samedi 6 novembre 2010L'ingrédient du mois

Les huiles et cires minérales

© Thinkstock - L'Observatoire des Cosmétiques

Paraffine et paraffine liquide, vaseline, cires synthétiques… autant d’hydrocarbures largement présents dans les formules de nos cosmétiques. Vous ne vous imaginez pas appliquer un dérivé de pétrole sur votre peau ? On parie que vous le faites pourtant, et très régulièrement, surtout si vous utilisez un rouge à lèvres, une crème hydratante pour le visage, un lait pour le corps ou un démaquillant pas trop chers. Au-delà d’un léger réflexe de répugnance instinctive que vous pouvez éventuellement éprouver rien qu’à l’idée, l’utilisation des huiles et cires minérales peut-elle constituer un problème ? Et la cosmétique pourrait-elle s’en passer ? Point complet, pour vous aider à vous forger sur le sujet, une opinion bien huilée !

Temps de lecture
~ 6 minutes

Les huiles et cires minérales sont des composés obtenus par distillation fractionnée de la houille, du pétrole ou de certains schistes bitumineux.
Elles sont généralement constituées essentiellement de mélanges d’hydrocarbures paraffiniques, naphténiques et aromatiques, et peuvent prendre des consistances variées, allant de l’huile fluide à la pâte molle et à la cire épaisse.

Leurs applications sont multiples. Les huiles ont longtemps apporté la lumière dans les lampes (à huile) de nos grands-mères, elles sont également utilisées en tant que lubrifiants pour les rouages des machines, les moteurs des automobiles ou les gels pharmaceutiques… Les cires sont autorisées en tant qu’additifs alimentaires et servent d’agents d’enrobage à nos confiseries ou nos fruits séchés (E905, E 907…). Et toutes sont également des ingrédients cosmétiques largement répandus…. et tout aussi décriés.

Voici réunis les différentes pièces du dossier, à charge et à décharge.

Dans le dossier de la défense

Les huiles et cires minérales ont des propriétés cosmétiques avérées, associées à une excellente stabilité et un coût de revient très faible qui augmentent encore leur intérêt.

Facteurs d’hydratation
Antistatiques et émollientes, les huiles minérales constituent une base pratique pour toutes sortes d’émulsions.
Toutes sont, de plus, plus ou moins fortement (selon leur densité) occlusives. Formant comme un film étanche sur la peau, elles empêchent la déperdition en eau de l’épiderme et préservent son hydratation de façon très efficace, ce qui peut rendre bien des services particulièrement aux peaux très sèches ou sur les mains.
Il est vrai que ce faisant, elles sont également comédogènes, susceptibles de boucher les pores, ce qui favorise l'apparition de boutons et points noirs. Et amène donc à déconseiller leur emploi aux peaux grasses ou même mixtes.

Agents de fermes textures
Les plus épais des corps gras d’origine minérale font, eux, principalement office d’agents liants, opacifiants ou ajusteurs de viscosité. Ils participent de la fermeté de nombreux rouges à lèvres, fonds de teints compacts ou baumes hydratants…
Très occlusifs eux aussi, ils peuvent aussi ainsi protéger peaux et lèvres d’un dessèchement inconfortable.

Très résistants à l’oxydation
À l’inverse des corps gras végétaux, les huiles et cires minérales s’oxydent très peu et très lentement. Un atout incontestable pour garantir une meilleure stabilité des produits qui en contiennent face aux atteintes de l’air et de la lumière.

Très bon marché
Dernier atout et non le moindre, d’abord pour l’industrie cosmétique et parfois aussi pour le porte-monnaie du consommateur : il s’agit de matières premières vraiment très accessibles, dont le prix de revient est très bas. Ce qui bien sûr est économiquement très intéressant, surtout quand la phase grasse d’un produit est importante.

Dans le dossier de l’accusation

Comme tous les dérivés du pétrole, les huiles et cires minérales sont évidemment polluantes pour l'environnement, à tous leurs niveaux de production et tout au long de leur cycle de vie. Elles présentent aussi d’autres inconvénients, cette fois plus immédiatement pour la santé humaine.

Risques d’irritations
Occlusifs et comédogènes, les corps gras d’origine minérale peuvent s’avérer irritants pour la peau et davantage encore pour les yeux. En cas d'utilisations répétées, elles peuvent ainsi, à plus ou moins long terme, provoquer rougeurs et réactions épidermiques, quand ce n’est pas faire le lit de dermatoses et d’eczémas.
Le risque de sensibilisation de type allergique serait en revanche très faible.

Risque cancérogène
Les huiles et cires minérales sont le produit de la distillation et du raffinage du pétrole. Les moins raffinées d’entre elles peuvent contenir un taux important d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés cancérogènes.
Selon leur degré de raffinage, elles sont ainsi classées de 3 (substances dont la cancérogénicité n'a pas pu être démontrée pour l'homme) à 1 (substances cancérogènes pour l'homme) par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer).
Il faut cependant souligner que celles utilisées en cosmétique font partie des plus raffinées, et donc des moins potentiellement dangereuses à ce niveau.

Risque de toxicité organique
Leur ingestion peut s'avérer toutefois plus problématique pour la santé, d'autant qu'elles ont la faculté de s'accumuler dans certains organes (notamment dans le foie, les ganglions lymphatiques et la rate).
À première vue, le risque paraît limité, un produit cosmétique n'étant pas destiné a priori à être mangé. Mais il existe cependant, les huiles minérales étant par exemple, on le rappelle, assez présentes dans les rouges à lèvres. Dans ce cas, les doses susceptibles d'être avalées sont évidemment assez faibles… même si elles sont quotidiennes.

Elles peuvent s’avérer plus problématiques dans les crèmes pour le buste destinées aux jeunes mamans. Une mise en garde a ainsi été lancée en 2003 par l'Office fédéral de la santé publique suisse aux femmes allaitantes, ces substances pouvant être transmises alors au bébé par contact buccal direct. Une étude du  laboratoire cantonal de Zurich sur 33 échantillons de lait maternel avait alors  montré que les paraffines minérales constituaient l’élément contaminant le plus important du lait maternel.

Sont-elles indispensables ?

Le nombre de produits portant la mention "Sans huiles minérales" ou "Sans dérivés de la pétrochimie", ainsi que l’ensemble de la cosmétique bio labellisée qui se les interdit, sont là pour prouver qu’il existe bel et bien des alternatives aux corps gras dérivés du pétrole, et pour toutes les catégories de produits.

Toutes les huiles végétales peuvent ainsi venir remplacer la paraffine liquide dans les crèmes et laits (corporels ou démaquillants). Les cires (d’abeille, de candelilla ou de carnauba) peuvent jouer le rôle de filmogènes légèrement occlusifs pour préserver l’hydratation cutanée. Et la forme très visqueuse des huiles hydrogénées comme celle bien épaisse des beurres végétaux (karité, cacao…) peut assurer la texture des maquillages compacts et des rouges à lèvres.

Oui, remplacer les dérivés pétrochimiques dans les cosmétiques est assez facile. Mais… il y a un mais. Cela coûte cher, et assez souvent, notablement plus cher. Pour le fabricant d’abord, mais comme celui-ci ne manque jamais de répercuter cet aspect sur le prix de vente de son produit, pour le consommateur également. Qui doit accepter cet "investissement" s'il veut éviter les huiles et cires minérales.

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