vendredi 3 février 2012L'ingrédient du mois

Les libérateurs de formaldéhyde

undefined

On n’en parle pas beaucoup, et pourtant ils sont très présents dans nos cosmétiques.  Ils sont soumis, comme l’ensemble des conservateurs, à des restrictions d’emploi, mais elles ne semblent pas forcément à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre quand on les étudie d’un peu près. Les libérateurs de formaldéhyde n’ont pas exactement des noms simples à retenir ; on aurait cependant souvent fort intérêt à se les rappeler.

Temps de lecture
~ 4 minutes

On connaît bien le formaldéhyde, appellation INCI du formol, également désigné pas les noms de méthanal ou aldéhyde formique.
Cet alcool déshydrogéné est un conservateur antimicrobien, également substance classée par le Centre international de recherche sur le cancer dans le groupe 1 des agents cancérogènes pour l’homme, notamment pour les voies respiratoires.

Dans un avis du 14 mai 2009, l’Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail) souligne que "le formaldéhyde exerce une toxicité locale au niveau des sites d’exposition directe (œil, sphère ORL, tractus gastro-intestinal, peau). Pour la voie aérienne, les effets critiques du formaldéhyde retenus chez l’homme sont des irritations oculaires et des voies respiratoires, observés pour des expositions aiguë et chronique. Le formaldéhyde est aussi à l’origine de cancers du nasopharynx par voie aérienne chez l’homme…".

C’est de plus un fort irritant cutané ainsi qu’un composé allergisant très fréquemment impliqué dans des phénomènes de réactions indésirables (dermatites de contact, asthme, etc.).
Son utilisation a pratiquement été abandonnée en cosmétique, excepté dans les durcisseurs d’ongles où on le retrouve encore assez souvent.

Abandonné par l’industrie mais pas totalement interdit par la réglementation européenne, sauf dans les aérosols du fait de son caractère cancérogène par inhalation. Pour les autres types de produits cosmétiques, elle s’est contentée de fixer des concentrations maximales à ne pas dépasser : 0,2 %, sauf dans les produits d’hygiène buccale où il est limité à 0,1 % et dans les durcisseurs d’ongles où sa présence ne doit pas dépasser 5 % du produit fini.

Si le formaldéhyde est ainsi heureusement très peu présent dans nos produits quotidiens, il n’en va pas de même des libérateurs de formaldéhyde.

Ces composés également d’origine synthétique, ont pour caractéristique de générer la formation de formol, notamment au contact de l’eau. Une réaction qui, en cosmétique, peut intervenir au moment de la fabrication du produit (l’ eau est souvent largement présente dans les formules), dans son contenant (durant son transport ou son stockage), ou lors de son utilisation sous la douche…

Et eux sont fréquemment utilisés, notamment dans les gels-douches, shampooings et autres gels lavants, y compris à destination des jeunes enfants ou des bébés !

Leur cas est assez complexe, notamment parce que la réaction chimique à l’origine de la libération de formol peut dépendre de nombreux facteurs (pH de la formule, température de la solution, durée de stockage du produit…).
Ainsi, tous les composés en cause n’en libèrent pas dans des quantités équivalentes, ce qui rend assez aléatoire l’évaluation du pourcentage de formol réellement présent dans le produit au moment de son utilisation. En clair : on est sûr qu’il peut y en avoir, mais y en a-t-il vraiment et combien ? De cela, on ne peut jamais être vraiment certain, sauf si on analyse les produits un par un avant de les utiliser…

Ce qui explique aussi que si la présence de formaldéhyde dans un cosmétique doit être clairement notifiée sur l’étiquette dès que son pourcentage dans le produit fini est supérieur à 0,05 %, rien n’est prévu en termes d’information du consommateur dans le cas des libérateurs de formaldéhyde… qui peuvent ainsi facilement passer inaperçus.

Dans son même avis du 14 mai 2009 , l’Afsset évoque d’ailleurs la problématique des libérateurs de formaldéhyde qui remplacent le formaldéhyde, notant qu’il y a lieu d’améliorer les connaissances afin d’identifier tous les libérateurs de formaldéhyde et d’évaluer leur cinétique d’émission.

Pour chacun de ceux qui sont déjà identifiés, la réglementation définit des concentrations maximales, jugées de nature à garantir la sécurité du consommateur.

Benzylhemiformal : max. 0,15 % du produit fini, autorisé uniquement dans les produits à rincer
 2-Bromo-2-nitropropane-1,3-diol : max. 0,1 %
Diazolidinyl urea : max. 0,5 %
DMDM hydantoin : max. 0,6 %
Imidazolidinyl urea : max. 0,6 %
Quaternium-15 : max. 0,2 %
Sodium hydroxymethylglycinate : max. 0,5 %

À noter tout de même que ces valeurs ont été définies comme suffisamment sûres, même si, selon les termes du Comité scientifique européen chargé de les évaluer, une "faible toxicité" ou un "potentiel allergène" a été relevé pour certains de ces composés, ou que des données scientifiques manquent encore pour apprécier les risques associés à l’utilisation de certains autres…

Que faire alors, en attendant que les connaissances soient plus précises et qu’éventuellement la réglementation évolue ? On vous laisse juge…

© 2012- 2020  CosmeticOBS

L'ingrédient du moisAutres articles

89résultats