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14 octobre 2015Publications scientifiques

Les conservateurs des cosmétiques : globalement sûrs, selon le Danemark Ajouter à mon portfolio
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© L'Observatoire des Cosmétiques

Très attentif à la sécurité des conservateurs dans les produits cosmétiques (il a été le premier pays européen à interdire certains parabènes dans les produits pour bébés), le Danemark vient de publier les résultats d'une nouvelle évaluation de leur sécurité pour la santé et l'environnement, effectuée par son Agence nationale pour la protection environnementale. Conclusion : la plupart sont sûrs d'emploi, même si certains peuvent induire des allergies ou des risques en cas de surutilisation.

Temps de lecture : ~ 7 minutes

Cette étude a été conduite par l'Agence pour la protection environnementale danoise, qui dépend du ministère de de l'Environnement et de l'Alimentation, entre juillet 2013 et août 2014.
Son objectif était d'évaluer s'il existe un risque associé à l'utilisation des conservateurs dans les produits cosmétiques. elle s'est déroulée en deux temps :
 1. l'identification des conservateurs utilisés en pratique dans les cosmétiques disponibles sur le marché danois, et ceux qui sont les plus souvent présents ;
 2. l'évaluation du risque représenté par les conservateurs les plus pertinents à étudier pour l'environnement et pour la santé.

Le cadre de l'étude

 636 produits ont été étudiés, de différentes catégories, y compris les produits solaires, les poudres et les lingettes. 31 % ne contenaient pas de conservateurs, ce qui peut s'expliquer, selon le rapport, par le fait que le packaging du produit et/ou sa composition les rendent inutiles. L'étude a identifié un total de 53 conservateurs utilisés dans les produits cosmétiques. Par rapport aux précédentes études menées par l'Agence, celle-ci montre que l'utilisation des parabènes est en diminution.

 25 conservateurs autorisés ont été évalués, sous l'angle de leurs impacts sur l'environnement et sur la santé. D'une façon générale, il a été noté que les données publiées sur ces substances sont limitées. La plupart de celles qui sont disponibles datent des années 80 et 90, et la littérature scientifique récente est très peu fournie.

L'évaluation environnementale

Du point de vue environnemental, sept conservateurs se révèlent persistants (P) ou toxiques (T) pour les organismes aquatiques. Ces substances sont le Formaldehyde (T), les sulfites (suspectés P), le Climbazole (P), le mélange Methylchloroisothiazolinone – Methylisothiazolinone avec le Magnesium chloride et le Magnesium nitrate (suspecté P), la Chlorhexidine (P), la Methylisothiazolinone (suspectée P) et le Zinc pyrithione (T). Aucune de ces substances ne remplit les critères pour être bio-accumulative (B).

L'évaluation pour la santé

Du point de vue des effets sur la santé humaine, quelques substances n'ont pas été prises en compte dans cette étude, notamment parce qu'elles sont déjà en cours d'évaluation au niveau européen. Il s'agit de la Methylisothiazolinone, fortement allergisante, et du Formaldehyde, re-classifié en décembre 2013 en cancérogène de catégorie 1B et mutagène de catégorie 2, ce qui pourrait impliquer sa totale interdiction dans les produits cosmétiques.
Les conservateurs suivants ont été évalués plus en détail :
• les libérateurs de formaldéhyde, principalement du fait de leur potentiel sensibilisant, et parce que le formaldéhyde est classifié mutagène et cancérogène ;
• les conservateurs contenant du mercure (Thimerosal et Phenyl mercuric acetate), bien qu'il n'en ait pas été trouvé dans les produits cosmétiques présents sur le marché danois ;
• Le Phenoxyethanol : l'évaluation par la France en 2012 a montré que cette substance était associée à une faible marge de sécurité du point de vue de ses effets sur la santé, et qu'elle n'était pas sûre d'utilisation pour les enfants de moins de trois ans. Elle a donc été étudiée, principalement du fait de son utilisation très répandue, puisque le Phenoxyethanol, dans de nombreux cas, remplace les parabènes :
• Le Zinc pyrithione, d'une part parce que cette substance peut avoir des effets nocifs sur l'environnement, d'autre part du  fait du seuil relativement bas à partir duquel il a des effets sur la santé.

Risque global faible

L'évaluation des risques pour le Phenoxyethanol, le DMDM Hydantoin, l'Imidazolidinyl urea, le Zinc pyrithione et le Thimerosal montre que, si on ne prend pas en compte le risque de sensibilisation, un produit cosmétique est sûr d'utilisation même quand les conservateurs sont présents dans les concentrations maximales autorisées. De façon générale, cette étude conclut qu'aucun produit cosmétique en lui-même ne constitue un risque.
L'hypothétique "pire scenario" (les substances sont présentes dans tous les produits cosmétiques utilisés par un adulte ou un enfant le même jour) ne montre pas de risque associé à la DMDM Hydantoin, contrairement à l'Imidazolidinyl urea. Cependant, comme l'Imidazolidinyl urea est utilisée relativement rarement en cosmétique, cette substance ne semble pas poser de risque à la concentration maximale autorisée de 0,6 %.

Le Zinc pyrithione et le Thimerosal sont autorisés dans très peu de types de produits, et de ce fait, l'évaluation du risque lié à l'utilisation de plusieurs produits le même jour n'a pas été effectuée pour ces deux substances.

Risque de sensibilisation

L'allergie de contact aux conservateurs est bien décrite dans la littérature scientifique, et c'est l'une des principales causes d'allergie aux produits cosmétiques. Concernant les conservateurs évalués dans cette étude, l'effet critique est également l'allergie pour plusieurs d'entre eux. On peut conclure qu'il existe un risque d'allergie du fait de l'utilisation de produits cosmétiques contenant trois des cinq conservateurs étudiés (DMDM Hydantoin, Imidazolidinyl urea et Thimerosal).

L'abandon des parabènes peut conduire à une plus large utilisation d'autres conservateurs, éventuellement plus problématiques en ce qui concerne le risque allergique. Les libérateurs de formaldéhyde (Quaternium-15, Diazolidinyl urea, DMDM Hydantoin ou Imidazolidinyl urea) représentent des risques de ce point de vue.

Le risque associé au Phenoxyethanol

Si l'on prend comme base la concentration maximale autorisée de Phenoxyethanol (1 %) dans les 14 produits cosmétiques utilisés le plus fréquemment quotidiennement, on peut calculer qu'il existe un risque lié à l'utilisation de ces 14 produits chaque jour (s'ils contiennent tous du Phenoxyethanol) qu'on y inclue ou pas une crème solaire. Sur la base d'un mandat de la Commission européenne du 22 avril 2014, le CSSC (Comité Scientifique européen pour la Sécurité des Consommateurs) procède actuellement à une évaluation de l'utilisation du Phenoxyethanol dans les produits cosmétiques.

Globalement toutefois, cette étude montre que la plupart des conservateurs sont sûrs d'utilisation dans les produits cosmétiques aux concentrations autorisées, que l'on soit exposé à un seul produit ou qu'on utilise chaque jour plusieurs produits contenant le même conservateur.
Cependant, il existe un risque d'induction d'allergie lié à l'utilisation de certains conservateurs actuellement autorisés.

Pour aller plus loin
• Voir l'étude Survey and health and environmental assessment of preservatives in cosmetic products, Survey of chemical substances in consumer products No. 138, 2015 , de l'Agence pour la protection environnementale danoise.

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