mardi 11 juin 2013ANSM

859 330 € pour mesurer notre exposition aux cosmétiques

© Thinkstock/L'Observatoire des Cosmétiques

L'étude est financée par l'ANSM, et est menée par l'UBO, l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. Elle a pour but d'estimer au plus juste l'exposition aux produits et ingrédients cosmétiques de la population française (combien en applique-t-on à chaque fois, à quelle fréquence), de façon à mieux évaluer leur sécurité. Elle cherche aujourd'hui ses volontaires.

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Chaque année, l'ANSM lance un appel à projets aux chercheurs intéressés. Parmi ceux retenus en 2012, cette "Évaluation probabiliste de l'exposition de la population française aux produits cosmétiques".

Le constat d'un manque

L'origine du projet repose sur une constatation simple : pour pouvoir correctement évaluer la sécurité d'emploi des produits cosmétiques, il est nécessaire de savoir comment, à quelles doses et à quelles fréquences ils sont utilisés. Cela permet d'évaluer l'exposition aux ingrédients qu'ils contiennent, et notamment ceux que les autorités désignent par le terme de "substances d'intérêt", comprenez : celles qui défraient régulièrement la chronique (parabènes, phénoxyéthanol, triclosan, phtalates, perturbateurs endocriniens…) ou celles qui ne manqueront pas de le faire dans les temps à venir.
Disposer de bases de données fiables en la matière est primordial pour la santé des utilisateurs. C'est aussi un élément indispensable aux fabricants pour satisfaire à leurs obligations réglementaires, encore renforcées avec l'entrée en application le 11 juillet 2013 du nouveau Règlement Cosmétiques, en matière de dossier d'évaluation de la sécurité.

Or, soulignent les motivations du projet : il n'existe à l'heure actuelle aucune donnée relative à l’exposition aux produits cosmétiques, spécifique à la population française. L’évaluation du risque est actuellement basée sur les données d’utilisation fournies par le CSSC (Comité d'experts européens), avec deux limites majeures :
• elles proviennent essentiellement d’une base de données privée établie avec des industriels,
• elles ne sont pas spécifiques à la population française.
Et cela pose problème puisque, en matière d’exposition, il existe des variabilités individuelles et géographiques. Ainsi, une étude préliminaire menée par l’ANSM a déjà fait état d’une différence d’exposition entre un sous-groupe de la population française et les données issues du CSSC.

Les chercheurs se sont donc donné pour objectif de "générer des données d’exposition aux produits cosmétiques, qualitatives et quantitatives, dans une optique d'exhaustivité. Ces données devront être à la fois robustes statistiquement, représentatives de la population française, mais également indépendantes de l’industrie".

L'étude en cours

C'est donc ce projet qui a été retenu par l'ANSM. Coordonné par Alain-Claude Roudot, du Laboratoire d'Évaluation du Risque Chimique pour le Consommateur de l'Université de Bretagne Occidentale, il est entièrement financé par l'Agence pour un montant de 859 330 €.

Démarré au début 2013, et après une phase d'élaboration de la stratégie d'échantillonnage de la population, il est maintenant dans sa phase active.
Au programme : questionnaires et tests avec les volontaires.

Le protocole est assez simple : il s'agit de demander aux Français de différents groupes de populations (hommes, femmes, femmes enceintes, enfants par catégories d’âge…), comment ils utilisent leurs cosmétiques,
Thyphaine Morisset, ingénieur d'étude, détaille les opérations : " On demande aux volontaires de venir dans nos locaux, où ils signent d'abord une fiche de consentement à la participation de l'étude. Puis on passe au crible un maximum de produits avec chaque personne ".
On va ainsi mesurer, pour un dentifrice, combien de temps dure le brossage des dents ou peser la bouteille de shampooing avant et après utilisation. On va aussi demander aux volontaires quels types de produits ils utilisent, en quelles quantités, les fréquences d’application, les zones d’application, les périodes d'utilisation (périodes estivales, grossesse, allaitement…) ainsi que le lieu d'utilisation (au domicile ou dans des salons de coiffure ou d'esthétisme).

Environ 70 produits sont ainsi soumis aux tests : l'étude a démarré avec les produits d'hygiène et de soins du corps, elle se poursuivra avec les soins visage et le maquillage, puis seront abordés les "produits spéciaux", pour femmes enceintes, bébés ou pour la protection solaire.
Les premiers volontaires ont été les étudiantes de l'Université, et c'est au tour du grand public aujourd'hui d'être interrogé. L'UBO lance donc un appel à volontaires, qui, on le précise, ne sont pas rémunérés mais peuvent éventuellement repartir avec quelques échantillons de produits.

L'expérimentation brestoise devrait être complétée, dans un deuxième temps, par le recueil de données complémentaires dans la région parisienne et dans le sud de la France. Un institut de sondage sera également sollicité pour un questionnaire auprès de 10 000 personnes d'ici à la fin de l'année.

Résultats en 2015

L'étude est programmée sur 3 ans, jusqu'à fin 2015.
À la suite de l'étape de recueil de données, il sera possible d’évaluer l’exposition des consommateurs aux produits cosmétiques. Il s’agira alors de combiner les quantités de produits cosmétiques appliqués et la fréquence d'utilisation. Cette étape sera réalisée selon l’approche probabiliste.

Principaux enseignements attendus :
• la constitution d’une base de données nationale qui pourra faire office de référentiel, disponible pour l’ensemble des instances nationales,
• une connaissance fine de la consommation et de l'exposition aux produits cosmétiques permettant de produire des évaluations du risque motivées, fondées sur des données "réalistes",
• la détermination d'éventuelles populations à risque,
• la connaissance de l'exposition à quelques substances d'intérêt, via les produits cosmétiques.

On parle ici beaucoup de "risque" : les cosmétiques seraient-ils dangereux pour notre santé ? La réglementation cosmétique n'établit-elle pas des seuils d'utilisation des ingrédients qu'on appellera "substances d'intérêt" pour ne pas dire "suspects de toxicité", de façon à garantir au consommateur la sécurité de leur utilisation ?
" Oui, mais la réglementation raisonne produit par produit, avec des limites établies pour chaque produit ", explique Thyphaine Morisset. " Cette étude permettra aussi d'évaluer s'il peut y avoir un risque du fait de la co-exposition à plusieurs produits ".

L'étude conduira ainsi à une évaluation globale de l'exposition à quelques composés chimiques présents dans les produits cosmétiques. Ce qui permettra de déterminer les éventuelles populations vulnérables et de proposer d'éventuelles mesures sanitaires en cas de risques avérés.
Elle devrait, à terme, constituer une base aussi utile pour les autorités sanitaires et réglementaires que pour les fabricants de cosmétiques, qui pourront s'en servir comme référence pour évaluer la sécurité de leurs formules.

Pour aller plus loin
• Voir l' Appel à projets de recherche - Édition 2012 - Présentation des projets retenus , sur le site de l'ANSM
• Pour plus de renseignements sur l'étude ou s'inscrire en tant que volontaire : 02 98 01 67 06

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