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11 octobre 2012Publications scientifiques

Effet indésirable des solaires : la formation d'oxydants nocifs pour la peau Ajouter à mon portfolio
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Le chlore des piscines peut éliminer le revêtement des nanoparticules de dioxyde de titane dans les produits solaires, ce qui leur permet des interactions avec l’eau et la formation de composés pouvant impliquer des dommages pour la peau ou des cancers. C’est la conclusion d’une étude de chercheurs américains qui vient d’être publiée dans le Chemical Engineering Journal.

Temps de lecture : ~ 5 minutes

Les nanoparticules, qui protègent des effets nocifs des rayons UV, sont enveloppées de façon à rester photostables. Mais une étude vient de montrer que cet enrobage protecteur peut être dégradé et former des radicaux libres, connus pour endommager l’ADN, être facteurs de vieillissement et potentiellement cancérogènes. L’incidence sur la santé humaine de l’exposition à ces composants est inconnue. Mais cette étude pose la question de savoir si les produits solaires, destinés à protéger des rayons UV, ne pourraient pas constituer un autre risque, également dommageable pour la peau.

Le protocole de l’étude

Cette étude a cherché à déterminer si le chlore utilisé pour désinfecter les piscines pouvait endommager le revêtement d’hydroxyde d’aluminium des nanoparticules de dioxyde de titane dans les produits solaires.
Les chercheurs ont étudié de l’eau de piscine désinfectée avec l’hypochlorite de sodium, un composé chloré couramment utilisé pour ce faire.

Ils ont d’abord vérifié si des concentrations différentes pouvaient endommager le revêtement des nanoparticules. Un lait solaire (Neutrogena, SPF 30) contenant des nanoparticules de dioxyde de titane a été ajouté à cinq eaux de piscine, avec des concentrations en chlore allant de 0 à 7 ppm. Une eau de piscine contient généralement de 1 à 3 ppm de chlore. Après 45 minutes, les nanoparticules ont été analysées pour voir si leur revêtement avait été altéré.

Ils ont ensuite mesuré la quantité d’oxygène réactif dégagé quand les nanoparticules étaient exposées à la lumière du soleil. Les nanoparticules ont été placées dans l’eau de piscine à 5 ppm de chlore pendant sept jours. Puis l’eau a été exposée à des UV artificiels.

Les résultats

Le revêtement protecteur se dégrade lentement quand les nanoparticules sont immergées dans de l’eau de piscine à une concentration de chlore allant de 0,2 à 7 ppm. Cette dégradation a été observée pour des concentrations de chlore supérieures à 0,4 ppm, et est d’autant plus importante que le taux de chlore est élevé.
Dans une eau sans chlore, le revêtement reste intact.

Les résultats de cette étude suggèrent que le chlore joue un rôle important dans l’élimination du revêtement des nanoparticules. De plus, les chercheurs pensent que d’autres composés des eaux de piscine (par exemple, le calcium et le phosphate), peuvent contribuer à cette dégradation.

L’étude a également montré que des radicaux libres se formaient dans les nanoparticules enrobées étaient exposées à la fois aux UV artificiels et à l’eau chlorée, phénomène qui ne se produit pas en l’absence de chlore.

Les conclusions

L’eau de piscine chlorée peut éliminer le revêtement protecteur des nanoparticules de dioxyde de titane dans les produits solaires. Exposées aux rayons UV, des nanoparticules peuvent réagir avec l’eau et générer des radicaux libres nocifs.
Ces radicaux libres peuvent endommager l’ADN des cellules, provoquant des cancers, mais le risque global pour la santé humaine des oxydants formés ainsi n’est pas connu.

Cette étude est une des premières à montrer que le revêtement des nanoparticules de dioxyde de titane peut se dégrader dans l’eau. Jusqu’alors, on pensait que ce revêtement restait stable, mais les précédentes études n’avaient pas pris en compte l’influence du chlore.

Une découverte particulièrement importante puisque les produits solaires sont appliqués fréquemment avant de nager, dans des piscines souvent désinfectées avec du chlore.
Les résultats laissent cependant à penser que le revêtement restera intact dans des eaux non chlorées, comme celles des lacs, rivières et océans.

À noter que cette étude n’a pris en compte qu’un seul type de revêtement : l’hydroxyde d’aluminium. Pour les autres (polymères, silicones, hydroxyde de magnésium ou de zirconium), des recherches complémentaires seront nécessaires pour déterminer s’ils sont également dégradés dans les eaux chlorées.

Pour aller plus loin
• Voir l’étude Depletion of the protective aluminum hydroxide coating in TiO2-based sunscreens by swimming pool water ingredients, publiée dans le Chemical Engineering Journal.

FP

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