jeudi 17 novembre 2011ANSM

L'aluminium dans les cosmétiques dangereux pour la santé (Afssaps)

L'aluminium dans les cosmétiques dangereux pour la santé (Afssaps)

La toxicité potentielle de l’aluminium présent dans les produits cosmétiques est un sujet d’inquiétude depuis plusieurs années. Souvent accusé de favoriser les cancers du sein ou la maladie d’Alzheimer, il faisait l’objet d’une évaluation par l’Afssaps quant à sa sécurité d’emploi. L’Agence vient de rendre ses conclusions dans un rapport d’expertise rendu public le 17 novembre 2011. Conclusion : le risque existe et la sécurité sanitaire des consommateurs n’est pas assurée.

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La question est étudiée par les instances sanitaires françaises depuis l’année 2000. En 2003, un premier rapport avait été publié qui soulignait le manque de données pertinentes quant à l’absorption cutanée de l’aluminium contenu dans les produits cosmétiques. Il était alors impossible de conclure sur les risques liés à l’utilisation de produits en contenant.

L’évaluation publiée aujourd’hui tient compte de deux données nouvelles : une étude d’absorption cutanée fournie par les industriels du secteur cosmétique, et une synthèse des données toxicologiques, en partie basée sur le récent avis émis par l’Agence européenne de sécurité sanitaire des aliments.

Les risques

Après administration d’aluminium à dose répétée, précise ce nouveau rapport, des effets neurotoxiques ainsi que des effets sur les testicules, l’embryon et le développement du système nerveux sont observés chez l’animal.
Les effets chez l’Homme (neurotoxicité, atteinte osseuse, anémie) sont connus chez les insuffisants rénaux exposés de façon chronique à l’aluminium, ainsi que chez les prématurés alimentés par voie parentérale.

En revanche, les études chez l’animal ne mettent pas en évidence de potentiel cancérogène. Les données épidémiologiques ne permettent pas non plus d’établir un lien concluant entre l’exposition cutanée à l’aluminium et l’apparition d’un cancer.

Même si le devenir de l’aluminium après exposition par voie cutanée est très mal connu, l’Afssaps rappelle qu’il est largement distribué à travers l’organisme, peut atteindre le cerveau et franchir la barrière placentaire.
Son élimination, principalement par voie rénale, peut prendre plusieurs années lorsqu’il est administré de façon chronique.

L’exposition via les cosmétiques

Plus de vingt-cinq composés de l’aluminium figurent parmi les substances susceptibles d’être présentes dans les produits cosmétiques. Le chlorohydrate d’aluminium (INCI : Aluminum chlorohydrate) est l’un des plus utilisés, en particulier en tant qu’antitranspirant.

L’étude d’absorption cutanée fournie par l’industrie cosmétique a été menée in vitro sur peau humaine. Elle a permis d’estimer les quantités d’aluminium absorbées via une exposition quotidienne à un antitranspirant contenant 20 % de chlorohydrate d’aluminium (soit 2,5 % en aluminium).

Deux scénarios ont été étudiés :
• l’exposition d’une peau normale conduit à un taux d’absorption cutanée de 0,5 %,
• l’exposition d’une peau lésée donne lieu à un taux d’absorption de 18 %.

L’Afssaps indique que dans le cas d’une peau normale, la marge de sécurité est de 20 (elle devrait être supérieure ou égale à 100 pour assurer la sécurité d’emploi). Dans le cas d’une peau lésée, elle est inférieure à 1.

Pourcentages à revoir à la baisse

L’évaluation du risque, en conclut l’Agence, montre que l’exposition à des produits antitranspirants avec des concentrations de 20 % de chlorohydrate d’aluminium (soit 2,5 % en aluminium) ne permet pas d’assurer la sécurité sanitaire des consommateurs dans les conditions normales d’utilisation.

Afin de protéger la population des risques osseux et neurotoxiques liés à une application régulière à long terme, précise ce rapport, il conviendrait :
• d’une part de limiter la concentration d’aluminium dans les produits cosmétiques à 1,2 %,
• d’autre part de prévenir toute utilisation sur peau lésée, aucune marge de sécurité ne pouvant être atteinte dans ce cas.

Mais cette évaluation du risque ne prend pas en compte l’exposition totale aux divers produits cosmétiques susceptibles de contenir de l’aluminium. On en trouve ainsi également :
• dans les actifs abrasifs des produits dentaires ou des produits de soin pour le visage et le corps,
• dans les agents de viscosité des produits de soin et des produits de maquillage,
• dans les absorbants des masques pour le visage (le silicate d’aluminium peut être utilisé jusqu’à 80 % pour cet usage).

Or, des études chez l’animal ont mis en évidence des effets additionnels relatifs à l’exposition à l’aluminium. L’Afssaps indique donc que les conclusions adoptées aujourd’hui sont susceptibles d’évoluer par la suite en fonction d’une évaluation prenant en compte les différentes catégories de produits et leurs usages.

En attendant, l’Agence recommande :
• pour l’industrie : restreindre la concentration d’aluminium dans les produits antitranspirants ou déodorants à 0,6 %,
• pour les consommateurs : ne pas utiliser les produits cosmétiques contenant de l’aluminium sur peau lésée, et notamment après le rasage ou en cas de lésion de la peau de type microcoupures.
L’Afssaps préconise que cette information figure sur les conditionnements.

Tolérance locale

Autre point évoqué par ce rapport : la tolérance cutanée.
Des cas d’irritations cutanées liés à des produits cosmétiques contenant des composés chlorés de l’aluminium ont été rapportés chez l’Homme. L’Afssaps souligne que des données complémentaires seraient nécessaires pour confirmer les risques d’irritation liés à ces produits, celles disponibles aujourd’hui ne permettant pas de conclure sur la tolérance locale des antitranspirants contenant des sels d’aluminium.
En revanche, les cas de sensibilisation sont rares.

Forte des ces conclusions et à ce stade des connaissances, l’Afssaps estime qu’il convient de saisir la Commission européenne afin de définir les conditions d’utilisation sans risque des antitranspirants et d’autres produits cosmétiques contenant de l’aluminium.
Ce qui pourrait aboutir à terme (mais à quel terme ?) à une évolution de la réglementation des ingrédients cosmétiques et des produits qui en contiennent.

LW
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