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5 mars 2015Publications scientifiques

Les UV nocifs plusieurs heures après l'exposition Ajouter à mon portfolio
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Selon une récente étude de chercheurs de l’Université de Yale aux États-Unis, une grande partie des dommages que les radiations UV causent à la peau interviennent des heures après l’exposition au soleil. Une découverte qui pourrait inciter à la mise au point de futurs soins cosmétiques protecteurs d’un genre nouveau.

Temps de lecture : ~ 4 minutes

Cette étude a été publiée par le Journal Science ce 19 février 2015.

Les chercheurs expliquent que l’exposition aux rayons UV, qu’ils soient produits par le soleil ou en cabine de bronzage, peut endommager l’ADN des mélanocytes, ces cellules productrices de la mélanine qui colore la peau et la fait bronzer. Ces dommages sont l’une des principales causes des cancers de la peau.
Jusqu’alors, les experts pensaient que la mélanine protégeait la peau en bloquant les UV dangereux. Mais des études indiquaient aussi que la mélanine joue également un rôle dans les atteintes aux cellules.

Au cours de cette recherche, Douglas Brash, professeur de radiologie thérapeutique et de dermatologie à l’école de médecine de Yale, et son équipe, ont d’abord exposé des mélanocytes humains et de souris aux radiations d’une lampe UV. Ces radiations ont causé un type de dommages à l’ADN, connu sous le nom de dimères cyclobutaniques, qui induit une déformation de l’ADN et empêche que les informations qu’il contient soient “lues” correctement. À la surprise des chercheurs, les mélanocytes n’ont pas seulement généré ces dimères cyclobutaniques immédiatement, mais ont continué à le faire pendant plusieurs heures après la fin de l’exposition. Alors que les cellules ne contenant pas de mélanine n’en ont généré que durant le temps de l’exposition.

Selon Douglas Brash, qui est également membre du Centre sur le Cancer de Yale, cette découverte montre que la mélanine a à la fois des effets cancérogènes et un rôle protecteur. “Si vous considérez la peau d’un adulte”, explique-t-il, “la mélanine protège des dimères cyclobutaniques en agissant comme un bouclier. Mais elle fait du bien et du mal en même temps”.

Les chercheurs ont ensuite étudié l’étendue des dommages qui interviennent après l’exposition solaire, en empêchant la réparation normale de l’ADN sur des souris. Ils ont découvert que la moitié des dimères cyclobutaniques sur les mélanocytes étaient “noirs”, c’est-à-dire qu’ils sont générés dans le noir.

En cherchant l’explication de ces résultats, Sanjay Premi, qui travaille dans le laboratoire de Douglas Brash, a découvert que la lumière ultra-violette (UV) activait deux enzymes, qui se combinaient pour “exciter” un électron dans la mélanine. L’énergie générée par ce processus est transférée à l’ADN dans le noir, créant des dommages à l’ADN identiques à ceux que la lumière du soleil cause en plein jour. Ce phénomène n’avait été observé jusqu’alors que chez des plantes et des animaux.

Tout en reconnaissant que cette découverte de l’effet cancérogène de la mélanine est déconcertante, les chercheurs y voient aussi une raison d’espérer. Car la lenteur du phénomène d’“excitation” de la mélanine peut permettre à de nouveaux outils de protection d’avoir le temps d’agir. Il pourrait s’agir d’une sorte de “crème solaire du lendemain” ou d’un nouveau type d’après-soleil, des produits intégrant une ou des substances capables de bloquer le transfert de l’énergie du processus d’excitation… ce qu’aucun après-soleil ne fait aujourd’hui.
Avis aux laboratoires R&D de cosmétiques !

Pour aller plus loin
• Voir l’étude des chercheurs de Yale, Chemiexcitation of melanin derivatives induces DNA photoproducts long after UV exposure, sur le site Internet du journal Science.

FP

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