CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
27 octobre 2015Publications scientifiques

Vernis à ongles : une source d'exposition aux perturbateurs endocriniens Ajouter à mon portfolio
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© Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

Selon une étude menée aux États-Unis par des chercheurs de l’université de Duke et l’organisation EWG (Environmental Working Group), un plastifiant utilisé dans les vernis à ongles et suspecté d’agir en perturbateur endocrinien, le Triphenyl phosphate (TPHP), est retrouvé dans les urines des femmes en concentration importante quelques heures après l’application. Une preuve de l’absorption de cette substance par l’organisme, et une source d’exposition inquiétante pour les femmes et les jeunes filles.

Temps de lecture : ~ 5 minutes

Le TPHP est fréquemment présent dans les formules des vernis à ongles en tant que plastifiant, pour rendre le produit plus souple et améliorer sa tenue. Les fabricants l’utilisent de plus en plus en remplacement du dibutyl phthalate, une substance dont de nombreuses études ont montré qu’il agissait, comme d’autres phtalates, en perturbateur endocrinien et qu’il était toxique pour le système de reproduction. Mais l’alternative n’est peut-être pas plus sûre.

La plupart des recherches menées sur le TPHP s’intéressent à ses effets sur les cellules animales. Quelques-unes ont relié l’exposition à cette substance à des changements dans le système hormonal et de reproduction chez les humains. Le TPHP est également utilisé pour fabriquer des plastiques et en tant que retardateur de flamme dans les mousses des meubles.

Cette étude a été menée sur 26 volontaires. Les chercheurs ont analysé des échantillons de l’urine de ces 26 femmes, collectés avant et après l’application d’un vernis à ongles contenant environ 1 % de TPHP. Techniquement, ils ont recherché la présence de Diphenyl phosphate (DPHP), qui est formé par la métabolisation du TPHP par le corps humain.

Première observation : quand les participantes à cette expérience portaient des gants ou ont appliqué le vernis sur de faux ongles synthétiques, le niveau de DPHP dans leur urine n’a pas changé notablement. Mais quand elles ont posé le vernis directement sur leurs ongles, ce niveau a augmenté nettement, jusqu’à être sept fois plus élevé.

Normalement, la plupart des molécules ne traversent pas les ongles. Les chercheurs de cette étude ont émis l’hypothèse que d’autres ingrédients du vernis comme les solvants rendent les ongles plus absorbants. Ils suspectent également que le réseau capillaire des cuticules qui entoure l’ongle puisse jouer un rôle de “transporteur” des substances chimiques dans l’organisme.

Deux à six heures après la pose du vernis, 24 des 26 volontaires avaient des niveaux légèrement plus élevés de DPHP dans leurs urines. Dix à 14 heures après, Ces niveaux avaient augmenté jusqu’à être sept fois plus élevés chez l’ensemble des 26 participantes, ce qui laisse supposer que davantage de TPHP avait pénétré dans leur organisme et été métabolisé en DPHP.

Quatre volontaires ont collecté leur urine durant 48 heures. Pour trois d’entre elles, les concentrations de DPHP ont été mesurées à leur maximum entre 10 et 20 heures après l’application du vernis.

Ces résultats montrent que les vernis à ongles peuvent être une source d’exposition importante au TPHP à court terme. Pour les utilisatrices régulières de vernis, cette exposition pourrait représenter un risque à long terme.

“Il est inquiétant de voir que des vernis à ongles destinés à être utilisés par des femmes et des adolescentes contiennent un potentiel perturbateur endocrinien”, a commenté Johanna Congleton, scientifique de l’organisation EWG et co-auteur de l’étude. “Et il est encore plus inquiétant que leur organisme absorbe cette substance relativement rapidement après l’application d’une couche de vernis”.

Le TPHP est présent dans la liste des ingrédients de très nombreux vernis : près de la moitié de ceux qui sont sur le marché, selon EWG. Qui souligne aussi que certains de ceux qui ont testés en contenait sans que cela soit mentionné sur l’étiquette.

Quelques conseils pour limiter les risques d’exposition :
• lire les étiquettes et les listes d’ingrédients des produits, et éviter ceux qui contiennent du Triphenyl phosphate ;
• utiliser moins, et/ou moins souvent, de vernis à ongles, surtout en cas de grossesse ou à l’âge de la puberté ;
• appliquer toujours le vernis dans une pièce bien ventilée, et éviter de trop l’inhaler ;
• éviter le contact du produit avec les cuticules.

Source
Duke-EWG Study Finds Toxic Nail Polish Chemical In Women’s Bodies, 19 octobre 2015.

FP

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