jeudi 6 mars 2014Zoom Nouveautés

Les parfums "vaches"

© L'Observatoire des Cosmétiques

Ils mordent, claquent, fouettent ou "grattent"… Rassurez-vous, ils sentent très bon mais évoquent le fauve, la laine de verre, la pluie ou le métro ! Atypiques, osés, insolites… mais certainement pas consensuels ! Zoom sur les nouveautés cosmétiques parfumées de la semaine par Ariane Le Febvre.

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Avant eux, il y eu Ma Griffe (Carven), Intoxication (Parfums d’Orsay), Passage d’Enfer ou D’Humeur massacrante du coffret Les sautes d’humeur (L’Artisan Parfumeur), Charogne ou Sécrétions Magnifiques (État Libre d’Orange), et évidemment Poison (Dior) et Opium (Yves Saint Laurent)… Et certainement beaucoup d’autres…
Le parfum aime les ruptures. La transgression et la provocation. Et puis, il faut bien renouveler le genre. Sortir des sentiers battus.
L’exercice du printemps 2014 s’avère créatif. Les compositions révèlent des accords inexplorés, sans faire appel à "l’imagerie" habituelle de la parfumerie. Pour une fois, on n’est pas dans le registre de la poésie exacerbée et du lyrisme verbeux qu’affectionne tant le monde du parfum. Mais dans celui des émotions fortes.
Loin du folklore "nature", ces parfums-là tranchent dans le paysage olfactif ambiant. Audacieux, cinglants, mordants, ils dérangent pour mieux nous surprendre… et jettent une grande claque aux odeurs reçues !

Laine de Verre , le dernier Serge Lutens (eau de parfum 100 ml, 105 € ou 50 ml, 75 €) est un floral aldéhydé aux accents métalliques. Troisième opus dans la ligne Les Eaux, il associe les notes givrées, polaires, ozoniques de l’encens de Somalie aux effluves chauds et boisés du cashmeran et à la caresse sensuelle des muscs. Présenté par son auteur comme une "pelote de laine dans laquelle il y aurait des éclats de verre", il orchestre la rencontre entre deux opposés complémentaires : le verre, transparent et cassant et la laine, douce même si parfois elle gratte.

La Panthère est le nouveau grand féminin de Cartier (eau de parfum 30 ml : 59 € ; 50 ml : 84 €, 75 ml : 105,50 €, à partir du 15 mars), un "floral fauve" créé par Mathilde Laurent, le Parfumeur Maison. Un gardénia à l’empreinte pure, hypnotique et d’une couleur poussée à sa limite animale. Un sillage d’aujourd’hui, presque paradoxal. " La panthère est de tous les animaux le seul qui sente bon naturellement. Elle exhale une odeur qui est agréable à toutes les autres bêtes, c’est pourquoi elle chasse en se tenant cachée et en attirant les bêtes vers elle grâce à son parfum ", écrivait Théophraste. Elle est aussi le symbole du joaillier parfumeur. Qui mieux qu’elle pouvait incarner la "félinité" de la fleur de gardénia, à la fois solaire et animale, avec des inflexions chyprées et veloutées, révélées par l’architecture d’un musc charnel et soyeux ? Dans un flacon d’exception, taillé de l’intérieur (une première en parfumerie), où se cache la sculpture d’une panthère gravée au creux du verre. Une véritable pièce d’architecture, cubiste et épurée à l’extrême.

Plus urbaine et "poétisant" la pluie anglaise, la collection London Rain de Jo Malone (Cologne 100 ml, 97 €, en édition limitée, à partir d’avril), créée par Christine Nagel, est un portrait parfumé de Londres. Elle capture l’ambiance de la pluie, qu’il s’agisse de gouttes étincelantes tombant doucement sur une glycine ou d’un orage nocturne furieux. Un parc à l’aube couvert de rosée, réveillé par des notes d’angélique herbacée, sur un fond terreux de vétiver. C’est Rain & Angelica . Une petite pluie matinale, qui arrose une glycine dont les fleurs se mêlent à des pétales de violettes humides. Voilà Wisteria & Violet . Une averse soudaine qui déferle sur des jardins débordant de jasmin, d’orangers en fleurs et de roses. C’est White Jasmine & Mint , plus excentrique, avec son trait de menthe sauvage. Et à la tombée de la nuit, quand un orage intense libère la profondeur du bois de cèdre sur le béton inondé, cela donne Black Cedarwood & Juniper . Épicé d’arômes charnels de cumin, de feuilles de piment et de mousse.

Avec Déliria de L’Artisan Parfumeur (collection Explosion d’émotions, eau de parfum 125 ml, 165 €), Bertrand Duchaufour a recréé un contraste fou entre un métal grinçant qui peut évoquer le métro et des odeurs gourmandes de fête foraine (pomme d’amour et barbe à papa). Sans repères, les notes de tête et de fond se rejoignent en cœur dans l’attraction du vide.

Quant à Bloody Wood, eau sanguine de Liquides Imaginaires (eau de parfum 100 ml, 160 €), c’est sans doute la fragrance la plus dérangeante. Vrai "parfum twilight", ce jus rouge odorant évoque en première intention le sang (notes métalliques de lie de vin et d’oxyde de rose), avant d’évoluer vers un cœur framboise, cerise, feuilles de violette et… vin rouge ! Le fond est chaud, boisé et chypré avec le santal et une note de fût de chêne.

Ariane Le Febvre

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