lundi 5 décembre 2011L'ingrédient du mois

L'acide glycolique

©Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

Antirides, antitaches, anti-acné, anti-teint terne… l’acide glycolique est de toutes les revendications les plus alléchantes et les plus prometteuses. Il fait partie de l’arsenal classique des cosmétiques comme des soins dermatologiques dans les cabinets médicaux. Cet actif star des peelings n’a-t-il donc que des avantages ? Décryptage.

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L'acide glycolique (ou acide hydroxyacétique) est le plus petit des acides alpha-hydroxylés, plus connus en cosmétique sous les initiales AHA ou sous le nom d’acides de fruits. Il peut être extrait de végétaux "sucrés" (canne à sucre, betterave, raisin…) ou être issu de la synthèse, et c’est le plus souvent sous cette forme synthétique qu’il est utilisé en cosmétique.

Magique peeling

L’acide glycolique a pour propriété principale d’être kératolytique : par simple contact et sans frottement, il interagit avec la kératine, affaiblit et/ou détruit les liaisons lipidiques entre les cellules du stratum corneum (la couche la plus superficielle de l’épiderme) pour éliminer les cellules mortes plus rapidement que ne le permet la simple desquamation naturelle.

Résultats : il resserre les pores et affine le grain de la peau, unifie le teint, permet de diminuer l’apparence des rides, taches pigmentaires et autres traces disgracieuses comme les cicatrices d’acné. Il est ainsi réputé améliorer aussi bien les peaux grasses que les peaux matures ou seulement "fatiguées".

Autre particularité : en libérant la peau de sa couche de cellules mortes, il "ouvre les portes cutanées" et facilite la pénétration d’autres actifs cosmétiques (vitamines et autres antioxydants, hydratants…).

Question de dosage

On oublie souvent toute l’importance du dosage d’un actif dans un produit cosmétique, qui fait parfois varier du tout au tout son activité.

C’est bien le cas pour l’acide glycolique : utilisé à moins de 5 % du produit fini, il a un effet hydratant ; au-delà de 8 %, il commence à avoir une action de type peeling, qui sera évidemment d’autant plus forte si ce pourcentage augmente.
Les gels nettoyants, crèmes purifiantes destinées aux peaux mixtes à grasses, ou les soins anti-âge et illuminateurs de teint peuvent ainsi contenir de 8 à 20 % d’acide glycolique.

Bien que la réglementation ne prévoie aucun seuil maximal d’utilisation, on estime que 20 % est une limite raisonnable pour les soins cosmétiques. Les peelings des instituts de beauté ne devraient pas la dépasser, alors que ceux pratiqués dans les cabinets des dermatologues peuvent contenir jusqu’à 70 ou 90 % d’acide glycolique. Les protocoles de soins prévoient alors des applications sous forme de cures, avec une augmentation progressive de la concentration d’acide glycolique mise en œuvre au fur et à mesure des séances… le tout bien sûr sous contrôle médical.

Piquant, irritant, sensibilisant

Vu le mode d’action de l’acide glycolique, il est bien évident que son utilisation ne va pas sans quelques effets indésirables éventuels.

Le Dr Marie-Pierre Hill-Sylvestre, dermatologue et expert de L’Observatoire des Cosmétiques , met ainsi en garde : "L’acide glycolique pique au contact et cela doit être expliqué au patient avant tout traitement. Il a une action décapante et rend la peau plus sensible au soleil, aux cosmétiques irritants comme les gommages, aux traitements médicamenteux locaux comme ceux à base d’acide rétinoïque (vitamine A acide) ".

Pratiqués en excès ou trop fortement dosés, les peelings à base d’acide glycolique pourraient provoquer des risques accrus de photosensibilisation (réaction face aux UV), des irritations ou des fragilisations de l’épiderme.

Surtout si leur pH est inadapté. Car c’est un autre point majeur qui joue sur l’agressivité de l’acide glycolique pour la peau, comme l’explique le Dr Hill-Sylvestre : "Indépendamment de la concentration en acide glycolique, le pH de la solution détermine son agressivité. Plus il est bas, plus le produit est acide et donc irritant" .

Une information à prendre ainsi en compte avant l’achat d’un peeling… mais qui est rarement présente sur les étiquettes des cosmétiques.

Difficile évaluation de la sécurité

La question de la sécurité d’utilisation des AHA s’est posée auprès du SCCNFP (Comité scientifique européen sur les produits cosmétiques et produits non alimentaires, devenu aujourd’hui le CSSC). En 2000 puis en 2004 , ce comité d’experts relevait l’insuffisance de données pour évaluer plusieurs points :
• leur sécurité à long terme,
• leurs atteintes éventuelles à l’intégrité de la fonction barrière du stratum corneum,
• leurs effets sur l’absorption cutanée d’autres ingrédients cosmétiques,
• leurs effets sur la réponse cutanée face aux UV.

En l’absence d’études pertinentes pour publier une évaluation complète de la sécurité de ces ingrédients, le SCCNFP se contentait d’estimer que l’utilisation de l’acide glycolique pouvait être considérée comme sûre jusqu’à 4 % à un pH ≥ à 3,8.
Et remettait à d’autres temps (non arrivés encore) l’élaboration d’une règlementation qui assortirait l’utilisation des AHA à des restrictions ou des limites d’utilisation.

Il assortissait néanmoins son "avis" d’une recommandation, spécifiant que des mises en garde appropriées soient prévues à l’intention du consommateur :
• Éviter le contact avec les yeux.
• Éviter les rayons UV ou s’en protéger lorsqu’on utilise des produits contenant des AHA, du fait de la possibilité que ceux-ci aggravent leurs effets nocifs.

Voilà qui est rassurant…

Dernier avertissement

À ce jour, les AHA, et donc l’acide glycolique, ne sont soumis à aucune restriction d’emploi dans les produits cosmétiques en Europe. La sécurité des consommateurs repose donc sur la responsabilité des fabricants, à charge pour eux d’élaborer des produits dont le pH et la concentration en actifs garantissent une tolérance acceptable.

Est-ce suffisant ? Pas si l’on en croit ce qu’on peut lire sur certains forums sur Internet, ou ce qu’on peut voir de l’offre de certains sites en matière de produits. La chasse aux rides ou aux teints uniformes et sans tache a de nombreux adeptes, et la demande d’acide glycolique pour réaliser son propre peeling fortement dosé assez forte.

Pas de petite cuisine qui tienne en la matière ! Rechercher une efficacité accrue peut avoir des conséquences par trop graves sur la peau. Prudence et raison valent mieux que brûlures et irritations : toute utilisation d’un produit contenant plus de 20 % d’acide glycolique ne doit se concevoir qu’encadrée et suivie par un médecin spécialiste en dermatologie.

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