mercredi 25 juillet 2012L'actualité des cosmétiques

Un "sans nanoparticules" mensonger ?

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L’alerte est venue, comme souvent pour les produits solaires, d’Australie, pays où on ne plaisante pas avec la protection anti-UV. Plus précisément, c’est l’association Les Amis de la Terre (Friends of the Earth) qui affirme que la revendication “sans nanoparticules” sur certaines crèmes est mensongère, quand elles contiennent de l’oxyde de zinc connu sous le nom commercial de ZinClear IM 50CCT. Une matière première également très présente dans les produits cosmétiques français.

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Pour formuler un produit solaire, offrant une protection équilibrée face aux UVA et aux UVB et conforme aux exigences de la réglementation, la cosmétique dispose aujourd’hui de deux options principales :
• une association de plusieurs filtres synthétiques,
• l’utilisation du dioxyde de titane (écran minéral) renforcé par l’oxyde de zinc, qui, même s’il n’est pas officiellement répertorié en tant qu’agent de protection solaire, est quasi systématiquement utilisé dans ce rôle.

Le minéral sans nano

L’option 100 % minérale, développée en alternative aux filtres synthétiques suspectés pour certains d’agir en perturbateurs endocriniens, pour d’autres d’être très allergisants, a longtemps souffert d’un inconvénient commercial majeur : une galénique épaisse, un film blanc persistant à l’application, assez disgracieux et peu apprécié des consommateurs.
La solution pour y remédier est d’abord venue des nanoparticules : en réduisant la taille des écrans minéraux à moins de un nanomètre, on obtenait des textures fluides et invisibles, qui pouvaient rivaliser avec le synthétique.

Le débat sur l’éventuelle toxicité des nanomatériaux, puis leur interdiction par les référentiels régissant les cosmétiques biologiques, a obligé, dans un deuxième temps, les marques bio à formuler différemment : toujours avec du 100 % minéral mais sans nanoparticules… et en évitant autant que faire se peut la formation d’un film blanc à l’application du produit.
Le “sans nanoparticules” est ainsi devenue une revendication que l’on trouve de plus en plus souvent sur les étiquettes des produits solaires. Une généralisation rendue possible par la mise au point de nouvelles matières premières, des dispersions des écrans minéraux micronisés (réduits à la taille de microns, 1000 fois supérieure à celle des nanoparticules) dans des émollients.

Le problème du ZinClear IM 50CCT

Cette matière première, commercialisée par la société australienne Antaria, est composée d’oxyde de zinc (INCI : Zinc oxide) dispersé dans un émollient, le Capric/Caprylic triglyceride. Son fabricant la présente comme d’une excellente transparence et ne laissant pas de traces blanches, facile à intégrer dans les formulations, pour une taille moyenne de particules supérieures à un micron.

C’est justement la taille de ces particules que conteste la branche australienne de l’association Les Amis de la Terre. Selon une étude menée en collaboration avec l’Institut national de métrologie australien, le ZinClear IM 50CCT serait en fait un nanomatériau et on trouverait dans les crèmes solaires qui en contiennent des nanoparticules libres et des agrégats (ou agglomérats) de nanoparticules.
Selon le communiqué des Amis de la Terre, “au moins une dizaine de grandes marques australiennes auraient été trompées”, et auraient ainsi affiché des revendications “sans nanoparticules” mensongères sur leurs produits. L’association a déposé plainte.

En France aussi

Le monde cosmétique n’est pas si grand et une matière première efficace et en phase avec les critères du marché a toutes les chances de se retrouver bien au-delà des frontières où elle est fabriquée. Une rapide enquête de L’Observatoire des Cosmétiques auprès des principales marques françaises de cosmétiques bio l’a montré. Toutes ont joué la transparence, toutes ont répondu à nos questions (même si elles préfèrent ne pas être nommément citées) : toutes utilisent le ZinClear IM 50CCT.

“Il se présente sous la forme d’un liquide jaune”, nous a dit ce formulateur. “Il améliore considérablement la galénique, le passage blanc à l’application disparaît très vite, et il permet d’atteindre la protection anti-UVA qu’exige la règlementation et qui est quasiment impossible à obtenir avec le seul dioxyde de titane”.
“On n’a pas trente-six solutions”, nous a confié la responsable technique d’une autre marque. “C’est quasiment la seule matière première sur le marché qui a ces qualités”.
Et pourquoi s’en priver puisque son fabricant l’affirme sans nanoparticules et qu’elle a reçu la validation d’Ecocert ?

Nano ou pas nano ?

Mais si elle contient des nanoparticules ?
“Nous avons tous les certificats prouvant qu’il n’y a pas de nanoparticules dans cette matière première”, nous a assuré une formulatrice.
“Nous pratiquons une analyse granulométrique sur chacun de nos produits finis”, nous a-t-on dit ici. “Nous n’avons jamais détecté de nanoparticules”.
“Nous avons interrogé le fabricant de la matière première”, nous a-t-on précisé là. “Il se peut effectivement qu’on trouve la trace de nanoparticules, mais cela relève essentiellement de la méthodologie utilisée pour mesurer la taille des particules. Certaines méthodes de préparation des échantillons avant le passage au microscope cassent leur structure”.
Et font apparaître des nanoparticules là où il n’y en avait pas à l’origine.

Il faut rappeler qu’on ne dispose, à ce jour, ni d’une définition unique d’un nanomatériau, encore moins d’une norme pour le mesurer. En l’absence de référence commune et opposable, chacun peut ainsi, et en toute bonne foi, appliquer ses propres références et en tirer ses propres conclusions.
“Avec certaines méthodes de mesure, on peut trouver des nanoparticules partout !”, nous a-t-on également assuré.
Voilà qui ne simplifie pas les choses, qu’on se place de point du vue du consommateur ou de celui d’un fabricant cosmétique, à l’heure où le Règlement européen (qui va entrer en application en juillet 2013) prévoit l’étiquetage obligatoire des nano-ingrédients sur les étiquettes.

Pour le fabricant, avant de les étiqueter, il faudrait d’abord savoir les identifier et les mesurer de façon fiable.
Pour le consommateur, quel crédit accorder dans ce cadre à la mention “sans nanoparticules” ou même au [nano] qui viendra désigner un nanomatériau dans la liste des ingrédients dès 2013 ?

Une chose tout de même est certaine en ce qui concerne les crèmes solaires. On connaît trop bien les dangers des rayons UV pour la peau et pour la santé (vieillissement prématuré, mélanomes et cancers suite aux expositions répétées) pour s’en passer.

Aux fabricants de formuler celles qui protègent le plus efficacement.
Aux consommateurs de choisir celles qui leur conviennent le mieux… Sur la plage, en montagne ou avant toute exposition solaire, même une crème solaire contenant un ingrédient contesté est préférable à pas de crème du tout.

Pour aller plus loin
• Voir le communiqué de l’association Les Amis de la Terre (en anglais)
• Voir l’information sur le site Internet Veille nanos (en français)

LW
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