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26 juin 2017L'ingrédient du mois

Le Triclosan Ajouter à mon portfolio
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Le triclosan (2,4,4’-trichloro-2’-hydroxy-diphenylether) est un conservateur antibactérien, également employé en tant qu’agent déodorant. Longtemps décrié pour ses effets néfastes pour la santé et l'environnement, il vient d'être, après plusieurs évaluations des experts scientifiques européens, plus strictement réglementé et son utilisation limitée dans les produits cosmétiques.

Temps de lecture : ~ 6 minutes

Le triclosan a une longue histoire cosmétique. Comme de nombreux conservateurs, il a d'abord été largement utilisé dans tous les types de produits avant de susciter suspicions et inquiétudes scientifiques quant à sa toxicité. De plus en plus décrié, un peu partout dans le monde, il a fait l'objet de plusieurs évaluations par les experts européens, qui ont tranché pour quelques mesures de restrictions destinées à mieux protéger la sécurité des consommateurs. Mesures qui ont été traduites dans la réglementation, via le règlement 358/2014.

Le temps des suspicions

On connaît depuis longtemps le caractère persistant dans l’environnement du triclosan. Cette substance, bio-accumulative, est accusée de perturber le développement de la faune et de la flore, particulièrement en milieu aquatique.
Plusieurs études ont évoqué ses propriétés de perturbateur endocrinien, affectant la régulation naturelle des hormones œstrogéniques et androgéniques et pouvant ainsi avoir des répercussions sur la fertilité humaine.
On sait également qu'il est potentiellement irritant pour la peau et quelques cas d’allergies de contact ont été rapportés. Il serait également photosensibilisant.

Générateur de résistances

Mais le principal chef d'accusation à l'encontre du triclosan vient de sa redoutable efficacité. Antimicrobien et bactéricide dit à large spectre (c'est-à-dire efficace sur un grand nombre de germes), il a été ciblé par plusieurs équipes de chercheurs pour sa capacité à provoquer une résistance des bactéries (du même type que celle qui s'est développée aux antibiotiques). Scientifiques et associations de consommateurs se sont ainsi rejoints pour dénoncer un composé beaucoup trop puissant pour avoir sa place dans des produits cosmétiques d'utilisation quotidienne, et préconiser de limiter son emploi aux utilisations réellement pertinentes, c'est-à-dire davantage dans les salles d'opération des hôpitaux que dans les déodorants ou les gels lavants.

Le temps des évaluations

Le dossier, déjà bien lourd, du triclosan, a fini par arriver sur les bureaux de la Commission européenne. Qui l'a transmis, pour évaluation, à ses experts scientifiques.
Dans un avis du 19 janvier 2009, le SCCP européen (Comité scientifique des produits de consommation, devenu aujourd'hui CSSC) estimait d'abord manquer de données suffisantes pour confirmer les accusations à son encontre.
Mais les choses ont rapidement changé, puisque dans une autre opinion du 22 juin 2010, les experts relevaient que de faibles concentrations de triclosan peuvent déclencher la résistance et la résistance croisée des bactéries in vitro. Et même si aucun phénomène similaire n’avait été étudié dans notre environnement, le SCCP estimait que, compte tenu de la concentration de triclosan pouvant déclencher cette résistance in vitro, il était probable qu’il pouvait également s'y avérer nocif.
Le Comité concluait donc en recommandant de nouvelles études… et l'utilisation prudente du triclosan, en le réservant par exemple aux applications où un bénéfice pour la santé pouvait être démontré.

Sécurité d’emploi remise en cause

Mais par ailleurs, le SCCP soulignait que le triclosan avait la capacité de traverser en proportions importantes la barrière cutanée (sa présence a notamment été détectée dans le lait maternel de femmes qui y avaient été exposées), ce qui remettait en cause le seuil jusqu’alors admis de la NOAEL (dose sans effet nocif observé). Même s’il ne concluait pas au caractère mutagène ou génotoxique affirmé de composé, le SCCP estimait toutefois que son utilisation aux doses alors permises dans tous les produits cosmétiques (0,3 %) ne garantissait pas la sécurité du consommateur. Et de recommander que son usage soit limité aux dentifrices, savons pour les mains, gels douche et déodorants. L’emploi dans quelques produits de maquillage pourrait être considéré comme acceptable, mais pas celui dans les cosmétiques à ne pas rincer comme les laits pour le corps.
Avis confirmé en mars 2001 par le CSSC.

Le temps de la réglementation

C'est sur la base de ces différents avis rendus par ses experts que la Commission a entériné la nouvelle réglementation du triclosan, avec la publication d'un nouveau règlement (n°358/2014) en avril 2014.
"À la lumière des avis du CSSC", dit ce texte, "la Commission considère que le maintien de la restriction de l'utilisation du triclosan à son niveau actuel pourrait représenter un risque pour la santé humaine".

En conséquence, l'utilisation du triclosan est désormais restreinte à certaines catégories de cosmétiques (et interdite dans les autres), à savoir :
• les dentifrices,
• les savons pour les mains,
• les savons pour le corps et gels de douche,
• les déodorants (autres que sous forme de spray),
• les poudres pour le visage,
• les fonds de teint,
• les produits pour les ongles destinés au nettoyage des ongles des mains et des pieds avant l'application de préparations pour ongles artificiels.
Dans ces produits, la concentration maximale autorisée dans le produit fini a été fixée à 0,3 %.

Le triclosan est également autorisé dans les bains de bouche, mais à une concentration maximale de seulement 0,2 %.

Ces nouvelles dispositions sont applicables depuis le 30 octobre 2014 pour les nouveaux produits commercialisés. À compter du 30 juillet 2015, plus aucun produit ne satisfaisant pas à la nouvelle réglementation ne devait être disponible sur le marché.
Ce qui ne suffit visiblement pas à calmer les inquiétudes : en juin 2017, un nouvel appel à l'interdiction du Triclosan, The Florence Statement on Triclosan and Triclocarban, a été lancé par 200 scientifiques et professionnels de santé issus de 29 pays et publié dans le journal Environmental Health Perspectives. Avec un nouveau buzz mondial à la clé…

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