CosmeticOBS - L'Observatoire des Cosmétiques
10 janvier 2018Ils font les cosmétiques

Les pop(e)s de la beauté à domicile

Une manucure réalisée par une professionnelle, un dimanche soir, chez soi, quoi de plus agréable ? C’est à l’application Popmyday que l’on doit ce prodige, une interface qui permet de booker des rendez-vous avec des spécialistes où l’on veut et quand on veut. Mais qui se cache derrière cette révolution cosméto-digitale ? Rencontre avec Morgane L’Hostis et Charles Berenguer.

À l’origine, rien ne destinait ces deux-là à se lancer dans le business de la beauté.
Morgane L’Hostis intègre HEC à 20 ans et n’a pas d’idée précise de ce qu’elle souhaite faire plus tard. Elle profite de son année de césure pour partir travailler dans la Silicon Valley. Elle réalise, à travers deux expériences chez BNP Paribas et Air BNB que le microcosme des start-up est fait pour elle.
Elle rentre en France pour sa deuxième année de master qu’elle oriente vers le monde entreprenarial.

Charles Berenguer, quant à lui, se qualifie de geek. Passionné d’innovation et de nouvelles technologies, il fait un master en informatique. Lui aussi fait un passage par la Silicon Valley.
Même constat, il découvre sur place un monde nouveau, où tout le monde crée sa boite. Il n’en faut pas plus pour qu’il soit contaminé à son tour par la fièvre d’entreprendre. Il rentre en France avec la ferme intention de monter, lui aussi, son entreprise.
Seule l’expertise business lui fait défaut. Il décide donc de rejoindre le master entrepreneur d’HEC. En plus d’intégrer les notions qui lui manquent, il voit dans cette expérience universitaire  une occasion en or de rencontrer un associé.

Les dieux de l’entrepreneuriat ont sans doute entendu les ferventes prières de Charles Berenguer puisque Morgane L’Hostis fait partie de la même promotion que lui.
Ils se rencontrent et se rapprochent au cours d’un cas pratique imposé par l’école. Forcés de faire équipe, ils font connaissance et, petit à petit, se rendent compte qu’ils sont sur la même longueur d’onde en termes de dynamique professionnelle.

Charles Berenguer décide donc de parler à Morgane L’Hostis d’un projet sur lequel il travaillait auparavant (une autre mission réalisée dans le cadre de ses études). Il est convaincu que le monde de la beauté est un secteur en plein essor mais n’a pas encore connu de vraie révolution disruptive.
"À l’époque, les tutos beauté avaient le vent en poupe, j’avais en tête de dispenser des cours de maquillage, prodigués par des expertes, en live, sur Skype,"dévoile-t-il.
Ensemble, ils commencent à travailler sur le projet. Les premiers retours sont assez mitigés.
Tous deux, sensibles à l’ubérisation naissante des différents secteurs d’activité, décident de s’orienter vers un service de soins esthétiques à domicile.
Morgane L’Hostis raconte s’être rendue compte que "les horaires des salons de beauté n’étaient pas compatibles avec le planning des femmes actives ou des mamans. Seule une femme sur quatre se rend en institut et ce n’est pas une question de budget, mais bien une problématique de temps".

La mort dans l’âme, le binôme décide de concentrer ses forces sur ce projet d’uber de la beauté et jette à la poubelle l’idée des cours par Skype.
Rapidement, ils trouvent un nom à leur concept : Popmyday. Pour eux, cette identité est synonyme de fun, de plaisir, une sorte de coup de frais dans le monde de la beauté qui est parfois un peu trop guindé.

Ils ne perdent pas de temps et décident de tester leur idée à l’occasion de la remise des diplômes de l’école, sans même avoir de plateforme digitale.
Ils recrutent une coiffeuse avec les Pages Jaunes et proposent ses services à leurs camarades d’HEC.
L’événement Popmygraduation est une réussite et les confortent dans leur idée, ils doivent développer Popmyday le plus vite possible.

Côté technique, Charles Berenguer se charge de donner corps à l’application. Cependant, caster des esthéticiennes s’avèrent être une tâche beaucoup plus ardue. Morgane L’Hostis se souvient "avoir démarché beaucoup de personnes au téléphone, sans plateforme à leur présenter et leur demander de réaliser une prestation gratuitement. Nous avons essuyé beaucoup de refus".
Ils changent de modus operandi et postent des annonces. Cette fois-ci, ils passent du statut de démarcheur à recruteur, la donne change.
Les recrutements s’enchaînent et ils parviennent à former une équipe, préalablement testée par Morgane elle-même.
L’application finit par être lancée en septembre 2015 Au départ, rien ne se passe mais grâce au soutien de la presse, les premiers clients commencent à arriver. "Les médias se sont intéressés à nous en raison de la dimension novatrice du concept", analyse Charles Berenguer.
Le succès de Popmyday leur permet de réaliser une importante levée de fonds en 2016, une occasion pour le binôme de mettre les bouchées doubles.

L’expérience client

Concrètement, l’application permet aux utilisatrices de réserver un soin, une manucure ou encore un massage où elles veulent, quand elles veulent.
Elles ont la possibilité d’établir un classement des praticiennes qu’elles préfèrent ou celles qu’elles ne veulent pas revoir.
Morgane L’Hostis et Charles Berenguer ont misé le succès de leur start-up sur leur capacité à répondre aux besoins de leurs clientes. Un SAV est à l’écoute, tous les jours, de 7 h à 23 h, prêt à répondre à la moindre sollicitation. "Nous ne laissons jamais une cliente en détresse. Si sa manucure s’écaille au bout de quatre jours, nous lui renvoyons gratuitement une esthéticienne. Si un rendez-vous est annulé au dernier moment, nous sommes prêts à lui payer la prestation qu’elle souhaitait, dans un institut près de chez elle. Ce n’est pas arrivé souvent, mais notre crédo est d’accompagner chaque utilisatrice jusqu’au bout", argumente la co-fondatrice.

Les Popartistes

Pour assurer la qualité de service, les créateurs de Popmyday ont mis au point un process de recrutement strict. Avec leurs meilleures esthéticiennes et coiffeuses, ils ont établi un cahier des charges à respecter pour être recruté. Néanmoins, des sessions de formations sont proposées aux profils prometteurs à qui il manque un peu de technique.
Tous les Popartistes sont des free-lance et sont libres d’accepter une mission ou non. Pas de compte à rendre. "Il est impératif de conserver la confiance de nos travailleurs. Ils sont indépendants et c’est aussi la raison pour laquelle ils sont aussi heureux, ils ont réussi à s’affranchir du cadre canonique du travail. On prend soin des nôtres. Être des tyrans n’est pas dans nos plans", ironise Charles Berenguer.

Pop My Work

Depuis quelques temps, l’activité de Popmyday s’est diversifiée, la start-up propose des événements bien-être en entreprise.
Des gros acteurs comme Vente Privée ou Guerlain se sont laissés séduire par les prestations proposées. "De la manucure express au cours de yoga en passant par des ateliers massage, nous sommes en mesure de proposer un catalogue diversifié et de déployer des professionnels qualifiés", précise Morgane L’Hostis.

L’entreprise est régulièrement sollicitée pour aider certaines enseignes à générer plus de trafic dans leurs boutiques, en proposant des animations thématiques. Charles Berenguer explique qu’avec "l’essor du e-commerce, les clients délaissent les boutiques. Il faut donc repenser tout le concept de l’expérience en magasin. Nous avons aidé des marques à booster leur trafic grâce à nos opérations avec un impact positif sur le chiffre d’affaire".

À quand un salon Popmyday avec une marque de cosmétique éponyme ? Morgane L’Hostis sourit en confiant que c’est un projet sur le long terme.
Pour le moment, l’objectif est de séduire de plus en plus de clientes et de s’inviter dans leurs appartements !

JS

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