CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
22 septembre 2011L'actualité des cosmétiques

Parabens : pourquoi tant de haine ? Ajouter à mon portfolio
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©L'Observatoire des Cosmétiques

L’édition 2011 du Beyond Beauty, salon dédié à la cosmétique, s’est tenue du 12 au 14 septembre. L’occasion pour Laurence Wittner, rédactrice-en-chef de L’Observatoire des Cosmétiques, d’y donner une conférence sur un thème d’actualité s’il en est : les parabens. Avec une question en guise de fil conducteur : comment les parabens sont passés du statut de "meilleurs conservateurs disponibles" à celui de "ingrédients à bannir sans discussion"… La salle, comble 10 minutes avant le début de son intervention, n’a pas pu accueillir toutes les personnes intéressées par cette présentation. Si vous l’avez manquée, la voici, comme si vous y étiez.

Temps de lecture : ~ 29 minutes

Il faut d’abord préciser qu’il n’y a pas UN paraben, mais bien DES parabens, différenciés, notamment du point de vue chimique, par la longueur de leurs chaînes alkyles.

Parmi les plus utilisés par l’industrie cosmétique, on peut ainsi classer les parabens en fonction de leur chaîne alkyle, de la plus courte à la plus longue : Methylparaben, Ethylparaben, Propylparaben, Isopropylparaben, Butylparaben, Isobutylparaben.

Tous sont des conservateurs antibactériens , et donc utilisés pour protéger les produits cosmétiques des proliférations bactériennes et microbiologiques qui pourraient constituer un danger pour la préservation du produit et la santé des consommateurs.

Les parabens sont utilisés, et très largement, depuis le début des années 30.

Ils sont connus pour être très efficaces, faciles d’utilisation pour les formulateurs (notamment parce qu’ils "n’abîment" pas les textures), et sont considérés comme sûrs d’emploi : leur potentiel allergisant est très faible, et bien moins important en tout cas que celui de nombre d’autres conservateurs .

Comme tous les conservateurs , ils sont soumis à des restrictions d’utilisation par la réglementation cosmétique.
Leur concentration maximale est ainsi limitée à :
• 0,4 % du produit fini quand ils sont utilisés seuls
• 0,8 % du produit fini quand ils sont utilisés en mélange (c’est le cas le plus fréquent).

On estime qu’il y a encore quelques années, ils conservaient 80 % des produits cosmétiques .

Mais, malgré ce profil très favorable, les parabens sont aujourd’hui largement refusés par les consommateurs qui recherchent de plus en plus le "sans paraben" .

Ils sont d’autre part menacés de nouvelles restrictions d’emploi au niveau réglementaire.

De plus en plus de voix s’élèvent, y compris au niveau politique, pour réclamer leur interdiction totale.

Que s’est-il donc passé ???

J’ai choisi de chercher la réponse à cette question en retraçant un rapide historique des parabens , autour de 3 dates clés.

 2005 : l’année de tous les dangers

Tout commence en fait à la fin 2004, même si la polémique a pris sa véritable ampleur au cours de l’année 2005.

Fin 2004, une étude de la chercheuse anglaise Philippa Darbre, de l’Université de Reading, fait l’objet d’une publication dans le Journal of Applied Toxicology.
Cette étude met en relation les parabens présents dans les cosmétiques (notamment les déodorants) et les cancers du sein.

Les chercheurs avaient alors observé 20 tumeurs cancéreuses du sein. Ils avaient trouvé des traces de parabens dans 18 d'entre elles, à de hautes concentrations pour 4 d’entre elles.

Le lien direct entre parabens et cancer n’était pas établi, le Dr Darbre disait elle-même que ce n’était qu’une 1ère étape dans ses recherches, la communauté scientifique appelait à la prudence, l’étude a été très vite et très largement controversée…

Elle aurait pu être "oubliée" comme tant d’autres l’ont été…

Elle ne l’a pas été.

D’abord parce qu’elle a été reprise sans réserve dans la 1ère édition d’un livre qui allait avoir un assez joli succès de librairie en France, La vérité sur les cosmétiques , signé par la journaliste allemande Rita Stiens.

Ce livre était le premier qui traitait du contenu des cosmétiques.
Pour mémoire, la directive de juillet 1976 venait de rendre obligatoire la déclaration exhaustive des ingrédients sur les emballages cosmétiques… Une vraie révolution : chaque consommateur pouvait avoir un libre accès à la composition des produits cosmétiques .

Et ce livre mettait l’accent sur une série d’ingrédients cosmétiques, qu’on appellera ensuite "controversés", notamment sur le plan de leur sécurité toxicologique, au premier rang desquels figuraient les parabens .

Et c’est ce livre qui a servi de point de départ à un reportage télévisé, diffusé le 3 mars 2005 par la chaîne française France 2 : Envoyé Spécial.

Que disait ce reportage ?
Il posait en fait deux questions : qu’y a-t-il dans nos cosmétiques ? Certains ingrédients peuvent-ils être dangereux pour la santé ?

Sont alors ciblés : le phénoxyéthanol (parce que c’est un éther de glycol), les parabens (soupçonnés d’avoir des propriétés cancérogènes), le DMDM hydantoin (un libérateur de formaldéhyde , classé comme cancérogène certain, et allergisant ) et d’autres molécules chimiques douteuses ou très polluantes pour l’environnement…

Les parabens et phénoxyéthanol y sont cités 4 fois en 3 minutes en début de reportage, présentés à chaque fois comme étant dangereux, gros plans sur les étiquettes des produits qui en contiennent à la clé.

Le reportage comprend de plus une rencontre avec le Dr Philippa Darbre : 2 minutes chrono où la chercheuse explique que les parabens favorisent la multiplication des cellules cancéreuses et que les déodorants peuvent jouer un rôle dans l’émergence des cancers du sein.

L’effet de perturbation endocrinienne est évoqué, mais ce qui ressort en premier de cette émission, c’est : parabens = cancer.

L’impact de ce reportage sur le public a été considérable.
Pour preuve, que pouvait-on lire sur le forum de l’émission au lendemain de sa diffusion ?

- L’émission d'hier soir m'a donné des sueurs froides en regardant ce que j'avais dans ma salle de bains, merci de bien vouloir me communiquer votre liste de produits non dangereux.

- Suite au reportage terrifiant sur les cosmétiques, je souhaiterais également connaître la liste des produits qui ne contiennent pas de paraben dans tous les secteurs de la cosmétique.

- Comme beaucoup de personnes, j'ai été choqué par l'émission concernant les produits nocifs dans les cosmétiques, je me suis jeté sur les étiquettes. Si des marques sont connues comme n’étant pas nocives, veuillez m'en informer.

- Je suis tout à fait preneuse des références des produits sans paraben…

- Serait-il possible aussi d'avoir la liste de ces produits sans paraben ?

- Pouvez-vous nous communiquer une liste de produits qui ne contient pas ces produits dangereux ?

Je vous en passe et beaucoup : il y a près de 350 messages de ce type, juste sur ce forum…

Et comme si ça ne suffisait pas, le 1er guide Cosmétox édité par l’association écologiste Greenpeace et qui cible les substances toxiques dans les cosmétiques, vient de paraître…

Résultat : le consommateur a peur. Il se pose des questions. Il attend des réponses…

 2005 : Quelles réponses des autorités sanitaires ?

Tournons-nous d’abord vers les autorités sanitaires.

Le SCCP, devenu aujourd’hui le CSSC (Comité Scientifique Européen pour la Sécurité des Consommateurs), comité d’experts dont les avis orientent la réglementation européenne, prend une première position en janvier 2005.
Il affirme qu’il n’existe pas de lien entre déodorant et cancer du sein.
Et ajoute que "les parabens sont pratiquement non toxiques, non cancérigènes, non génotoxiques, non tératogènes".

Dans un autre avis également en date de janvier 2005, le SCCP précise que :
• les Methylparaben et Ethylparaben sont sûrs d’emploi,
•il est impossible de rendre un avis définitif sur les Propylparaben et Butylparaben aux concentrations autorisées par la réglementation, du fait d’une possible activité de perturbateurs endocriniens .

De son côté, l’ Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), apporte aussi une réponse dans son Bulletin Vigilance de Juin 2005.

On y lit : "Sur la base de l'analyse des données de la littérature et des données de pharmacovigilance, il apparaît que les parabens sont peu toxiques et bien tolérés, bien que des réactions allergiques puissent survenir chez certaines personnes…
Des études complémentaires de reprotoxicité sont nécessaires pour préciser le risque lié à l'utilisation des Propylparaben et Butylparaben".

On peut douter que ces réponses aient été totalement satisfaisantes pour les consommateurs…

• D’abord, parce qu’elles sont peu médiatisées (à l’inverse du reportage télévisé de France 2) et donc peu connues du grand public.
• Ensuite parce que, pour le public qui en a eu connaissance, ces réponses signifient qu’une partie de l’inquiétude est justifiée… et on a vite fait de mettre tous les parabens dans une même poubelle.
• Enfin, parce qu’il y a une part de : "ne vous occupez pas de ça, ayez confiance, on veille, laissez-nous travailler"… un discours largement dépassé et insuffisant au regard de l’attente du consommateur.

 2005 : Quelles réponses de l’industrie ?

Peut-être que les réponses apportées par l’industrie cosmétique peuvent être plus pertinentes ?
Tournons-nous vers l’industrie.

On attend un signe en provenance de la FEBEA ou de Cosmed … Rien ne vient.
Tout va très bien, madame la marquise ?

Mais parallèlement, on observe deux attitudes de la part des acteurs de l’industrie cosmétique :
• il y a ceux qui ne changent rien, ni à leurs discours, ni à leur formulations,
• et il y a ceux qui s’affichent haut et fort : "Sans paraben". Cette position est particulièrement le fait de la cosmétique bio, qui joue sur le discours du cosmétique sain, respectueux de l’environnement et de la santé (même si cela peut être discutable, mais ce n’est pas le propos aujourd’hui).

Si on observe cette situation avec un peu de recul, on se rend compte que la seule réponse que les consommateurs reçoivent à leurs questionnements sur la sécurité des parabens est implicite. Et elle peut se résumer ainsi : "Si des cosmétiques sont formulés sans paraben , c’est bien que les parabens sont nocifs !".

Il en résulte un renforcement de la peur liée à la présence des parabens dans les produits.
Et la méfiance s’installe aussi envers l’industrie qui les propose…

 2008 : la nouvelle alerte

Le temps passe et la polémique semble perdre de la vigueur. Jusqu’à ce que le débat soit relancé au travers des cosmétiques pour bébés.

En septembre 2008, le C2DS (Comité pour le développement durable en santé), collectif de médecins, chimistes, cancérologues, directeurs d'établissements de santé et de maternités, lance un appel pour dénoncer les "cocktails toxiques" que constitueraient les mallettes distribuées gratuitement aux jeunes mamans dans les maternités, dont les cosmétiques contiennent des perturbateurs endocriniens .

Premiers cités dans la longue liste des substances incriminées : les parabens .

En novembre 2008, à l’occasion d’un Colloque intitulé "Environnement chimique, reproduction et développement de l'enfant", la ministre de la santé d’alors, Mme Roselyne Bachelot, s'interroge sur la possibilité d'apposer sur les produits qui contiennent des perturbateurs endocriniens un logo indiquant qu'ils ne sont pas recommandés aux femmes enceintes et aux jeunes enfants…

Concrètement, cela pourrait ressembler au logo actuellement présent sur les bouteilles d’alcool, représentant une femme enceinte en train de boire un verre dans le rond rouge barré qui symbolise l’interdiction.

C’est en grande partie un effet d’annonce qui n’aura pas de suite…

Mais chez les consommateurs, ces deux événements ne font que renforcer la crainte ressentie envers les parabens , d’autant que :
• la polémique est largement reprise dans les médias et touche les produits pour bébés, sujet sensible s’il en est,
• elle est relayée par une autorité politique, ce qui donne une assise d’autant plus forte aux peurs. La méfiance envers l’industrie se renforce également.
• On quitte peu à peu le domaine du rationnel pour entrer dans celui de l’affectif.

 2008 : Quelles réponses de l’industrie ?

Cette fois, l’industrie réagit, et même très vite.

Le jour même de l’annonce de Roselyne Bachelot, la FEBEA publie un communiqué, dans lequel on peut lire :
• Il s'agit de questions extrêmement complexes, que l'industrie étudie avec rigueur, et ce depuis plusieurs années.
• Des inexactitudes ont été exprimées, notamment en ce qui concerne les ingrédients utilisés.
• En ce qui concerne ces conservateurs que sont les parabènes … il est formellement établi que les Methylparaben et Ethylparaben ne sont pas des perturbateurs endocriniens . Le Propylparaben et le Butylparaben ont quant à eux fait l'objet de controverses, mais des données récentes montrent qu'ils n'ont d'effets ni sur les concentrations hormonales ni sur les organes de la reproduction chez le mâle.

Et le communiqué de conclure : "Ces précisions sont donc de nature à rassurer les femmes enceintes".

Deuxième axe de réponse de cette même FEBEA : parlonscosmetiques.com.
Ce site Internet a été lancé début 2008 pour s’adresser au grand public.

Si on y fait à l’époque une recherche sur "Butylparaben", on arrive sur la seule fiche du Guide des ingrédients, dans laquelle on peut lire : "Empêche principalement le développement de micro-organismes dans les produits cosmétiques. Tous les conservateurs listés sont des substances se trouvant dans la liste positive des conservateurs".

Que disent ces messages en filigrane ?

• Ce sont des affaires sérieuses où vous ne connaissez rien, la preuve : vous faites des erreurs en en parlant. On s’en occupe, faites-nous confiance…

• Les cosmétiques sont sûrs d’emploi (le communiqué ajoute même : aucune malformation, à ce jour, n'a pu être imputée à un produit cosmétique !!! C’est vrai ! Mais pas étonnant : un rapport d’imputabilité de l’action d’une substance dans un produit cosmétique donné – alors qu’on parle d’effet cocktail sur des dizaines d’années – est impossible, même à l’heure actuelle, à établir)… mais bref, les cosmétiques sont sûrs d’emploi, faites-nous confiance…

• On n’est pas des kamikazes : les parabens sont autorisés par la règlementation cosmétique, on respecte cette réglementation, on est en règle, faites-nous confiance…

À l’heure où la méfiance est profondément installée chez les consommateurs, ce sont autant d’arguments totalement inopérants. D’autant qu’aucun argument scientifique n’est mis en avant pour justifier le propos.
En quelque sorte, on dit au consommateur de ne pas chercher à comprendre et de continuer à consommer. Beaucoup d’analystes y ont vu une erreur majeure de communication…

 2008 : Quelles réponses des autorités sanitaires ?

Du côté de l’ Afssaps , on a entrepris un programme de contrôle du marché des cosmétiques pour bébé, en guise de réponse directe à l’appel du C2DS.
Conclusion : on n’a pas relevé d’infraction majeure à la réglementation, on n’a pas trouvé de substances interdites, et les parabens sont utilisés dans les limites fixées par la réglementation.

Tout va bien dans le meilleur des mondes…

Est-ce si rassurant alors qu’on sait qu’au niveau européen, les travaux sont toujours en cours, et notamment pour éventuellement réviser la réglementation de certains parabens ???

À ce stade, le consommateur n’a toujours pas de réponses sur le fond… et continue à se poser beaucoup de questions : est-ce que les parabens sont dangereux ou pas ? S’ils le sont, comme ils sont suspectés de l’être, pourquoi ne sont-ils pas au moins suspendus, ne serait-ce qu’au nom du principe de précaution ? Quelle confiance accorder à l’industrie et aux autorités sanitaires ?
C’est la voie royale pour le "sans paraben" qui continue de fleurir dans les rayons et alimentent la crainte de moins en moins sous-jacente envers les parabens

 2011 : l’assaut final ?

Le temps passe et fait son œuvre… Le dossier à charge se gonfle.
Et on arrive en 2011.

Avec d’abord un nouvel avis CSSC , adopté le 14 décembre 2010, révisé le 22 mars 2011, et qui apporte 3 informations principales :

• D’abord, le CSSC estime avoir suffisamment d’éléments pour confirmer son précédent avis sur les Methylparaben et Ethylparaben : ces parabens "à courte chaîne" sont donc considérés comme sûrs d’emploi, aux concentrations maximales autorisées par la réglementation.

• En revanche, le Comité réévalue les doses de sécurité pour les Butylparaben et Propylparaben et préconise donc de limiter leur utilisation, de façon à ce que la somme de leurs concentrations maximales autorisées ne dépasse pas 0,19 %. 0,19 % étant la valeur où on serait sûr que ces substances n’ont pas d’effets endocriniens.

• Enfin, par manque d’informations, la sécurité des Isopropylparaben, Isobutylparaben et Phenylparaben ne peut pas être évaluée, et donc pas garantie, ce qui pourrait conduire à leur interdiction.

Mais le fait marquant de l’année est que le débat a quitté les seules sphères professionnelles et sanitaires (et médiatiques) pour gagner le domaine du politique.

À l’Assemblée nationale d’abord. À la surprise générale, et contre l’avis du gouvernement, les députés français adoptent un projet de loi à article unique : La fabrication, l’importation, la vente ou l’offre de produits contenant des phtalates, des parabènes ou des alkylphénols sont interdites.

Au Sénat ensuite. Un rapport est déposé le 12 juillet au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Au nom du principe de précaution, son rapporteur, le sénateur Gilbert Barbier, conclut en proposant trois axes d’action : savoir (comprenez : encourager la recherche), prévenir (on en revient à l’idée du logo de Madame Bachelot), interdire.

La loi Lachaud est particulièrement bien médiatisée et cette information touche un très large public.
Plus de doutes pour le consommateur : les parabens sont terriblement dangereux ! Si tant d’autorités réclament leur interdiction, c’est même que le danger est très grave…

On n’a pas vraiment de preuves, disent les experts européens ? Mais les suspicions sont si fortes !

La peur augmente encore… accompagnée cette fois d’indignation. Quoi ? Ils nous ont fait mettre tout ça sur nos peaux, sur celles de nos bébés, alors qu’ils savaient comme c’était dangereux ? Est-ce qu’ ils ne nous referaient pas le coup du Mediator ? Tous pourris, de toute façon…

Quelles réponses a-t-on entendues face à tout cela ?

 2011 : Quelles réponses des autorités ?

Cette actualité est très récente et peut-être toutes les réactions ne sont pas encore tombées, et notamment du côté des autorités sanitaires, toujours les plus longues à réagir…
Si on fait le point à ce jour…

La loi Lachaud a été adoptée en 1ère lecture à l’Assemblée nationale. Pour devenir éventuellement applicable, elle doit arriver en discussion au Sénat… où elle n’est toujours pas inscrite à l’ordre du jour.

Il faut dire que son application en l’état poserait d’énormes problèmes : c’est un texte extrême, d’interdiction totale et sans délai… Comment pourrait-il être applicable par l’industrie avec ce qu’il suppose de reformulations, rappels de produits, réimpression d’étiquettes, problèmes de concurrence et à l’export… ?

C’est d’autre part une spécificité française qui va à l’encontre de la réglementation européenne… ce qui n’est jamais facile à défendre à Bruxelles.

Le rapport Barbier… n’a pour l’heure pas eu de suite. D’autres que moi s’en sont aperçu, puisqu’une question écrite (n° 199 20) du sénateur Jean-Marc Pastor a été déposée le 1er septembre qui demande au Ministère du travail, de l'emploi et de la santé ce qu'il envisage par rapport à l'usage des perturbateurs endocriniens et s'il compte œuvrer dans le sens préconisé par le rapport… La réponse n’est pas attendue avant les prochaines sessions de questions au gouvernement, en octobre.

Au niveau européen, les choses suivent leur cours tranquillement. La traduction dans les textes de l’avis du CSSC est attendue pour le premier trimestre 2012.

"Mais qu’est-ce qu’on attend ???", ne peuvent que se dire les consommateurs.
Et de soupçonner les lobbies de l’industrie cosmétique d’agir en sous-main pour leurs intérêts propres au mépris de la santé des consommateurs.
Les mêmes sentiments reviennent : peur, méfiance, indignation…

 2011 : Quelles réponses de l’industrie ?

À moins que l’industrie n’ait une réponse à nous apporter ?
Tournons-nous donc vers l’industrie.

Et d’abord vers la FEBEA .
Pas de communiqué.

J’attends quelques jours, puis en bonne journaliste, je les appelle. Réponse du service de presse : "Nous n’avons volontairement pas réagi sur cette question, et ne ferons pas de réaction publique sur ce thème. Nous ne voulons pas avoir à nous expliquer par rapport au grand public, sur un sujet qui relève plus de l’émotionnel que du scientifique. Notre position sur les parabens n’a pas changé".

Comprenez : les parabens sont sans danger…

Le discours est un peu différent. Cosmed publie en effet un long communiqué pour dire :

 1. La filière cosmétique est particulièrement concernée par ce groupe de conservateurs et agit depuis longtemps en vue de minimiser les risques présumés pour les consommateurs.

 2. Les entreprises ne nient pas l'existence d'un risque de certaines de ces substances sur les systèmes physiologiques, notamment endocriniens. "Il s'agit là d'un fait scientifique qui n'est plus contesté", affirme le communiqué.

 3. La loi Lachaud, même "si elle est impossible techniquement à mettre en œuvre immédiatement, va jouer un rôle accélérateur dans la recherche de solutions alternatives acceptables par tous, ainsi que dans le nécessaire dialogue à engager avec les consommateurs".

Dialogue notamment à instaurer sur des bases scientifiques…
Enfin, pourrait-on dire !

Parallèlement, le marché du "sans paraben" explose, et fait nouveau, gagne l’industrie tout entière et même en dehors du bio, y compris les grandes marques et les marques de grande distribution… avec une exposition accrue pour le très grand public.

Comment le consommateur peut-il appréhender la situation ?
La FEBEA veut étouffer l’affaire : c’est que l’industrie n’est pas à l’aise et qu’elle se sent coupable… Cosmed semble vouloir temporiser. Et les industriels ne sont même pas d’accord entre eux…
Et pendant ce temps, on nous prend l’argent de tous les côtés, en formulant avec et sans parabens y compris dans les mêmes laboratoires ? Où est la morale ? Où est la sécurité ??? Comment leur faire confiance ?

À ce stade, le consommateur n’a plus peur, il est persuadé :

 1. que les parabens sont dangereux et qu’il faut les éviter,
 2. que l’industrie cosmétique lui ment pour sauvegarder ses intérêts et qu’on ne peut plus lui faire confiance,
 3. qu’éventuellement, il vaut mieux faire ses cosmétiques soi-même…

L’avenir des parabens

À ce jour, quel avenir peut-on imaginer pour les parabens ?

Il ne fait pratiquement aucun doute que les parabens vont très prochainement être soumis à de nouvelles restrictions d’utilisation, et que notamment les Propylparaben et Butylparaben seront davantage limités en concentration par la réglementation européenne.
Il est assez probable également que cela soit assorti d’une interdiction des Isopropylparaben et Isobutylparaben.

Il n’est pas exclu, particulièrement si la Commission européenne suit le Danemark, qui demande l’interdiction des parabens dans certains produits et notamment ceux destinés aux enfants de moins de 3 ans, que certaines mesures supplémentaires d’interdiction partielle soient envisagées.

En revanche, il est peu probable que la Loi Lachaud devienne effective en l’état. Elle est déjà quasi enterrée…

De l’avis de nombre d’acteurs du secteur, les parabens restent pourtant de bons conservateurs ,
• plus efficaces que nombre d’autres pour assurer la sécurité sanitaire des produits,
• associés à des risques limités, non encore prouvés, et maîtrisés par la connaissance qu’on a d’eux comme par la réglementation,
• difficiles, voire impossibles à substituer, en tout cas sans dommages (pour l’industrie ou pour la qualité des produits),
• d’un rapport bénéfices/risques bien plus avantageux que nombre d’autres conservateurs (même si cette notion peut être mieux acceptée pour un médicament que pour un cosmétique).

Mais les mêmes personnes disent aussi que, cependant, les parabens sont morts. Ils sont aujourd’hui indéfendables auprès de l’opinion publique, le consommateur n’en veut plus. Et en voudra de moins en moins.

Cherchez l’erreur…

En analysant l’historique que je viens de vous proposer, on peut en tirer quelques conclusions.
Et si tout cela n’était qu’une succession d’erreurs de communication de l’industrie cosmétique ?

Car qu’est-ce qui a conduit le consommateur à se focaliser sur les parabens ?

Tout au long de cette crise qui a duré plusieurs années, parallèlement aux travaux scientifiques et réglementaires, je vois plusieurs éléments clés pour répondre à cette question.

En grande partie, les représentants de l’industrie ont adopté le silence de l’autruche. Cela a pu marcher pour d’autres crises (qui se souvient aujourd’hui de la polémique à propos de la présence de plomb dans les rouges à lèvres ?) : on fait le dos rond en attendant que la crise passe, et celle-ci va passer comme les autres… J’y vois là d’abord une mauvaise évaluation de la crise.

Et quand les représentants de l’industrie ont parlé, ça a toujours été en position de défense (qui est aussi la position du coupable), et en tout cas sans jamais tenter de communication proactive, pour démontrer les aspects positifs des parabens , et sans jamais tenter de convaincre les consommateurs de leur intérêt.

Il n’y a eu notamment pas ou très peu de contre-argumentation scientifique, ce qui bien sûr laisse l’espace libre aux raccourcis médiatiques comme messages des lobbies anti-parabens, les seuls à arriver au consommateur qui se pose des questions.

Et quand il y a eu des réponses, elles ont été perçues comme assez arrogantes (sur le thème : nous on sait, pas vous. Occupez-vous d’acheter nos produits et laissez-nous gérer le reste). Ce qui a conduit le consommateur à se sentir méprisé, pas considéré comme un partenaire, et a créé la rupture de confiance et d’adhésion.

Mais le consommateur a changé, ce que là encore, l’industrie cosmétique n’a pas bien mesuré. Il s’est senti infantilisé et méprisé alors qu’il était inquiet et plus mature, demandeur d’informations et en train de devenir plus responsable dans ses actes d’achats.

Or, il n’est plus le consommateur d’hier qui achetait les yeux fermés…

Attention, c’est à ce même consommateur qu’il faudra parler prochainement des nanoparticules, des filtres solaires, des teintures capillaires… entre autres.

Je vous remercie de votre attention.
Laurence Wittner

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