vendredi 11 novembre 2016Billets d'humeur

L’Intelligence Artificielle et la formulation

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Dans un billet récent, j’abordais la question du recours de l’IA dans la démarche de formulation. Depuis, les choses se sont un peu précisées, et le tout fait en sorte que je trouve le besoin de revenir sur cette question.

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Dans ce premier papier , je faisais référence à Chef Watson et sa capacité à cuisiner de façon originale et nouvelle. Dans le Monde Informatique , on nous expliquait il y a quelques mois qu’IBM va ouvrir l'accès de son supercalculateur à des tiers. Le constructeur veut offrir aux éditeurs de logiciels la possibilité de développer des applications en mode Cloud qui exploitent les capacités d'intelligence artificielle de Watson. Une division entière au sein d’IBM exploite ces capacités technologiques. Notamment sous la forme d’un service Cloud baptisé Watson Analytics et via la plate-forme IBM Watson Developers Cloud.
Dans le but de vulgariser l’usage de Watson, Big Blue a investi pas moins d’un milliard de dollars, dédié des locaux et un effectif de 2 000 personnes ainsi qu’une aide destinée à l’accompagnement de start-ups. L’offre, basée sur l’intelligence artificielle de Watson, est un système centré que l’analytique, capable de comprendre les questions formulées en langage naturel. Il se distingue par sa rapidité d’analyse puisqu’il peut scruter pas moins d’un million de livres en une poignée de secondes.

Un site a été dédié à cette nouvelle pratique nouvelle de la cuisine . Certains s’y sont peut-être essayés. L'application, bien qu'en anglais, est relativement simple d'utilisation. Une fois identifié sur le site, vous devez choisir au moins un ingrédient. Le Chef Watson sélectionne alors trois autres ingrédients et affiche en dessous une liste de propositions.

Peut-être pour donner goût à ces logiques, c’est bien le moment de le dire, IBM a proposé plus récemment une App dédiée, IBM Chef Watson Twist , qui vous propose de réaliser de façon créative des cocktails à partir de vos goûts et vos envies avec l’aide de votre Smartphone. Vous sélectionnez une ambiance, un ingrédient de base, et l’application vous propose une recette originale de cocktail.

Tout ça peut faire sourire. Sauf que la contamination gagne !

Dans une récente publication , on nous apprend qu’une start-up britannique a créé quatre bières grâce à l'intelligence artificielle, adaptant ses breuvages selon les goûts des consommateurs. Une tâche habituellement accomplie par les brasseurs.

"Après avoir testé l'une de nos quatre bières, les consommateurs commentent les saveurs sur notre algorithme, ABI (Automated Brewing Intelligence)", explique Hew Leith, co-fondateur d'IntelligentX . "L'algorithme utilise cette data, collectée grâce à un bot Facebook Messenger [sorte de robot capable de faire la conversation] , pour dire à notre maître brasseur quelle recette brasser la prochaine fois".

La machine, basée sur ce que l’on appelle le " machine learning" peut alors travailler à optimiser la ou les propositions en prenant en compte de multiples avis, et tendre ainsi vers un produit optimum. Est-ce que ça ne ressemblerait pas à des pratiques courantes en formulation ? Sauf qu'on n'y utilise pas, ou pas encore, l’IA !!!

On peut argumenter immédiatement et dire que ça conduit à un produit "moyen", sans aspérités et donc banal, et que par ailleurs, le savoir-faire humain ne pourra jamais être concurrencé par une machine. Est-ce bien sûr ? Moi, je n’en suis pas convaincu et je me dis que les formulateurs feraient bien de s’intéresser à ces questions avant que ça ne leur tombe dessus sans crier garde. Et les développeurs de ce système n'écartent pas l'idée de se lancer dans d'autres produits, tels que le parfum, le chocolat ou le café… Et pourquoi pas, mais c’est moi qui le suggère, la formulation de produits cosmétiques ? Depuis le temps que l'on nous dit que ce n’est que de la cuisine !!!

Mais pour ce faire, il faudra partager de très nombreuses données que les sociétés de cosmétiques considèrent encore aujourd’hui comme hyper confidentielles et exclusives. Qui sera le premier à casser le code ou l’omerta ? Encore que, rappelons-nous que toutes les sociétés du monde sont dans l’obligation de dévoiler les formulations via les listes d’ingrédients sur les étiquettes !!! Est-ce suffisant pour ces systèmes boulimiques d’informations ? L’avenir le dira.

Quelle époque passionnante !!!

Jean Claude Le Joliff

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