mardi 9 mars 2021Publications

Accumulation de Benzophenone par dégradation de l'Octocrylene dans les produits cosmétiques

Accumulation de Benzophenone par dégradation de l'Octocrylene dans les produits cosmétiques

Selon une étude scientifique publiée le 7 mars 2021 dans le Journal “Chemical Research in Toxicology”, l’Octocrylene contenu dans les produits cosmétiques, notamment les produits de protection solaire, se dégrade avec le temps et génère de la Benzophenone, dans des proportions qui peuvent représenter un risque pour la sécurité et la santé des consommateurs. Les auteurs de l’étude appellent les autorités réglementaires à interdire la fabrication et la vente des produits formulés avec ces deux filtres UV.

Temps de lecture
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Cette étude a été menée par des chercheurs du Laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Sorbonne Université/CNRS) en collaboration avec l’Haereticus Environmental Laboratory américain.
Son but était d’évaluer si :
• la Benzophenone était présente dans de nombreux produits de protection solaire (ou affichant un SPF),
• la concentration en Benzophenone augmentait avec le temps,
• la dégradation de l’Octocrylene pouvait être une source de contamination à la Benzophenone.

Le background de l’étude

L’Octocrylene (CAS : 6197-30-4, CE : 228-250-8) est un filtre et absorbant UV actuellement autorisé à hauteur de 10 % dans les produits cosmétiques, en Europe comme Outre-Atlantique. C’est aussi un agent de protection contre les dégradations dues à la lumière.
La Benzophenone (CAS : 119-61-9, CE : 204-337-6) est un absorbant UV et un parfum, non-approuvé Outre-Atlantique. Elle n’est pas réglementée par le Règlement 1223/2009 en Europe, mais a été incluse dans la liste des 28 potentiels perturbateurs endocriniens à évaluer en priorité : l’industrie a choisi de ne pas présenter de dossier en défense de la substance, qui devrait donc être interdite à terme. La substance a en effet un profil toxicologique potentiellement dangereux et serait génotoxique, cancérogène, perturbatrice endocrinienne…

La Benzophenone, contaminant de l’Octocrylene
“L’industrie cosmétique sait que l’Octocrylene est contaminé par la Benzophenone”, indiquent les auteurs de l’étude. “Lors de l’achat d’Octocrylene pour la fabrication d’écrans solaires ou de produits de soins personnels, l’industrie admet que la Benzophenone est un contaminant présent dans l’Octocrylene et, pour une raison ou une autre, ‘elle ne peut être éliminée dans sa totalité lors de la transformation de l’Octocrylene’…”.
Cependant, la concentration en Benzophenone dans les ingrédients fabriqués à partir d’Octocrylene et dans les produits serait “négligeable”. Mais, selon la Proposition 65 de l’État de Californie, il n’y a pour la Benzophenone ni seuil sûr, ni niveau de contamination acceptable dans un produit.

L’Octocrylene, un filtre très utilisé
L’autre possibilité pour que de la Benzophenone se retrouve dans un produit est qu’elle soit produite par un processus de dégradation de l’Octocrylene dans le temps.
Dans ce cas, soulignent les auteurs de l’étude, “les produits contenant de l’Octocrylene pourraient poser un grave danger pour la santé des consommateurs”.
Or, rien que sur le marché américain, en 2019, ils ont recensé 2999 enregistrements de produits de protection solaire contenant de l’Octocrylene, qui est aussi présent dans d’autres types de produits comme les shampooings, sprays pour cheveux, après-shampoings, crèmes anti-âge, laits hydratants…

Les détails de l’étude

Pour mener leurs tests, les chercheurs ont acheté en magasins, en trois exemplaires, neuf produits sur le marché français (dont un sans Octocrylene) et huit sur le marché américain (affichant de 4,5 à 10 % d’Octocrylene dans la formulation), ainsi que deux échantillons d’Octocrylene auprès de deux fournisseurs différents de matières premières.

Tous les produits finis ont été testés directement après l’achat (ils représentent les produits stockés dans des conditions normales d’utilisation) et après avoir été stockés durant six semaines dans un incubateurs à 40°C avec une humidité relative de 75 % (ce qui constitue un vieillissement accéléré équivalent à un stockage d’un an à température ambiante).

Résultats
De la Benzophénone a été détectée dans tous les produits finis contenant de l’Octocrylene, mais pas dans le seul qui n’en contenait pas.
Lors du premier test, juste après l’achat, les taux détectés allaient de 6 mg/kg à 186 mg/kg (moyenne = 39 mg/kg).
Après la phase de vieillissement accéléré, les taux détectés dans les 16 produits contenant de l’Octocrylene ont été établis entre 9,8 mg/kg et 435 mg/kg (moyenne = 75 mg/kg). La Benzophenone, à nouveau, n’a pas été détectée dans le produit ne contenant pas d’Octocrylene.
Les deux matières premières contenaient de la Benzophenone (151 mg/kg pour l’une, 47,7 mg/kg pour l’autre).

Conclusions
“Nos travaux établissent sans ambiguïté que l’Octocrylene subit une lente réaction de condensation rétro-aldolique qui donne naissance à la Benzophenone. Ce processus s’est produit dans tous les écrans solaires commerciaux testés qui contiennent de l’Octocrylene, entraînant une augmentation concomitante de la concentration en Benzophenone lors du vieillissement du produit”, indiquent les auteurs de l’étude.
Ils en concluent que les produits qui contiennent de l’Octocrylene peuvent représenter une menace pour la santé publique et environnementale, et préconisent une “réponse réglementaire responsable pour interdire la fabrication et la vente des produits formulés à base d’Octocrylene/Benzophenone jusqu’à ce que l’industrie puisse prouver au-delà de tout doute raisonnable qu’une exposition chronique ne cause aucun dommage…”

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Source
Benzophenone Accumulates over Time from the Degradation of Octocrylene in Commercial Sunscreen Products, C. A. Downs, Joseph C. DiNardo, Didier Stien, Alice M. S. Rodrigues, and Philippe Lebaron, Chem. Res. Toxicol. 2021

LW
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