les problèmes neurocomportementaux, l’obésité ou le développement de cancers : “Nous en savons assez pour être inquiets de l’exposition des adolescentes à ces substances”, affirme Kim Harley. “Il est parfois utile de faire jouer le principe de précaution, surtout quand il suffit de changer le choix des produits que chacun achète”.

Maritza Cárdenas a ainsi indiqué que les résultats de cette étude avaient déjà influencé ce choix pour elle-même : “Personnellement, depuis cette étude, j’essaie d’utiliser plus de produits bio”, a-t-elle déclaré. “C’est difficile, particulièrement pour une étudiante qui n’a pas beaucoup d’argent. On a tendance à acheter au moins cher. Mais j’ai décidé d’investir plus sur des produits contenant moins de chimie, à cause de ses effets dans le futur. Et si on ne peut pas faire les meilleurs choix à cause du prix quand on achète les produits, on peut au moins essayer de limiter leur utilisation”.

Source
Teen girls see big drop in chemical exposure with switch in cosmetics, Berkeley News, 7 mars 2016.

FP

Tous les articles (82)