lundi 2 juillet 2012L'ingrédient du mois

Dihydroxyacetone : un teint hâlé sans danger ?

©Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

Un beau teint bien bronzé est encore, dans nos contrées occidentales, synonyme de santé et de prospérité. Mais l’hiver, comme nos modes de vie qui nous confinent souvent à l'intérieur, se prête plutôt aux visages pâles, et on sait tous les dangers, en été ou sous les tropiques, des expositions répétées aux rayons UV du soleil. Reste le "faux-bronzage" ou self-tanning. Avec son actif cosmétique phare : la Dihydroxyacétone (DHA pour les intimes). Mais cette molécule magique n’est-elle pas sans danger ?

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Pour les apprentis chimistes, disons que la Dihydroxyacétone est l'acétone qui a subi une double substitution d'atomes d'hydrogène par des radicaux hydroxyles pour prendre la forme d’une cétotriose. Elle est obtenue généralement par une bioconversion du glycérol , sur une base de maïs, de canne à sucre, de blé, de colza, de betterave ou encore d'huile de palme… Ce qui amène beaucoup d’étiquettes cosmétiques (puisque le concept est à la mode) à revendiquer l’ origine naturelle de leur DHA.

La Dihydroxyacétone constitue actuellement l’actif principal des autobronzants (souvent en association avec l’ Érythrulose pour obtenir des résultats plus esthétiques). Intervenant dans une galénique cosmétique de type lait ou gel, elle permet d’obtenir, en 4 à 6 heures, un effet hâlé, plus ou moins soutenu selon son dosage dans le produit : peu à peu après l’application, la peau se colore jusqu’à paraître naturellement bronzée, sans aucune exposition au soleil.

Elle est aussi utilisée dans des galéniques en sprays à pulvériser, notamment en salons, ce qui permet une application plus régulière et un résultat plus uniforme.

Comment fait-elle ?

La DHA réagit avec la kératine cutanée, ou plus exactement avec les acides aminés des protéines de la peau, par une réaction de Maillard. On obtient alors des pigments bruns appelés mélanoidines qui sont responsables de la coloration brune de l’épiderme.

Du fait du renouvellement permanent et régulier de la couche cornée, le hâle ainsi obtenu s’estompe peu à peu, pour disparaître totalement en 5 à 7 jours, sauf à réappliquer régulièrement le produit autobronzant.

Est-ce que c’est dangereux ?

On entend parfois décrier la toxicité de la DHA, au motif qu’elle modifie la structure des cellules cutanées. La transformation protéique au niveau de l’épiderme est ainsi soupçonnée d’être susceptible de pouvoir induire des mélanomes.

Faux, répondent certains experts. La Dihydroxyacétone, en effet, n’interagit qu’avec les cellules mortes de la couche cornée superficielle et est rapidement éliminée par le processus naturel de la desquamation, sans pénétrer dans l’organisme. Et 20 ans de recul sur son utilisation permettent d’affirmer qu’elle est très bien tolérée.

Ce n'est pas l'avis d'autres experts, notamment aux États-Unis, qui se sont récemment déclarés inquiets des dommages que peut causer la DHA (altérations génétiques et de l'ADN), particulièrement quand elle est présente dans des sprays. Sous cette forme en effet, par inhalation, elle pénètre plus facilement dans les poumons, et peut avoir une action systémique (sur tout l'organisme, via le réseau sanguin). Ils y voient un risque de cancer.

À noter qu'à ce jour, la DHA a été déclarée sûre et adaptée à un usage cosmétique par l’organisme américain FDA (Food & Drug Administration) et qu’elle a été récemment évaluée par le CSSC (Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs) européen. Dans son opinion du 14 décembre 2010 , ce Comité d’experts conclut que l’utilisation de la DHA, et jusqu’à une concentration de 10 %, ne constitue pas un risque pour la santé humaine, évacuant au passage tout potentiel cancérogène, reprotoxique ou mutagène.
Toutefois, ces deux positions ne concernent que la DHA en application cutanée, et non pour une utilisation en sprays.

Coloration n’est pas protection

Autobronzer tranquille semble donc possible… si on s'en tient aux crèmes et gels à étaler sur la peau, et en évitant de les respirer de trop près…
En se souvenant toutefois que la Dihydroxyacétone n’intervenant pas dans le processus de la mélanogenèse, elle ne provoque pas la formation de mélanine (comme lors d’un vrai bronzage au soleil) et ne constitue donc pas une protection face aux atteintes des rayons UV. En cas d’exposition, la crème solaire n’est pas une option !

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