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5 septembre 2014Publications scientifiques

Écrans UV nanos : un danger pour la vie marine Ajouter à mon portfolio
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Une étude de chercheurs espagnols, publiée durant l’été dans le journal scientifique Environmental Science & Technology, alerte sur le potentiel nocif des écrans solaires nanos (dioxyde de titane et oxyde zinc) sur le milieu marin. Ils affectent notamment le phytoplancton, base de la chaîne alimentaire des animaux qui vivent dans la mer.

Temps de lecture : ~ 3 minutes

Il est prouvé que les crèmes solaires constituent la protection la plus efficace de la peau face aux atteintes des radiations UV du soleil, rappellent d’abord les chercheurs. Mais les filtres utilisés dans ces produits sont loin d’être anodins pour l’environnement. Antonio Tovar-Sanchez et David Sánchez-Quiles, les chercheurs qui signent cette étude, affirment ainsi qu’ils s’accumulent dans la mer, produisant des effets toxiques sur les organismes marins.

Quand les amateurs de bain de soleil plongent dans la mer pour se rafraîchir, une partie des laits et crèmes dont ils se sont enduits sont “rincés” dans l’eau. Le problème est que les nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc, couramment utilisées dans les produits de protection solaire, peuvent se transformer sous l’effet des rayons UV et produire de nouveaux composés, comme le peroxyde d’hydrogène. Une molécule au potentiel toxique, notamment pour le phytoplancton qui constitue la nourriture de base des animaux marins.

Pour mener leur étude, les chercheurs sont allés à la plage. À Majorque, Palmira accueille environ 10 000 baigneurs, une goutte d’eau comparée au plus de 200 millions de touristes qui rejoignent les bords de la Méditerranée chaque année. Sur la base de tests en laboratoire d’échantillons d’eau de mer et des données touristiques, ils concluent que les écrans des crèmes solaires sont largement responsables d’un pic spectaculaire du taux de peroxyde d’hydrogène dans les eaux côtières durant l’été… avec des conséquences potentiellement dangereuses pour la vie aquatique.

“Dans cette étude”, disent-ils, “nous démontrons que la photo-excitation des écrans UV (nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc) par les radiations solaires produit des quantités significatives de peroxyde d’hydrogène, un fort agent oxydant qui génère des niveaux élevés de stress sur le phytoplancton marin. Nos résultats montrent que le contenu en nanoparticule d’1 gramme de produit solaire produit des taux de peroxyde d’hydrogène dans l’eau de mer allant jusqu’à 463 nM/h, ce qui affecte directement la croissance du phytoplancton.
Selon des estimations prudentes, l’activité touristique sur une plage de Méditerranée durant une journée d’été peut relarguer de l’ordre de 4 kg de nanoparticules de dioxyde de titane dans l’eau, et aboutir à une augmentation de la concentration en peroxyde d’hydrogène de 270 nM/jour.
Nos résultats, croisés avec les données fournies par les offices du tourisme en Méditerranée, montrent que les nanoparticules de dioxyde de titane constituent l’agent oxydant le plus important des eaux côtières, avec des conséquences écologiques directes sur l’écosystème”
.

Pour aller plus loin
• Voir l’étude “Sunscreens as a Source of Hydrogen Peroxide Production in Coastal Waters”, publiée dans le journal Environmental Science & Technology.

FP

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